MOTOCULTOR 2025


Sommaire

Motocultor, jour 1 : Saqqarah / Helldebert / Year of no Light / Magma

Motocultor, jour 2 : Houle / Tanork / Vestige / Benighted / Darkenhöld / Klone / Carpenter Brut

Motocultor, jour 3 : Aggressive Agricultor / Ni / Loudblast / Poésie Zéro / Krav Boca

Motocultor, jour 4 : Møsi / Locomuerte / Landmvrks

Interviews : Møsi / Klone / Yann le Baraillec (interview réalisée avant le festival)


Motocultor, Jour 1

Saqqarah

Pour cette 16e édition et le 3e sur les terres finistériennes, le Motocultor a démarré avec du rock progressif breton au nom égyptien, Saqqarah. Le public fraîchement arrivé sur le site était bien vivant pour écouter le prog de Saqqarah en provenance de la nécropole égyptienne, ou presque. Avant le concert, les gens attendaient patiemment, assis par terre, les rockers bien connus dans la région. 

Sur scène, un gong symphonique trône déjà scintillant sous le soleil intense de Carhaix (véridique). Il fait écho au rond lunaire sur le backdrop. Les 5 membres sont entrés sur scène sous les applaudissements enthousiastes du public. Le chanteur, vêtu d’un grand manteau gris, possède une aura indéniable. Il nous informe que le groupe est très heureux de lancer ce Motocultor 2025. 

Il changera de tenue tout au long du show offrant un spectacle de haute qualité avec des costumes étudiés malgré les 27 degrés (ressentis 35, sans mentir). Parmi ces costumes figure notamment une camisole de force dans laquelle il apparaît saucissonné pour mieux la retirer plus tard et arborer une veste brillante sertie d’un chapeau haut de forme. 

Leur rock progressif sonne efficace. Les parties instrumentales et les solos de guitare saisissent le public qui réagit de plus en plus. Cela se voit aux têtes qui se secouent et s’entend aux applaudissements. On entend parfaitement la basse qui rehausse l’ensemble. Le gong interviendra à la fin du show. 

Visuellement, en plein soleil, les effets LED sur le backdrop pétillent aux yeux. Puis le chanteur laisse ses costumes en backstage pour apparaître en costard-cravate avec un attaché-case façon trader de Wall Street. Ce nouveau style vestimentaire lui permet de mettre en scène la dénonciation de la guerre. Toutes les guerres. Surtout, dénoncer ceux qui se font “du fric dessus”. Plus tard, au milieu du morceau, il déversera le contenu de la mallette sur le public : des centaines de (faux) billets de 500 euros !

Le chanteur nous fait le plaisir d’un dernier costume, une sorte de toge grise avec un logo peace & love dans le dos. Pour ce morceau, le gong, les percus et le thérémine concluent avec style dans un final galvanisant. 

Le dynamisme du chanteur, le spectacle visuel apporté par les décorations et les éclairages, même en plein jour, ont imposé un premier concert irréprochable. 

Helldebert

Trigger warning : l’adjectif petit.e va être beaucoup (trop) employé dans ce paragraphe. 

Avant de rejoindre la Dave Mustage (la mainstage, quoi), le Running Order indique l’heure de passage de Nailbomb avec son chanteur Max Cavalera pas longtemps après Helldebert. Comme Max, ex-Sepultura, chante sur l’album Enfantillages 666,, il y a de grandes chances pour que Max fasse un jam lors de ce show ! Et au regard du nombre d’adultes, sans enfant, avec des T-shirts Sepultura présents devant la Mustage, on peut en conclure que beaucoup partagent cette supposition. 

Sur scène, les installations sont colorées avec un personnage à casquette cornée, aux traits ronds et enfantins. Dans la fosse bien remplie, des petites têtes avec d’énormes protections auditives sur les oreilles, juchées sur les épaules de leurs adultes, ont poussé telles de pâquerettes dans un champ. Partout, des enfants en hauteur, avec des petits t-shirts metal, des petites paires de docs choupies ; bref des petites metalleuses et petits metalleux en herbe dans l’attente du meilleur concert de leur petite vie. Objectivement, c’est mignon tout plein. 

Commence le show avec l’apparition sur écran géant d’Aldebert en tenue “normy” avec une guitare sèche qui s’apprête à entamer le concert avant d’être interrompu par l’image de son double maléfique :“Helldebert”. Celui-ci est tout de noir vêtu, arbore une guitare électrique et lui ordonne de disparaître : “c’est une tournée metal, vieux”, lui lance-t-il !

