Le Kave Fest est un “petit” festival par la taille mais un très grand par la programmation. Il se déroule à Gisors, à une heure de Paris, dans l’enceinte même du château fort. Qui dit château fort, dit Moyen-Âge et il se trouve justement que ce château fort-là est un emblème de l’histoire médiévale de la Normandie. Qui plus est, un emblème marqué par la légende du trésor des Templiers.
Et des trésors, il y en a eu durant ce week-end du 4, 5 et 6 juillet. On aurait pu avoir Bob Vylan si le contexte avait été plus clément envers les artistes qui dénoncent les génocides en cours, mais enfin bref… On a tout de même eu de beaux trésors et pas qu’un peu ! En effet, il y avait sur ces terres normandes des groupes venus des quatre coins du monde : de Grèce avec Planet Zeus, du Royaume Uni avec Saint-Agnès, des USA avec Coheed And Cambria, d’Allemagne avec Future Palace, de Tchéquie avec Stellvris et du Danemark avec Siamese venu remplacer Bob Vylan au pied levé.
Et bien sûr, il y eut beaucoup de trésors nationaux avec des pépites nouvelles et des groupes plus confirmés. De beaux riffs dans un écrin de pierres anciennes avec une ambiance jeu de rôles et des activités ludiques proposées en marge des concerts (hypnotiseur, danseuse de feu, wall of death au bouclier en bois…).
Sommaire
Le Kave Fest, Jour 1 : Ring Scabs / Bad Situation / Carbon Killer
Le Kave Fest, Jour 2 : BrokNFace / Eiga / Witchorious / Mirabelle / Hrafngrimr / Klone / Eihwar
Le Kave Fest, Jour 3 : Barren / Griffon / No Terror in the Bang / Revnoir
Le Kave Fest, Jour 1
Ring Scabs
Il est 17h30, les premiers festivaliers commencent à s’installer tranquillement sur le site du Kave Fest. L’ambiance est détendue, faite de retrouvailles, et de regards curieux vers la scène où on assiste au balance du premier groupe du jour.
Puis quelques applaudissements timides et c’est Ring Scabs, jeunes pousses du brutal rock caennais, qui a l’honneur et la lourde tâche d’ouvrir les festivités – et ils le font sans trembler. Dès les premières secondes, on sent qu’ils ne sont pas venus pour meubler. Leur cocktail de brutalité et de groove normand capte l’attention. Les musiciens occupent l’espace, sans laisser retomber la tension. Malgré l’atmosphère tranquille du début de soirée, ils imposent leur énergie et sont en train de conquérir un public encore timide. Les premiers headbangs apparaissent, timides au début, puis de plus en plus francs.
Ring Scabs lance les festivités avec conviction avec leur set efficace, qui ne lâche rien. Un vrai bon départ pour trois jours de décibels.
Bad Situation
L’ambiance commence doucement à monter au château de Gisors. Les gens arrivent encore, bière à la main, lunettes de soleil sur le nez et Bad Situation entre en scène.
Le duo parisien ne perd pas de temps : des riffs de guitare efficaces, une batterie qui cogne, et c’est parti pour 30 minutes de déflagration. Le public, encore tiède, commence à bouger sérieusement. Ça se bouscule, et on assiste même au tout premier wall of death du week-end. Le Kave est officiellement lancé.
Ce qui marque, au-delà de leur efficacité, c’est leur connexion avec la foule. Aziz (chant/guitare) et Lucas (batterie) balancent tout ce qu’ils ont avec une sincérité. Ça joue fort, c’est direct, sans artifice, avec une vraie envie de partager. Le set passe à toute vitesse. J’ai reconnu “On My Own” et “Fairweather Friend”, mais dans l’euphorie, j’ai perdu le fil – tout s’enchaîne avec fluidité.
Bad Situation, c’est ce genre de groupe que tu découvres par hasard et dont tu ressors en te disant : “Ok, ceux-là, je vais les suivre.” Mission accomplie pour eux : ils ont chauffé la scène et laissé une foule prête à tout pour la suite.
Carbon Killer
Le premier jour s’est terminé avec la synthwave de Carbon Killer. Une sonorité qui détonne dans la programmation et ce petit pas de côté nous a propulsé du Moyen-Age vers un futur dystopique.
