Wake The Dead – L’interview au Hellfest

En cette deuxième journée de festival, le soleil est déjà brûlant en cette fin de matinée sur la Warzone. Les premiers festivaliers se massent déjà contre les barrières. D’autres arrivent encore, bière à la main, attirés par cette scène qui, année après année, est devenue le cœur battant du punk et du hardcore au Hellfest. À première vue, rien ne distingue ce moment des autres jours. Pourtant, pour les cinq musiciens qui s’apprêtent à monter sur scène, ces trente minutes qui arrivent n’ont rien d’un simple créneau de programmation. Elles représentent quinze années de concerts, des centaines de répétitions, des milliers de kilomètres et une conviction qui n’a jamais quitté Wake The Dead : continuer d’avancer sans jamais brûler les étapes. Quelques heures plus tard, je retrouve le groupe sur l’espace presse.


Comme pour toute interview, je débute par leur poser une question volontairement simple : « Comment allez-vous ? »

Yvan esquisse un sourire. Il prend quelques secondes avant de répondre. Comme s’il réalisait seulement maintenant que le concert est terminé. « Le premier sentiment, c’est surtout le soulagement. » Nico rebondit juste après lui. « Le stress est retombé. Le concert s’est super bien passé, il y avait énormément de monde. Maintenant, on essaie simplement de revenir à la réalité. »

Autour de la table, plusieurs têtes acquiescent. Il poursuit immédiatement. « C’est cool parce qu’on continue aussi à échanger avec les gens. On croise des personnes qui nous parlent du concert, qui nous donnent leurs impressions. On commence doucement à comprendre ce qui vient de se passer. »

C’était juste trop d’émotions d’un coup. Perso, j’ai pleuré !

Pour Guillaume, « c’était même au-delà de ce que j’imaginais ». Quant à Aleksandra, elle reste tout aussi enthousiaste. « C’était notre plus grosse scène jusqu’à présent, mais surtout le public le plus réceptif qu’on ait eu. On n’avait jamais ressenti une telle énergie.»

En les regardant échanger, une chose saute immédiatement aux yeux. Personne ne parle du Hellfest comme d’une consécration. Ils parlent plutôt…d’une étape. D’un cap. Le Hellfest n’est pas une surprise. Le groupe savait depuis quelque temps qu’il ferait partie de l’affiche. Pourtant, lorsque j’évoque le moment où ils ont découvert leur programmation, les regards changent immédiatement. On retrouve presque des réactions de fans.

Aleksandra évoque ce jour. « C’était une explosion de joie. Quand j’ai vu qu’on jouait sur la Warzone, et surtout le même jour que The Dillinger Escape Plan, c’était juste trop d’émotions d’un coup. Perso, j’ai pleuré ! » Cette phrase dit énormément de choses. Parce qu’elle rappelle une évidence que l’on oublie parfois. Les artistes sont aussi des passionnés.

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Crédit Photo : Cadence Noire (Instagram)

Nico replace immédiatement cette émotion dans une perspective plus collective. « On l’a vécu comme une étape importante dans la vie du groupe. Jouer au Hellfest, et en plus sur la Warzone, qui est une scène entièrement dédiée au punk et au hardcore, c’est forcément particulier. On était très heureux, on s’est mis en ordre de bataille et de marche, car on savait aussi qu’il fallait être prêts. Il y a eu beaucoup de travail pour en arriver jusque-là »

Être prêts. Le mot revient plusieurs fois au cours de la discussion. Le Hellfest ne constitue pas un aboutissement. Seulement une opportunité. « Il y a forcément un peu de stress », poursuit Nico. « Mais ce stress est sain. Il t’oblige à travailler davantage. Tu sais que tu n’as que trente minutes. Il faut qu’elles soient parfaites. »

Franchement, on ne pouvait pas rêver mieux.

Je leur raconte alors les différentes occasions où j’ai pu les voir récemment. À L’Union, sur un parking. À Toulouse, en première partie de Madball. À chaque fois, quelque chose évoluait. Cette fois, ce qui m’a frappé n’est pas seulement la précision musicale, c’est leur aisance, le plaisir qu’ils prennent à évoluer ensemble.

Aleksandra sourit. « C’est drôle parce que deux personnes sont venues me voir juste après le concert pour nous dire exactement ça. Elles nous ont expliqué qu’elles avaient senti qu’on était heureux d’être là. Elles nous ont dit que ça se voyait. » Yvan évoque cela également. « Et le public nous l’a bien rendu ! Deux wall of death, plusieurs circle pits… Franchement, on ne pouvait pas rêver mieux. »

Pendant quelques secondes, tout le monde revit mentalement le concert.