Le thème est lancé : nous avons du Aldebert à la sauce metal avec tout l’attirail, cuir, headbangs, main en forme de cornes, etc. D’ailleurs, le batteur n’est autre que Nicolas Bastos et le guitariste de Gorod Nicolas Alberny. Pour moi qui avais oublié l’info, c’est le choc ! 

Ça commence sur les chapeaux de roues : “Si c’est trop fort, c’est que t’es trop vieux” ! Dans la fosse, un enfant sur les épaules de son père montre à sa petite sœur, elle aussi sur les épaules d’un adulte, comment faire les cornes avec ses doigts. 

Aldebert/Helldebert au chant et à la guitare a la faculté de se parcourir la scène plus vite que la musique : ses roulettes sous les baskets sont terriblement redoutables ! Les titres s’enchaînent et force est de constater que beaucoup des petit.e.s fans chantent toutes les paroles de toutes les chansons !

Sur Seum 51, les enfants de Helldebert chantent en vidéo sur l’écran et dans le public, un enfant est hissé en hauteur, les pieds sur les épaules de deux adultes. Ainsi visible, impossible d’être ignoré par l’artiste qui l’évoque en prenant la parole à moitié sur la barrière de sécurité, en équilibre retenu par les mains de ses fans. 

Puis sur Les derniers pirates, la voix du chanteur d’Amon Amarth se fait entendre en back tape car il ne pourra pas venir depuis la Suède. La question que beaucoup se posent à cette annonce c’est : mais est-ce qu’un autre chanteur viendra depuis le Brésil ? Le suspense reste entier !

Des petits slammeurs sont portés par leurs adultes. Un petit circle pit tout doux et un petit wall of death au ralenti avec les enfants sur les épaules des “vieux” se sont déployés dans la fosse. Le pit “explose” sur le titre Du gros son qui libère toutes les énergies de tout âge.

Même avec un show pour les enfants, tout le monde a le droit d’avoir un superbe solo de batterie à la sauce Bastos. Aldebert enchaîne les allers-retours en roulette-sous-basket de gauche à droite puis de droite à gauche de la scène et prend la parole pour expliquer la genèse du featuring avec Max Cavalera dont l’enregistrement devait se faire initialement dans les loges après un concert aux USA et qui s’est finalement déroulé au calme dans la chambre d’hôtel de Max ! La tension est palpable quand arrive ENFIN sur scène le dénommé Max lui-même avec son t-shirt jaune à l’effigie de l’équipe de football brésilienne.

Helldebert Motocultor 2025 30

Le public hurle et applaudit à tout rompre. La chanson le Cartel des Cartables peut commencer ! Complice et attendri, Max lance son growl puissant sur les refrains avec un certain plaisir non feint, son visage est souriant. Quel plaisir pour tous les musiciens sur scène et pour le public qui exulte littéralement !

Après le rappel, Aldebert/Helldebert présente les musiciens et toute l’équipe, du conducteur du tourbus à la responsable du Merch en passant par les lumières et la régie et plus encore. Défile alors sur les écrans l’ensemble du crew qui gravite dans l’ombre. C’est suffisamment rare pour être souligné. 

Puis pour Super Momie, Aldebert/Helldebert fait monter sur scène une vraie mamie présente dans la foule. Invitée à rejoindre les coulisses pour être apprêtée, elle reviendra un peu plus tard avec une magnifique cape floquée Super Mamie 666. Comme elle s’appelle Claudie, le refrain sera changé de Super Momie en Super Claudie et elle aura le droit d’avoir son premier slam depuis la scène jusqu’au milieu du pit sous les cris de “Claudie, Claudie !“ par la foule. Elle repartira avec sa guitare customisée, ravie !

Le show se termine par l’habituelle photo depuis la scène, transformée ici en “photo de classe” qui marque la fin d’un concert dynamique et avec une “surprise” de taille. Cela met la banane pour longtemps. Un bon moment, familial pour beaucoup, qui restera parmi les concerts préférés du Motoc’ 25 ! 