La mise en place du dispositif “Carboné” a été un peu plus longue que prévue mais quand le show a démarré et que les 6 écrans se sont allumés en même temps que les beats, l’effet a été saisissant !
Les lights stroboscopiques, les rythmes effrénés, les écrans hypnotiques : les yeux comme les oreilles étaient accaparés de toute part. Les fausses pubs sur les écrans envoyaient des images presque subliminales de revolvers en plus du premier message, très orwellien. L’ensemble donnait un aspect cyberpunk à souhait !
Malheureusement, les écrans se sont éteints à la moitié du set. Restaient les samples et la guitare électrique ainsi que les voix en back tape pour mettre l’ambiance. Et c’était bien suffisant.
Sous son casque noir à la Daft Punk, Timon Bodin, a fait danser le pit qui s’en est donné à cœur joie. Les rythmes s’enchaînaient sans transitions, mitraillant parfois l’air de pulsations frénétiques, avant de redevenir aériens, portés par des voix samplées. Les festivaliers festifs et happés ont vibré dans la cour du château. Une cour baignée de néons jusqu’à 1h du matin. C’était à voir !
Kave Fest, Jour 2
BrokNFace
BrokNface était programmé à 13h30 et le public du château n’était pas encore au max. Mais celles et ceux présent.e.s ont littéralement pris une claque !
« Wesh le Kave Feeest !! » : l’entrée de Mara, la chanteuse de BrokNface a été fracassante ! Vêtue d’une tenue blanche crop-top et d’un short, de talons haut et de collants résilles blanc, enveloppée dans une veste de satin, l’effet fut spectaculaire !
Son flow, ultra groovy et par moment bien caverneux a saisi le public. Les pas de danse, les ondulations sexy qui ponctuent les parties chantées la rendent tellement eye catching qu’on ne peut donc détacher son regard même en secouant la tête.
Il faut pourtant savoir faire deux choses en même temps avec BrokNface ! A l’instar de Sandro, le lead guitare, capable de jouer tout en faisant du 2 steps ! Le quatuor dégage une énergie redoutable et déverse de la bonne humeur contagieuse. Leur style alliant metal furieux, funk et pop donne un metalcore énergisant et original. Entre les morceaux, Mara s’est adressée au public régulièrement en frontwoman qui en impose et a remercié chaleureusement le public à plusieurs reprises. Il y aura également un petit discours sur les femmes trans (dont elle fait partie, vous l’aurez compris), largement soutenu et acclamé par le public.
Leur show était à l’image de l’ensemble : très rythmé. Le groupe a notamment joué leur avant dernier titre, la Victoire et ce fut un bonheur a réécouter dans de si bonnes conditions. Morceau qui fut tout de suite suivi par Funk me nice, leur sortie la plus récente. La setlist fut donc parfaite et le show a percuté les préjugés.
Entendu à la fin du concert, dans le pit :
– “ J’ai bien kiffé !
– moi aussi, ça m’a laissé sur le cul !”
Tout est dit !
Setlist :
The shore
Sunscares
La victoire
Funk me nice
Vanquished
Poisoned by mom
Untitled (Morceaux exclu non sortie 🥰)
Retrouvez l’interview de BrokNFace sur HexaLive
Eiga
Le soleil derrière les nuages, la chaleur n’en était pas moins lourde pour ce deuxième jour de festival. Eiga a pris la suite du metalcore français, en proposant un son énervé et qui a déchaîné le pit.
Composé de 2 guitaristes et sans aucun bassiste, le quatuor a vraiment scalpé le game. Le public était déjà plus nombreux à cette heure-là. Vêtus de tenues absolument décontractées, loin des DA noires habituelles propres au genre, le groupe mise plutôt sur sa hargne. Pantalons colorés, t-shirt blancs, on pourrait presque penser qu’ils ne font pas de metal. Mais ça, c’est juste avant d’entendre les premières notes, les premiers breakdowns ultra nerveux et la voix consistante d’Aymeric.
Son frère, Simon, n’est pas en reste. Il est peut-être le plus enragé du groupe tant il maltraite sa guitare et secoue son corps violemment. Impressionnant. Il en perd même son bandana. Et au milieu du set, un duo de guitaristes au solo aérien, incarné, envoûtant à souhaits. Un pur régal ! Comme l’ensemble du show qui a vu les premiers pit et WOD de la journée.