Lorsqu’on évoque leur dernier album, on saisit que la prestation de ce matin n’était finalement que la conséquence logique de plusieurs années de travail. Le disque occupe une place particulière dans leur histoire. Le Covid est passé par là, les tournées se sont arrêtées, le temps s’est soudainement étiré. Là où beaucoup auraient vu une frustration, Wake The Dead y a trouvé un moment de création.

Yvan remonte le fil des événements.

« Les premiers morceaux de The Great Disappointment ont commencé à voir le jour pendant le Covid, entre 2020 et 2021. On avait déjà travaillé avec Florent Salfati (producteur de l’album et chanteur de Landmvrks) sur notre précédent album, mais cette fois on lui a demandé d’aller beaucoup plus loin. »

On comprend que cet album n’est pas simplement le fruit de plusieurs séances de studio. Il est le résultat d’une maturation.

Florent n’est pas uniquement venu enregistrer des pistes. Il est devenu un véritable partenaire artistique. « Il ne s’est pas contenté de mettre des micros devant les amplis. On voulait qu’il produise vraiment le disque. Il nous a accompagnés sur les compositions, il nous a poussés à retravailler certains morceaux. Il y a eu un vrai dialogue. » enchaîne Nico.

Il poursuit. « Certaines chansons ont beaucoup évolué pendant cette période. On a recomposé des parties entières. Florent nous obligeait à nous poser les bonnes questions. Pourquoi ce passage ? Pourquoi cette transition ? Est-ce qu’on peut raconter la même chose avec plus d’impact ? » En l’écoutant, on comprend que cet album n’est pas simplement le fruit de plusieurs séances de studio. Il est le résultat d’une maturation.

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Crédit Photo : Cadence Noire (Instagram)

Puis la conversation glisse naturellement vers un autre tournant. L’arrivée d’Aleksandra. Les mots employés racontent autre chose, une rencontre, une évidence.

Nico résume la situation en quelques phrases. « Pendant tout ce travail, on a changé de line-up. L’arrivée d’Alex a complètement rebattu les cartes. Elle est arrivée avec sa personnalité, ses idées, sa manière d’écrire. Finalement, l’album est devenu le reflet de cette nouvelle dynamique. »

Aleksandra sourit. On sent qu’elle se remémore parfaitement cette période. Son histoire avec Wake The Dead commence presque par hasard. « Je suis tombée sur une publication Facebook qui disait simplement que Wake The Dead cherchait une nouvelle chanteuse. À ce moment-là, je sortais d’une opération de la mâchoire. J’étais dans un état d’esprit particulier. Je me suis dit : « Cette fois, tu arrêtes de réfléchir. Tu tentes vraiment ta chance. »»

Honnêtement, j’ai eu l’impression de jouer avec eux depuis toujours.

Ce qui frappe dans son récit, c’est l’absence de calcul. Simplement d’une envie. « Ça faisait longtemps que je voulais devenir frontwoman dans un groupe de hardcore. Je n’avais jamais trouvé le bon projet. Là, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment. » Quelques auditions plus tard, tout s’accélère. « Je crois que c’était juste après Noël, en 2024, quand ils m’ont annoncé que je rejoignais le groupe. Et ensuite… tout est allé très vite. »

Très vite. Mais surtout très naturellement. Le mot revient plusieurs fois. « Honnêtement, j’ai eu l’impression de jouer avec eux depuis toujours. Il n’y a jamais eu cette période où l’on cherche sa place. Tout était fluide. »

Je leur confie alors une impression ressentie à l’écoute du disque. Quelque chose m’a frappé. La manière dont les morceaux s’enchaînent comme s’ils formaient un seul récit. Des moments où la violence laisse soudain place à une mélodie plus aérienne. Je leur demande si cette impression est volontaire.

Guillaume répond immédiatement. « Oui. On réfléchit toujours à un album dans son ensemble. Pas simplement à une succession de morceaux. On veut qu’il puisse s’écouter d’une traite. Comme une histoire. On travaille beaucoup les transitions. On essaie d’alterner les intensités. »

Cette approche n’est pas nouvelle, elle est assumée, elle existe depuis plusieurs disques. « C’est exactement la même chose que pour le live. Un concert doit raconter quelque chose. Il doit avoir un rythme. Tu peux jouer dix morceaux très violents, mais si tu ne ménages jamais de respiration, tu perds ton public. »

Il cite spontanément Defeater parmi les groupes qui ont nourri cette réflexion. Le groupe refuse de considérer un album comme une finalité. Chaque disque représente plutôt une photographie, l’image d’un groupe à un moment précis de son évolution.