Year of no light

18h30, Il est temps d’assister à un concert sous tente, sous la Massey Ferguscène, pour découvrir le groupe bordelais Year Of No Light. Un groupe de doom-sludge instru qui avait retenu l’attention lors de la préparation du running order en amont, tant leur son était remarquable. Sur scène, six Musiciens : trois guitares, une basse, un claviste et une batterie, non plutôt deux batteries ! Visuellement, les effets des projecteurs et spots qui balayent la scène rehaussent les riffs et les notes du clavier. 

Sous la tente, très vite la basse irradie dans les tripes et la foule se met rapidement à marteler le rythme régulier en claquant des mains. Ça headbangue de plus en plus furieusement, par-ci par-là. Le groupe bordelais hypnotise la foule qui paraît transportée vers des contrées musicales inconnues. C’est magnétique. Vibrant. Et délicieux. On se surprend à fermer les yeux pour mieux sentir les vibes se saisir du corps. 

Est-ce le choix des morceaux, qui s’enchaînent divinement bien ? La puissance des musiciens en transe ? L’émotion palpable du public ? Peut-être tout à la fois. Toujours est-il que l’intensité du concert augmente crescendo. C’en est presque palpable. Jusqu’au climax explosif. Voire, disons-le franchement, jusqu’à l’orgasme musical ponctué par les cris du public ! Irradiant, débordant, les notes, les vibrations, la puissance : tout jaillit. Oui, ce concert est clairement jouissif !

Et tout cela sans aucune parole, aucune interruption humaine venant troubler la ferveur, ni slam, ni rien. Les oreilles grandes ouvertes, les corps réceptifs, tout est sensoriel avant tout.

Les seuls mots prononcés seront ceux du guitariste en guise de conclusion. Qui lancera après les applaudissements nourris et chaleureux du public, un sobre mais sincère : “merci, cela fait chaud au coeur” 

Le concert de Year Of No Light s’impose dans cette première journée en un pur instant suspendu, un souvenir musical profond et durable. 

Magma


Motocultor, Jour 2

Houle

Pour le deuxième jour de festival, le groupe (pourtant parisien) de black metal marin ouvre sur la Mustage. Il y a déjà énormément de monde pour une heure si matinale (selon le fuseau horaire du festival). 

Sur scène, on retrouve une déco légèrement différente de celle du concert au Hellfest 2024. On reconnaît les nœuds marins, la barre à roue sur la batterie et les instruments de navigation, mais cette fois des kakemonos en forme de balises de navigation, une rouge à bâbord, une verte à tribord (depuis le public) encadrent les musiciens. 

Vêtus de marinières tachées de vin, de bottes et de cirés, les musiciens de Houle jouent le set comme des acteurs leurs pièces de théâtre, la musique en plus. Tels des forçats de la mer, dont l’alcool sert de béquille, ils déversent leur black metal mélodique sur la foule bretonne de Carhaix. La chanteuse capte les regards tant elle occupe l’espace par ses divagations (faussement) alcoolisées mais surtout elle saisit par la puissance de son scream. Elle éructe les paroles soutenue par des solos de guitare et devant la scène un tsunami de poussière se répand par la force tourbillonnante du circle pit ! Parfois même pieds nus, les musiciens incarnent au plus près leurs personnages tout droit sortis d’un roman de Hugo ou de Zola. Et quelle prestation ! Succès total si on en croit la réaction du pit, les applaudissements et surtout le nombre incalculable de t-shirts à l’effigie du groupe aperçus tout au long des 4 jours de festival !

Tanork

Bien visible sur la Supositor Stage, un drapeau aux couleurs d’un peuple en lutte sur les amplis du groupe Tanork envoie un message engagé. Un geste en accord avec les valeurs humanistes du festival, qui contribue au refus d’invisibiliser la tragédie en cours. 

Arrivent les trois musiciens de Tanork, short, t-shirt noir ou torse nu car la chaleur tabasse déjà beaucoup. Leur son pilonne direct, sans avertissement et instantanément, des poings se lèvent dans la fosse et les têtes headbanguent furieusement. Très vite, le pit devient de plus en plus poussiéreux, signe qu’il s’agite au rythme de l’énergie déversée depuis la scène.

Le chanteur commande “Motoculor rapproche toi !!”, histoire de rendre la foule plus compacte dans le pit. Cela fonctionne. Le chant du bassiste et du guitariste s’entremêle dans des rugissements redoutables. Les Tanork n’ont rien perdu depuis le Mennecy Metal Fest, l’âpreté et la brutalité des voix impressionnent toujours autant. Le trio possède indéniablement aisance et aplomb, parfait pour la Supositor. La même scène occupée par Max Cavalera avec Nailbomb la veille. C’est carré. 