Eiga nous rappelle que c’est leur tout premier festival ! Et comme pour marquer le coup, Arthur Alternatif viendra faire un bœuf sur scène avec eux.
Setlist (avec des exclus !):
Archon
Primitive
Night Speaks
Kaimon
Patience
TWM
The Unseen
Witchorious
15h35, c’est l’heure de l’incantation. Au tour maintenant du trio de doom, Witchorious.
Dès les premières secondes, le ton est donné : applaudissements nourris, attente palpable. Le backdrop avec la bougie allumée qui rayonne plante le décor : ce concert sera rituel. Même en plein jour.
Antoine Auclair, le guitariste-chanteur incarne littéralement ses paroles. Sa voix grave et ses riffs ténébreux se déverse sur chaque morceau. Parfois, la réverb’ sur sa guitare envahit l’espace. De l’autre côté de la scène, Lucie Gaget, la bassiste, rousse flamboyante en longue robe noire fendue, évoque une Morticia spectrale, magnétique. À elle seule, elle capte les regards, imposant une présence scénique fascinante.
Sur l’un des morceaux, elle s’agenouille sur le devant de la scène pour manipuler un thérémine, ajoutant une dimension encore plus intrigante à leur musique et leur show. Parmi le public, un silence religieux s’installe avant la montée dramatique du morceau suivant.
Leur doom est lourd, puissant, mais jamais écrasant. Il monte crescendo, prend son temps, installe la torpeur, pour mieux la briser. Les deux voix — celle du guitariste et celle, plus aérienne mais tout aussi ensorcelante, de la bassiste — se mêlent, pour un effet envoûtant.
Mention spéciale à la pédale wah-wah : le chanteur la module avec la bouche en simultané, donnant à ses solos une expressivité quasi animale. C’est incarné et ça emporte.
Puis Antoine lance : “Ça va être notre dernier morceau”, tout de suite ponctué des cris provenant du public : “Non !!” (preuve que la sorcellerie a bien pris !).
Le groupe partage un dernier moment de complicité avec nous et nous informe : “On s’appelle Witchorious, on vient du 7.7. !”
Le final se joue autour de la batterie, tous les trois réunis, avant de se tourner ensemble vers le public pour un adieu. Un sort a peut-être été lancé à ce moment-là ! C’est l’effet Wichorious que j’ai eu beaucoup de plaisir à revoir en plein air.
SetList :
Watch me Die
Monster
Eternal Night
Sanctuaire
Blood
Retrouver l’interview de Witchorious au Hellfest sur HexaLive
Mirabelle
S’il fallait un adjectif pour qualifier Mirabelle. ça serait : IM-PRO-BA-BLE ! Rien que le backdrop à lui tout seul vaut le déplacement.
En effet, devant le mur du château, se dressent du rose bonbon et des têtes de chien (vaguement) kawaii, avec des cœurs partout et des petites têtes de mort disséminées, le tout du meilleur effet. C’est du caviar, comme dirait un pote.
Également mis en évidence, un drapeau LGBT et à l’arrière d’une des guitares, à la manière du « More Women on stage », un slogan nécessaire subtilement présenté à la foule au moment d’installer la guitare : “Free Palestine”. Mirabelle est là pour déconner mais pas que. Et c’est tout à leur honneur. Et puis un autre message est indiqué sur l’autre guitare “Nono JTM”. Voilà.
Et musicalement ?
Musicalement, on est presque sur la côte ouest américaine à deux doigts de sortir les skates, mais en plus barré. Des sonorités pop et néo punk se mêlent aux riffs boostés avec une ligne de basse bien présente. L’ensemble sonne donc très éclectique à la limite du définissable. Parfois on frôle le Core metal ou Hard c’est selon. Et très rapidement, dans le pit comme sur scène, on ne sait plus où donner de la tête ! Leur punk-pop débridé balance des vibes de malade. Astucieux, le groupe propose des t-shirts gratuits aux slammeurs. Et ça n’a pas loupé : il s’est mis à pleuvoir des slammeurs à en donner des tendinites à la sécu. Hallelujah.