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Crédit photo : Cadence Noire (Instagram)

Nico résume parfaitement cette philosophie. « C’est notre cinquième release. À chaque fois, on essaie simplement de franchir une nouvelle étape. Pas de révolutionner notre musique. Juste de progresser. » Le Hellfest s’inscrit exactement dans cette logique. Pas comme une récompense. Mais comme une conséquence.

Lorsque je leur demande, presque en plaisantant, si le prochain album est déjà dans les cartons, plusieurs sourires apparaissent autour de la table. Guillaume répond sans hésiter. « Oui… On travaille déjà dessus. »

À une époque où beaucoup de groupes choisissent des textes universels ou introspectifs, Wake The Dead revendique au contraire une appartenance géographique assumée

On parle toujours de musique, bien sûr, mais elle n’est plus le seul sujet. Peu à peu, les discussions glissent vers ce qui nourrit réellement Wake The Dead : son identité, ses racines, les rencontres qui l’ont façonné.

Au milieu de The Great Disapointment se cache un morceau qui intrigue immédiatement : Marseille. À une époque où beaucoup de groupes choisissent des textes universels ou introspectifs, Wake The Dead revendique au contraire une appartenance géographique assumée. Je leur demande si cette chanson est un hommage à leur ville.

Aleksandra prend le temps de répondre. «Sur Marseille, le featuring avec Florent était déjà prévu avant mon arrivée dans le groupe. Quand j’ai commencé à écrire les textes, je cherchais un thème qui fasse sens. J’écoute beaucoup de groupes de folk irlandais qui parlent de leur pub, de leur quartier, de leur ville. Je trouvais cette idée magnifique. C’est Yvan qui a lancé : « Pourquoi ne pas parler de Marseille ? » Et tout le monde s’est regardé. On s’est dit : évidemment. »

Yvan complète aussitôt. « Et Florent partage complètement cette vision. Avec Landmvrks, il revendique sans arrêt ses origines marseillaises. Il défend énormément la scène locale. Quand on lui a proposé cette idée, il a immédiatement adhéré. »

À travers cette chanson, Wake The Dead ne célèbre pas seulement une ville. Le groupe célèbre une scène, un territoire

La discussion revient ensuite naturellement sur Aleksandra. Pas seulement parce qu’elle est la dernière arrivée, mais parce que son arrivée raconte aussi l’évolution d’une scène. Depuis quelques années, le métal voit émerger davantage de groupes portés par des femmes. Le Hellfest 2026 en est d’ailleurs une illustration. Plusieurs formations programmées sur la Warzone comptent une chanteuse ou une musicienne au premier plan. Je leur demande si cette évolution leur paraît importante.

Léo prend la parole. « Oui, forcément. Plus il y aura de groupes avec des frontwomen, plus cela donnera envie à d’autres musiciennes de se lancer. Pendant longtemps, il y avait très peu de modèles dans le hardcore. »

Il cite spontanément Walls of Jericho. « Candace Kucsulain a été une figure énorme pour beaucoup de monde. Mais il y avait peu d’exemples. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de groupes émerger, et c’est une excellente chose. »

Aleksandra évoque cette évolution. « Quand on ne voit personne qui nous ressemble sur scène, on peut avoir l’impression que ce n’est pas un endroit pour nous. C’est humain. Aujourd’hui, voir davantage de femmes dans ces groupes peut donner confiance à d’autres. Si une jeune fille assiste à un concert et se dit : « Moi aussi, je peux monter sur scène », alors c’est déjà une victoire. »

Léo embraye immédiatement sur un autre aspect. Celui des instruments. « Même les instruments ont longtemps été genrés. On associait facilement le piano aux filles et la guitare aux garçons. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, et c’est tant mieux. Plus il y a de profils différents, plus la musique devient intéressante. Chacun apporte une manière différente d’aborder les choses »

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Crédit photo : Cadence Noire (Instagram)

Comme souvent dans les interviews, la question des influences finit par arriver. Mais là encore, les réponses prennent une direction inattendue.

Les références à Mastodon, The Dillinger Escape Plan, Queen sont évoquées. Nico préfère élargir le sujet. « Bien sûr qu’il y a des groupes connus qui nous inspirent. Mais, honnêtement, nos plus grandes influences viennent aussi de tous les groupes avec lesquels on a partagé des affiches depuis quinze ans. À chaque concert, tu apprends quelque chose. Tu observes une manière d’occuper la scène, une façon de communiquer avec le public, une organisation différente. Toutes ces rencontres finissent par construire ton identité autant que les groupes que tu écoutes chez toi. »

Guillaume présente la devise du groupe :  « Driving ten hours, playing half an hour. »

Découvrir Wake The Dead, c’est aussi se rendre compte que le groupe ne cherche pas à reproduire ses modèles. Il préfère apprendre de chacun, construire sa personnalité morceau après morceau, concert après concert, kilomètre après kilomètre.