Le chanteur reprend la parole au milieu du set pour préciser : “On est Tanork et on chante en breton”. Détail important à préciser qui fait toute l’originalité du trio. Avec leur chevelure dense au headbang parfait et leur hargne musicale comme leur intonation “régionaliste”, Tanork impose un death metal old school fascinant. Un circle pit fait exploser la poussière et plus tard un wall of death final, jusqu’à la régie s’il vous plait, achève de rendre l’atmosphère irrespirable. 

Entre deux morceaux, le groupe prend quelques instants pour rappeler les consignes anti-VSS en s’adressant directement aux possibles victimes : “vous n’êtes pas seules”. Ils concluront leur show en saluant chaleureusement le public et en quittant la scène sur un slogan en faveur d’un peuple opprimé.

 

Vestige

Benighted

Dans la chaleur déjà bien installée, avec la poussière du sol qui se soulève, une masse déjà bien compacte campe devant la Mustage ce vendredi 14h. 

Benighted jaillit sur scène et c’est tout de suite un niveau d’intensité multiplié par 67. Devant leur backdrop aux couleurs du dernier album, Ekbom, les membres pilonnent littéralement la Mustage. Il suffit de voir la quantité de poussière tourbillonnant dans le pit et tout autour pour s’en convaincre. D’ailleurs, Julien remarque : « On ne vous voit plus depuis la scène !” 

Leur brutal death metal gronde, tonne, déferle sans interruption pendant les 40 min de leur show. Cette moissonneuse bat des kilos de poussière et de slammeurs. Parfois, une pause, une éclaircie, pour interrompre la machine agricole : “Comment ça va les amis ?” interroge le chanteur qui campe solidement sur ses pieds nus. Il enchaîne : “Chaque fois qu’on vient vous foutez le bordel quel que soit le temps !”. Et comme si tout ce bordel, justement, ne suffisait pas, Julien en rajoute : “Je voudrais remercier les gens de la sécurité qui prennent soin de vous. Et pour cela, on va les faire travailler !!”. Instantanément, il se met donc à pleuvoir des slammeurs (des formes plus sombres à peine visibles dans le brouillard jaune et opaque !). 

Les prises de parole, en plus de faire retomber la poussière, permettent également d’introduire “Si” Muller, batteur temporaire pour les festivals cet été, en remplacement de Kevin Paradis (qui était là la veille avec le génial groupe australien Ne Obliviscaris). 

La photo finale et les derniers mots “merci beaucoup on vous souhaite à tous un très bon festival, à très vite” font progressivement retomber la pression. Le temps pour tous de retrouver ses esprits et ses poumons. 

Darkenhöld

Klone

Tassé sous la tente, le public de la Massey est venu en masse écouter le prog délectable de Klone. Pas de backdrop ni de drap cette fois-ci (cf. We Metal Fest et Kave Fest). Seul l’habillage lumineux ensorcelle sous la tente. L’ambiance est à l’introspection.
Au fil du show, la foule bercée, hypnotisée, tangue aux rythmes pourtant complexes du quintet. 

Entre chaque morceau, les applaudissements sont chaleureux. Et d’ailleurs le chanteur Yann prend la parole pour partager sa vue depuis la scène :  “c’est sublime, vous êtes magnifiques”.
Soudain, des festivaliers font circuler des ballons gonflables qui vivent leur propre vie à la place des slammeurs habituels. Ces ballons inattendus apportent une touche de couleurs aériennes supplémentaires et renforcent le magnétisme ambiant.

Exaltante et planante, la musique de Klone irradie aussi sous la tente par sa force et sa puissance. La preuve en est : l’ovation finale du public au moment du salut démontre bien la force que diffuse Klone lors de ses concerts. Un frisson organique puissant qui parcourt tout le corps. C’est physique et intense !

Pensée spéciale pour cette jeune fille, saisie de sanglots incontrôlables en quittant la tente juste après Yonder. Inquiète, je ne peux m’empêcher de lui demander si tout va bien. Elle me rassure sans arriver à contenir les larmes qui se déversent : Yonder a une place particulière dans son cœur, liée à la perte d’une personne dans sa vie et l’entendre la bouleverse. Tellement compréhensible. Force à toi. 