Au milieu d’un morceau, les deux guitaristes (dont celui habillé de tatouages) se rapprochent pour se faire un smack du meilleur effet, provoquant ainsi les applaudissements et les cris de joie dans le public instantanément.
Au backtape de banjo, s’ajoutent les petites vannes des membres du groupes quand ils s’adressent au public. Florilège :
– « La chanson d’après est super difficile… y a vraiment beaucoup de notes »
– « On organise une vente aux enchères du dernier vinyle dont les bénéfices seront intégralement reversés à l’association Kronenbourg »
-« Il nous reste très peu de chansons à jouer… genre 13 «
La bonne humeur se répand et dans le pit on se met à danser bras dessus-bras dessous dans un joyeux bordel. Pour rajouter à l’ambiance, l’un des guitariste nous fait pousser la chansonnette. Petit switch parmi les membres du groupe pour un morceau : le batteur passe à la guitare et inversement !
Au final, ils se rassemblent autour de la batterie pour le coup d’envoie final et le jump collectif qui va bien pour ponctuer le dernier rythme. Et même pour la traditionnelle photo Insta finale, les membres du groupe font les pitres en étant allongés par terre. Le résultat rend d’ailleurs assez bien sur leur compte instagram.
Mirabelle. a donné un concert revigorant, vivifiant. Le pit était joyeux et enthousiaste. Et puis ce backdrop, sérieux !!
Setlist
Streetlight
The Worst
Like My Favorite Liquor You Make Me Want To Sing
Cut me Down
Whatever
Karma
Kiss Of Death
Big Sleep
6 Feet Underground
The Night of My Murder
Shitshow
Hrafngrimr
Pour le groupe pagan au nom imprononçable (ce n’est même pas moi qui le dit, mais le chanteur !), des chevaliers au boucliers présents sur les animations du festival sont venus faire un combat dans le pit pour un spectacle unique. Ça a mis l’ambiance, ça a donné une teinte qui sied bien au groupe. Les épées se sont fracassées sur les armures et les casques ont reflété la lumière de ce début de soirée. Avec le château en arrière-plan, tout a participé à nous mettre dans un ambiance unique pour la prestation du groupe. Il manquait juste un petit coucher de soleil, mais ne chipotons pas.
Sur scène, cornes animales, plumes, coquillages, comme les instruments à peau, la petite lyre ou la mandole en bois, se mélangent avec les guitares électriques et l’ordinateur. Les appels du groupes, tels des incantations aux divinités vikings ont participé à ensorceler le public qui ne demandait que ça. Le public était réceptif et se laissait vite convaincre de chanter et de participer aux incantations pagan destinées à Freia, Odin ou Thor. La transe d’un temps ancestral a pris dans l’enceinte du château fort !
Klone
Revoir Klone était important.
Le concert au We Metal Fest était très bien mais là, dès les premières notes, il était évident que ce show serait encore meilleur. Difficile de dire pourquoi. Un feeling, une impression. Le lieu, peut-être ? Le public, l’atmosphère ? Peut-être grâce à tout cela à la fois. En tous les cas, le concert de Klone ce soir-là au Kave Fest fut prodigieux.
Sobre, le quintet, tout habillé de noir (jean, cargo, t-shirt) a investit la scène devant un backdrop composé de draps blancs et de miroirs suspendus. Leur metal progressif, tout à la fois atmosphérique et lourd s’illumine de touches de groove apportées par la ligne de basse de manière exquise. Le public paraissait suspendu, accroché à la voix puissante de Yann Ligner. Subitement, les pierres médiévales du château semblaient littéralement former un écrin pour sa voix claire et transcendante. C’en était saisissant. A vous filer des frissons, la chair de poule, les poils qui se dressent. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour moi sur Bystander. Le silence presque religieux, entretenu par l’absence de prises de paroles du chanteur entre les morceaux, renforçait par contraste les applaudissements fournis (qui étaient de parfaits indicateurs de l’enthousiasme collectif). Contre toute attente, un slam incongru mais bienvenu a eu lieu pendant le set. Un set qui s’est terminé en beauté avec Yonder et aux dernières notes, quelqu’un s’est écrié “Ah c’est trop bien !!” par deux fois à côté de moi. Simple, sincère et tellement bien résumé !