Il existe une image que le public ne voit jamais. Un camion, des kilomètres d’autoroute, des hôtels à trois heures du matin. Pour faire 30 minutes de concert.

Lorsque j’évoque la vie en tournée, le sujet leur est familier. Guillaume présente la devise du groupe :  « Driving ten hours, playing half an hour. » Dix heures de route pour jouer trente minutes. » Autour de la table, tout le monde sourit. Cette phrase pourrait résumer à elle seule la réalité de centaines de groupes indépendants.

La vie en tournée, c’est aussi la bataille de la playlist dans le van.

Il ajoute : « Pour venir ici, on a roulé une dizaine d’heures. Après le festival, on repartira quasiment aussitôt. Au final, on passe énormément de temps dans le camion. Mais c’est aussi grâce à ça qu’on rencontre des gens, qu’on découvre des scènes différentes et qu’on partage notre musique. »

Le constat n’a rien d’amer. Au contraire.

La vie en tournée, c’est aussi la bataille de la playlist dans le van. C’est Léo, qui conduit souvent, il a donc souvent l’occasion de choisir ce qu’il a envie d’écouter. « En ce moment, je mets beaucoup Brutus. Et j’essaie aussi de faire découvrir quelques groupes américains moins connus. » Yvan aimerait lui écouter davantage Queen.

Lorsqu’un groupe commence à raconter la route, les anecdotes finissent par arriver. Certaines sont glorieuses. D’autres beaucoup moins. Parce qu’il existe toujours une galère imprévue.

Et celle qu’ils racontent ensuite vaut tous les scénarios.

Quelques instants avant un concert, le groupe se rend compte que les clés du camion sont restées enfermées… à l’intérieur. Silence. Puis explosion de rire autour de la table. « Heureusement que les instruments étaient déjà sortis… », précise Guillaume, sinon « On aurait probablement cassé une vitre. » L’histoire est racontée avec tellement de naturel qu’elle résume parfaitement ce que représente une tournée. On imagine facilement le stress du moment.

Aujourd’hui, elle est devenue une anecdote. Demain, elle en remplacera une autre.

Je leur propose un exercice plus léger. Imaginez que l’on vous confie votre propre festival. Vous ne pouvez inviter qu’un seul groupe. Lequel choisissez-vous ?

Les réponses fusent, les propositions sont diverses : Lamb Of God, Turnstile, Queen, Les Misfits. Nico, lui, voit plus loin : « Honnêtement, j’aimerais surtout refaire jouer certains groupes qu’on avait invités à Marseille lorsque l’on organisait des concerts. Bane, Propagandhi. Stick To Your Guns… Ce sont des groupes qui nous ont marqués et avec lesquels on a partagé de vrais moments. Et si on organisait un festival à Marseille, peut-être l’année prochaine, j’espère qu’il y aurait évidemment Landmvrks. »

À peine la phrase terminée, quelqu’un lance :

— « Ou Jul ! »

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Crédit Photo : Cadence Noire (Instagram)

L’éclat de rire est général. Pendant quelques secondes, l’interview ressemble davantage à une discussion entre amis qu’à un entretien de presse. C’est précisément ce qui la rend si vivante.

L’entretien touche doucement à sa fin. À l’extérieur, le Hellfest poursuit sa course. D’autres groupes montent déjà sur scène, les allées continuent de se remplir. Avant de refermer nos carnets, je leur pose celle qui est devenue une tradition chez Hexalive : « Quel artiste ou quel groupe français aimeriez-vous nous voir interviewer prochainement ? » La réponse ne tarde pas. Comme souvent depuis le début de cette rencontre, chacun apporte sa propre sensibilité : Disiz, Médine, Dirty Rodéo, Tribute To Queen

L’interview s’achève. En quittant l’espace presse, je repense à cette phrase de Guillaume prononcée quelques minutes plus tôt :« Dix heures de route pour trente minutes de concert. » Elle pourrait faire sourire. Elle pourrait résumer les difficultés de la vie en tournée. Mais, finalement, elle raconte autre chose. Elle raconte pourquoi tant de groupes continuent malgré tout. Pourquoi ils acceptent les nuits écourtées, les repas pris sur une aire d’autoroute, les balances interminables, les salles parfois à moitié vides. Parce qu’au bout de ces dix heures de route, il existe parfois une demi-heure capable de justifier tout le reste. Pour Wake The Dead, cette demi-heure avait lieu un matin de juin, sur la Warzone.

Remerciements : Aleks, Nico, Guillaume, Yann et Léo de Wake The Dead, Lauréane pour les photos

Spehis

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