Retrouvez sur HexaLive l’interview de Klone au Motocultor

Carpenter Brut


Motocultor, jour 3

Aggressive agricultor

Contre toute attente, ce n’est pas sur la Massey Ferguscene (la marque Massey Fergusson n’est-elle pas un incontournable chez les agriculteurs ?) qu’on peut apercevoir des chapeaux de paille, des salopettes, des bottes, une vache, un cageot de poireaux et un mini tracteur… Non. Mais bien sur la Bruce Dickinscene.
Il est 14h30, le concert du quintet Aggressive Agricultor répand son punk paysan depuis 15 minutes déjà, tel de l’épandage sur la foule dense et les slammeurs s’en donnent à cœur joie. Les morceaux, courts, crépitent et enflamment le public.
Les titres aux noms bucoliques énoncés avec un fort accent “pécore” comme Longue vie au bétail, La croisade des troupeaux, J’ai oublié le beurre s’enchaînent et les poireaux, les carottes et la salade se mettent à voler !

Dans le pit, ça s’agite sous les 32 degrés du soleil au zénith. Des iroquoises se détachent de la foule, dressées prêtes à être fauchées dans les pogos. C’est un joyeux bordel, festif et à l’ambiance loufoque jusqu’à ce que le chanteur annonce la fin du show : “on va se quitter sur cette chanson et vous savez quoi : vive la campagne !” Le mot de la fin. Et pas des moindres. 

Ni

Après la paysannerie, on alterne avec un son, certes tout aussi loufoque mais plus carré au sens mathématique du terme. Le quartet Ni captive l’audience sous la tente Massey Ferguscene avec son rock instrumental et technique. Pas de paroles, sinon pour présenter les morceaux et remercier le public. 

Rapidement, Ni ensorcelle le public avec sa rythmique algorithmique et son bassiste charismatique quasi désarticulé, possédé par sa musique. 

Les morceaux s’étirent, comme vivant leur propre vie et le groupe nous emmène dans des contrées inconnues. Les histoires qu’ils racontent musicalement percutent l’audience. C’est redoutable. Parfois lent, parfois crescendo, parfois grondant, parfois hypnotisant, les phases à l’intérieur des morceaux proposent un son riche et complexe. Chacune et chacun expérimente des sensations auditives qui ne perdent rien en cohérence. 

De temps en temps, le bassiste, Benoît, utilise le micro pour s’étonner de sa propre voix et s’enquérir de notre santé après trois jours de canicule. Il précise que cela leur fait particulièrement plaisir de jouer, enfin, au Motocultor. 

Le concert passe d’une traite, tant on est happé ! C’est mon constat mais pas seulement. En effet, un “putain s’est passé trop vite” fuse à côté de moi. Je valide. La sensation de manque ou plutôt la frustration est grande. Comment un concert en instru, de math rock exigeant sans concession peut-il être aussi immersif et implacable ? Je file au merch acheter un vinyle : c’est un véritable coup de cœur. 

Loudblast

“Faites un putain de bruit bande de porcs !” c’est sur ces mots explicites que Stéphane attrape le public de la Mustage pour mieux l’exciter ! Vêtus de t-shirt à l’effigie de feu Ozzy Osbourne, Loudblast balance leur death thrash incisif en plein milieu de l’après-midi. 

Le soleil cogne toujours. La poussière tourbillonne encore davantage. La sécheresse se fait ressentir sévèrement. Bref, des conditions éprouvantes pour le pit qui se met en branle rapidement malgré tout. Et Stéphane de lancer, taquin : “Est-ce qu’on est pas bien au motocultor !”.
L’occasion de rappeler que c’est leur 40e anniversaire. D’une seule voix, la foule entame la chanson qui va bien : “joyeux anniversaire ♫”. C’est bon enfant. On se croirait presque à un gouter d’anniv’, d’ailleurs. Presque. Dans la poussière dense et sous le cagnard, des courageux slammeurs ponctuent chaque titres du set. 

Le death de Loudblast, sans concession, déferle sur la mustage comme un rouleau compresseur et sous les cris du public. Le quatuor fédère et quand Stéphane commande “je veux voir un putain de circle pit, des slams foutez-moi la merde” le pit s’exécute. De là où je suis, difficile de voir les musiciens à travers le nuage de poussière !

En guise d’au-revoir, le groupe parvient à faire claquer dans les mains de manières collective et synchro le public du festival. 