Ce fut un plaisir partagé pour les musiciens également. Leurs regards complices, leurs sourires. La façon de remercier à la fin. Ils avaient l’air émus. Et touchés. Le concert de Klone fut un moment hors du temps. Un pur instant musical. Merci Klone.
Setlist :
The Unseen
Magnetic
After the sun
Blink of an eye
Bystander
Immersion
Meanwhile
Nebulous
Yonder
Eihwar
Avant même que le duo ne soit présent sur scène, les cris parmi le public se sont fait de plus en plus pressants. Mark entre en premier et lance les premiers back tape ; une musique d’ambiance intrigante. Puis Asrunn fait son apparition dans sa tenue de peau et son crâne de cerf sur la tête, le bas du visage peint en rouge. Elle chante doucement dans le micro tout en déroulant une pelote d’un fil imaginaire entre ses doigts. Le fil d’un récit, transmis de guerrier viking en guerrières vikings depuis la nuit des temps, pourrait-on croire. L’histoire qui va nous être contée ce soir sera palpitante. Et très vite, le style si original de Eihwar va impacter le reste de la nuit pour beaucoup venus nombreux écouter la transe pagan du duo (à en croire les t-shirts dans la foule).
“On s’appelle Eihwar et on est venus foutre le bordel ici” nous lance Asrunn. A bon entendeur !
Car par expérience (vus au Hellfest 24 et au Résurrection Fest quelques jours avant), Eihwar met effectivement le bordel. Avec leurs rythmes tribaux, la danse hypnotique de la chanteuse, les percussions martiales conjuguées à la prestance scénique de la belle en peau de bête, tout participe à mettre une ambiance unique.
Pas simple de suivre Asrunn du regard, tant elle arpente la scène de long en large en sautant, percu à la main. Et pour faire redescendre un peu la tension (toutes sortes de tensions) une ballade à la guitare sèche est bienvenue. D’ailleurs, elle nous déclare en avoir besoin elle aussi pour retrouver son propre souffle.
Le rythme du show est donc bien équilibré. Transe guerrière qui s’alterne avec des phases plus douces permettent au public de se défouler et de récupérer tout à la fois.
A la fin du show et malgré les demandes de rappel insistantes, le duo ne peut y répondre… A la place, Asrunn descend près de la foule pour serrer le plus de mains possible.
Le public est littéralement conquis !
Setlist :
Völva’s Chant
Ragnarök
Yggdrasil’s Renewal
Baldr
Medley: Valhalla / The Forge
Sir Mannelig
Skjaldmö
Viking War Trance
Fenrir
—
Berserkr
Kave Fest, Jour 3
Barren
Premier groupe du dernier jour, Barren s’est lancé devant un public encore clairsemé, mais rapidement capté. Visuellement, le quatuor affiche une petite DA sobre et efficace, le backdrop comme les tenues : noires !
La voix du chanteur capte très vite l’attention. Son growl puissant, sa voix chantée lumineuse et son attitude incarnée sur scène ne laisse pas indifférent. Leur deathcore/djentcore sonne redoutable : le groupe maîtrise les cassures de rythmes comme les moments suspendus, ces moments de calme avant la tempête.
Et de tempêtes, ils en annoncent : le chanteur demande « aux plus déter d’entraîner les autres » et propose aussi de “se mettre des droites sur ce morceau !” avec un WOD.
Leur set fut une bonne claque d’ouverture, portée par une vraie cohésion et un son solide.
Setlist :
Mirage
Eden
Blackhole
Serot
Alone
Aerium
Griffon
Griffon a commencé avec quelques minutes de retard. Sous la pluie, les membres du quintet ont démarré leur show dos au public et dès les premières notes, le silence s’est imposé.
Les chemises blanches tachées de sang évoquent sans détours des moments sanglants de l’Histoire, comme la Commune. Le backdrop, qui laisse penser que nous sommes en plein cœur de Paris avec Notre-Dame en étendard, donne de précieux indices à ce sujet. Le chanteur, le regard fixe, ne semble jamais cligner des yeux. Il impose par sa seule présence.
La foule est compacte, prise entre les effets ecclésiastiques des chœurs (chantés par deux guitaristes), les backtapes de discours politiques et les riffs sombres qui cisaillent le silence.