Poesie zero

Devant la Bruce Dickinscene, toujours sous un cagnard implacable, la foule se masse déjà longtemps avant le début du concert, visiblement très attendu du groupe de punk légendaire.
Rapidement, tout le monde frappe en rythme de “Siamo tutti anti fascisti “ puis entonne un “tout le monde déteste le RN” ! Sur scène, la batterie et les amplis arborent leur plus beaux drapeaux aux couleurs d’un peuple en lutte et et de l’Anarchie. Pas de doute, nous sommes dans une safe place (sans ces fachos qui errent parfois dans le festival ; certains t-shirts ne trompent pas).

Une petite musique douce électro se fait entendre : “c’est nous les punks, les punks, les punks on aime rien à part le punk, ça on aime bien” pour accueillir les membres du groupe affublés de leurs grosses têtes à crête ou de souris. Ils entament une chorégraphie improbable mêlant floss et sauts cadencés. Cela met déjà la foule en délire ! Puis, le chanteur salue la foule, à son habitude, avec provocation : “ les Vieilles Charrues : faites du bruuuit !!” 
Avec Poésie Zéro, la prise de parole entre les morceaux diffère quelque peu. En effet, à la place du discours évident et attendu, Poésie Zéro innove et lance un “blabla, blablabla, blabla ” qui meuble bien. 

À chaque titre, le public saute, danse, pogote. Le pit devient rapidement incontrôlable. On y perd des potes, happés par la machine à laver humaine. On peut apercevoir des slammeurs, difficile à dire dans le brouillard poussiéreux. Pour annoncer la chanson antiflics par excellence, le chanteur clame, péremptoire : “Vous les metalleux, vous avez tous les albums de la police”… Un silence s’impose (un peu) puis il reprend : “comme celui avec Roxane, là” . Rires dans la foule assurés. Sur scène, deux bonhommes géants style playmobil tout noir en forme de CRS avec matraque et bouclier prêts à taper surgissent sur les côtés. Les titres s’enchaînent, la bonne humeur devient exponentielle malgré les fausses “insultes” du groupe et autres “vous êtes des merdes”.  Aux abords du pit, l’ambiance est ultra festive et bon enfant.

C’est du punk joyeux et enthousiaste dans la contestation sociale sur le travail laborieux et (contre) la police. Cela contribue à la bonne humeur : tout le monde a ri aux blagues et à la déco du groupe. Leur musique est redoutable pour distiller des vérités implacables et ironiques : “si ça se trouve même ton portable te regarde” tout en faisant la fête allègrement.
Le groupe nous quitte sur de la techno et la foule reprend ses esprits. Ou presque !

Krav Boka

Sur la route du camping, la Bruce Dickinscène totalement blindée à 1h30 du matin attire l’attention. Changement de programme : le sommeil peut bien attendre !

En effet, sur la scène pourtant vide de musiciens, un cerceau qui pend au milieu intrigue. Jaillit alors cinq artistes, cagoulés, en jupe et croc-top pour la plupart, tous genres confondus. Guitariste, chanteurs, tous se répandent et naviguent dans l’espace en déversant leur rap-punk-metal vif et stupéfiant. Estomaquée, je dégaine les notes et le portable pour saisir ce qu’il se passe sur scène : une jeune musicienne/athlète se tracte sur le cerceau à la force des bras et entreprend des chorégraphies circassiennes complexes et physiquement époustouflantes. S’ajoute à cette prouesse technique un danseur cracheur de feu au dos presque entièrement recouvert de flammes. Le tout sous le flow énergique des chanteurs qui s’alternent “comme dans un carrousel” : les paroles résonnent fortement.

Sur le titre Brasero, un artiste vêtu en doré, cagoulé, arbore une disqueuse et projette des étincelles impressionnantes. L’effet saisit littéralement. Le mélange d’un univers steampunk post-apo renforcé par les éclairages rouge ébloui le public. Pour autant, le pit, occupé à s’en donner à cœur, joie ne semble pas plus bluffé que cela ! Partout autour de moi, les gens chantent les paroles des chansons. En plus des danseurs enfermé·e·s dans une sorte de bulles chewing-gum qui évoluent et se déplacent sur la scène, des instruments improbables apparaissent.  Une sorte de mandoline électrique déverse un son inédit et participe à créer un spectacle visuel unique en plus d’une sonorité particulière. Quel show !

Quelques instants plus tard, le groupe nous explique qu’une tradition grecque est de casser des verres sur scène. Il n’en faut pas plus pour voir voler une flopée de gobelets tout le long du morceau ainsi introduit. C’est vrai, le groupe est franco-maroco-grec !

Et on est encore loin d’être au bout de nos surprises : le titre Fumigène commence avec les 3 premières notes quand, depuis la foule, sûrement actionnés par des complices, plusieurs fumigènes (rouge, vert et blanc) emplissent l’air et font basculer le spectacle dans une autre dimension. 

Une sirène d’évacuation retentit sous de fausses menaces préfectorales : de quoi introduire un nouveau morceau. Des dédicaces sont faites aux bénévoles et aux techniciens, le groupe n’oublie personne. Le show perdure après le départ des musiciens avec une musique électro/techno qui met la foule en délire. 

Sur la Bruce, ce soir-là ou plutôt ce quatrième matin du festival, un coup a été porté. Krav Boca a embrasé presque littéralement la scène au sens propre avec son show pyrotechnique et sa musique exceptionnelle. De la haute voltige. Du feu, de l’ambiance, de l’engagement… Un tel spectacle sans égal a complètement plié le game. Pour moi, ce concert sera LE coup de cœur de tout le festival. 


Motocultor, jour 4

Møsi

Tôt le dernier matin, rendez-vous à la Massey encore clairsemée pour découvrir en live le duo Møsi. L’installation batterie et guitare est resserrée au maximum avec une petite scène posée sur la grande, telles des gigognes. La batterie à gauche, les amplis à droite. C’est minimaliste.
Les deux frères se font face et déversent leur son inclassable. Très vite, la guitare saturée emplit l’espace, la batterie pilonne furieusement son rythme et le chant est déclamé dans sa prose unique et poétique. 

Jusqu’ici tout va bien clame le chanteur. Pourtant, il nous prévient “on fait des chansons qui sont pas vraiment Youpi”.  L’esprit s’en ressent. Du torturé posé sur du saturé. Des sons mélancoliques et des rythmes qui cognent. Les paroles transpercent la poésie comme la lumière dans un tunnel. On se croirait plongé sur la rade de Brest un soir de tempête, une bière à la main. 

Les frères Joly, en redoutables artistes écorchés, imposent leur rock brut comme une pépite en or au milieu du metal. Des effets de saturation avec la guitare sur l’ampli participent à donner un aspect expérimental. Pour un moment, la voix crue du chanteur peut se passer de micro : il hurle ses paroles, tel un poète maudit, sans ampli. Performance qui bluffe tout le monde à l’instar de l’archet dégainé sur la guitare un peu plus tard. Effet rugueux garanti. Les applaudissements sont de plus en plus fournis. 

Le duo remercie humblement “merci d’être venu partager ce moment” , dit-il presque timidement. 

Après le morceau Inarrétable et les adieux, les commentaires parmi la foule volent : “Très bonne surprise, excellent” et “chanter sans micro c’est complètement dingue !” 
Encore une fois, le public a parlé !

Retrouvez sur HexaLive l’interview de Møsi au Motocultor

Locomuerte

Landmvrks

La poussière aux abords de la Mustage n’est pas retombée. Normal, Landmvrks a drainé un monde impressionnant et avant même le début du show l’excitation est palpable. 

Un show en terres bretonnes donne l’occasion aux Marseillais de proposer un set en commençant par un nouveau morceau du dernier album. Un set léché, avec des effets pyrotechniques époustouflants sur scène ainsi que des changements de backdrops en fonction des morceaux. Pogos, slams, headbangs à casser des nuques ; le public se galvanise au fur et à mesure des titres. Comme pour calmer le jeu d’un pit bien énervé, une sorte d’interlude s’opère sur scène. Le temps d’installer un grand cadre, des bombes et le chanteur se met à graffer un énorme 12 stylisé. 

Le public du motoc’ a aussi le droit à un titre en acoustique à la guitare sèche : Suffocate. Pas sûre que cette pause permette à la poussière de retomber mais ce moment suspendu donne du relief au show.  Florent, magnétique, casquette blanche à l’envers, s’exclame “incroyable Motocultor” et s’excuse au nom du groupe de ne pas avoir pu prendre tout le monde à la séance de dédicace. 

Les adieux se feront sur de simples paroles « On espère vous revoir TOUS » !

Textes : Maïa (instagram) – Photos : Punky Photographe (Instagram)

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