La musique, très noire, connaît parfois des moments d’éclaircie, comme une lueur dans la pénombre. Parfois, après avoir reçu les applaudissements du public, le chanteur remercie sans un mot, mains jointes.
Griffon a livré un concert aussi glaçant que maîtrisé, à la théâtralité saisissante. La pluie n’aura fait qu’accentuer ces belles sensations. Quel spectacle !
No Terror in The Bang
Une douce backtape de piano prépare l’arrivée de No Terror in the Bang. Juste avant une entrée fracassante de la chanteuse, Sofia, tresses au vent et voix prête à tout déchirer !
Sa puissance vocale fait vibrer le public, mais c’est dans les contrastes qu’elle frappe fort : des chuchotements délicats aux hurlements viscéraux, tout est habité. A l’image de la sonorité du groupe, tout en tension musicale, qui alterne envolées atmosphériques et fureurs métalliques.
Le groupe n’est toutefois pas au complet. J’apprends plus tard que le guitariste est parti en Espagne et que le claviériste prend une pause familiale. Malgré ce petit changement de line up, le groupe tient la scène sans faille.
La chanteuse, rideau de cheveux et headbangs énergiques, capte toutes les regards. Sa présence scénique est époustouflante ! Le reste du groupe n’est pas en reste. Ils embarquent le public qui secoue la tête de plus en plus au fil des morceaux.
A la fin du show, Sofia, la chanteuse, touchée par les retours depuis la fosse, forme un cœur avec les mains au milieu du dernier morceau : simple et touchant. L’accueil du public a été généreux, c’est indéniable. Et ça c’est confirmé par la petite queue au stand peu de temps après. No Terror, c’est envoutant et singulier. Impeccable. Il était temps de les voir enfin sur scène. Quel beau moment !
Pour info, leur prochain EP sort en 2026.
Setlist :
No more helpfull
Retch
Heal
Overdose
Lulled by the waves
Another king of violence
Warrior
Retrouvez l’interview de No Terror in the Bang sur HexaLive
Revnoir
L’hypnotiseur présent sur le site exerçait, entre les concerts, ses talents mystérieux lors de séances bluffantes.
J’ignore s’il exerçait aussi pendant les shows, mais il faut admettre que quelque chose de tout aussi énigmatique s’est produit lors du concert de Revnoir.
En effet, aspirée dans une sorte de faille sonore et temporelle, je n’ai pris aucune note. Hypnotisée ? Envoutée, fascinée ? Un peu tout ça a la fois, sans l’ombre d’un doute.
D’autres détails pourraient valider la théorie troublante du paranormal (ou presque) : la batterie du quatuor semblait avoir des ailes !
En fait, à bien y regarder, autour de la seule caisse claire bien centrée, trônaient des écrans de Plexiglas translucides devant les cymbales. Ce dispositif magique soigne le son en live mais renforce aussi l’esthétique visuelle de l’ensemble. Entre le noir des vêtements amples et la géométrie du logo du groupe sur le backdrop, tout amplifie l’aspect visuel et participe au magnétisme, sans conteste.
Parmi le public, j’ai pu observer des « mystiques » qui accueillaient le son, comme la pluie, avec extase ! Notamment, cette bénévole portée sur un bouclier qui traversa le pit en galvanisant la foule ! Dit comme ça, cela semble surnaturel. Et cohérent pour un groupe qui s’appelle Revnoir. Pourtant, tout est authentique !
Fort de son charisme, le chanteur a fait s’accroupir tout le monde dans la fosse pour mieux sauter, toujours sous la pluie, au rythme d’un breakdown puissant. Car Revnoir, ce n’est pas de l’hypnose pour amorphes. Le metalcore du groupe exalte et réveille en profondeur ! Le pit tumultueux jusqu’à la fin du show en témoigne.
Après un tel concert, j’ai préféré rester sur mes impressions diffuses dans la bruine normande.
L’aventure Kave Fest pris donc fin pour moi sur une belle note noire.
Presque comme dans un rêve.
Textes : Maïa, sauf Bad Situation et Ring Scabs Sekhmet_Eve – Photos : Sekhmet_Eve (instagram)