Racontez-moi la naissance de Møsi ?
Melen : On est frères, oui, mais on n’a pas commencé la musique ensemble. C’est à Montréal qu’on s’est retrouvés, un peu par hasard, et qu’on a commencé à bricoler des projets. Des groupes de rock, mais aussi des choses plus performatives, entre art contemporain, costumes, feux de bengale… et galeries d’art.
Finalement, on a resserré le projet à deux, parce qu’on était les plus motivés. On allait au local tous les jours. C’est là qu’on a trouvé notre son.
Le duo existe vraiment sous cette forme depuis 2017, avec la sortie de notre premier disque.
C’est un peu flou, et on aime bien ce flou-là.
Pourquoi le nom Møsi ? Et ce « ø » ?
Marien : Au départ, on s’appelait MOOSY. Mais visuellement, ça faisait très cartoon, très « concert pour enfants ». Quand on est passés au format duo, on a changé la charte graphique sans changer le nom. Le Ø, c’est un clin d’œil à nos influences scandinaves – notamment Cult of Luna. On aimait aussi le fait que chacun le prononce comme il veut.
C’est un peu flou, et on aime bien ce flou-là.
En parlant de Cult Of Luna, vous les avez vus hier au Motocultor ?
Marien : Non, on est arrivés seulement ce matin… et on ne pouvait pas camper avec tout notre matos.
Mais on les a déjà vus. Et on a bossé deux fois avec leur producteur, Magnus Lindberg. Donc ce n’est pas trop grave. On les reverra !
On s’autorise à prendre ce temps-là.
Comment composez-vous ? Texte ou musique d’abord ?
Marien : Tout se fait en même temps, dans notre local, avec le volume de la scène. On jam, on cherche des riffs, des rythmes. Et les textes viennent dans le même mouvement, très dans l’oralité. Ils évoluent en même temps que la musique.
Melen : Sur scène, on garde le même setup en face-à-face. C’est important pour nous : composer avec le même volume, la même dynamique. On sait tout de suite si un truc fonctionne. Et comme on est que deux, cette méthode rend le processus très fluide.
Parfois on trouve en deux semaines, parfois on s’acharne neuf mois. Mais on s’autorise à prendre ce temps-là.
On met du cynisme dans nos textes, mais toujours dans l’idée d’apporter de la lumière à la fin.
“Un glacier qui s’effondre est une journée comme une autre”, “ Le temps où les arbres étaient vivants”… Vos paroles reflètent-elles un constat amer ou engagement politique de votre part ?
Marien : C’est à la fois un constat et une volonté d’en faire quelque chose. Quand on traversait la ville à pied pour aller au local, on voyait cette laideur urbaine. Ces chansons, elles partent souvent de là.
On met du cynisme dans nos textes, mais toujours dans l’idée d’apporter de la lumière à la fin. Transformer du laid, du bruit, du moche, du dissonant… en quelque chose de beau. Créer des tensions, puis les libérer.
Melen : Ce n’est pas conscientisé mais il y a une recherche de sincérité. Et quand tu veux être sincère, forcément tu dis ce que tu ressens, ce que tu constates. Ce n’est pas militant, mais c’est honnête. C’est un tout. Des choses qu’on pense et elles finissent naturellement par s’immiscer dans notre musique
Ce n’était absolument pas naturel pour moi et je chante comme une patate !
Pourquoi écrire et chanter en français ?
Marien : C’est venu naturellement. J’ai essayé de chanter en anglais, mais ce n’était absolument pas naturel pour moi et je chante comme une patate ! Le français me permet d’aller chercher les sonorités que je veux. Et vu que nos textes sont très liés à l’oralité et à l’instant, c’est plus fluide pour moi. Même si ça nous ferme des portes dans le monde du rock, tant pis.
C’est pour jouer dans des pays francophones ? Ça passe à l’international ?
Oui ! En fait, dans les pays non francophones, les gens ne se demandent pas si le rock en français est “acceptable” ou non. Ils écoutent ce que ça dégage, l’ensemble. C’est rafraîchissant pour eux. On a joué en Allemagne, au Canada anglophone… et ça a toujours été très bien reçu.
L’essence de ce qu’on essaie de faire, ce sont des textes qui se mêlent à la musique et pas juste une petite histoire. Finalement, c’est peut-être plus clivant en France !
On l’appelle la “trilogie de la loose”
“Noble dans la défaite”, “Du brouillard jusqu’à la chute”, “Mise en scène volontaire de l’échec”… Pourquoi cette thématique de la loose ?
Melen : Effectivement, on l’appelle la “trilogie de la loose”. Mais à chaque fois, ce n’est pas la loose pour la loose. Ce qu’on veut montrer, c’est qu’il y a de la beauté possible dans l’échec. Grâce au collectif, grâce à la manière de raconter les choses, on peut en faire autre chose.
Ça peut paraître très pessimiste, mais il y a de l’optimisme, il y a vachement de couleurs dans ce qu’on fait.
Marien : Revendiquer l’échec avec nos titres, c’est dire que ça fait partie de la création. Ça fait partie intégrante de la vie ! T’essayes, tu rates, tu recommences, et t’apprends. Je suis un grand fan de Wile E. Coyote (and the Road Runner : aka Bipbip et Coyote, ndlr). Tout ce qu’il fait, ça lui pète à la gueule. Ça fait 70 ans que le personnage fait ça et ça ne l’a pas empêché de continuer et c’est toujours aussi drôle !
Ou c’est comme le surf (j’apprends justement) : tu bois la tasse 15 fois, et à un moment tu prends une vague, et c’est merveilleux. Mais le plaisir est aussi dans le fait de se casser la gueule.
Qu’est-ce qui se profile pour Møsi ?
Melen : Le Motocultor lançait notre tournée d’automne 2025. On va jouer en Bretagne, en Belgique, à Paris… notamment sur une péniche avec des copains (la péniche Antipode – on va essayer de ne pas la couler !).
Et pour conclure cette “trilogie de la loose”, on a enregistré une session live en studio avec un pote aux cuivres. Quelques morceaux réorchestrés, filmés, qui vont sortir en vidéo, sur Bandcamp… et peut-être en vinyle en édition ultra limitée.
Et au Motocultor, qui avez-vous envie de voir ?
Marien : Cult Of Luna, ben c’était hier évidemment, du coup on est un petit peu en retard ! On n’a pas eu le temps de poncer la prog encore. Mais on va se poser, boire un godet et naviguer un peu à droite à gauche. Un festival c’est pouvoir justement percuter des choses incroyables, ou être déçu par d’autres trucs.
Melen : Moi l’idée c’est plus aller voir les trucs qu’on ne connaît pas. Oui, parce que y a Fear Factory tout à l’heure c’est trop rigolo, mais c’est pas non plus avoir une surprise de dingue. Peut-être plus errer d’un spot à l’autre.
Bon festival à vous deux ! Et merci !
Maïa (instagram)
À revivre : notre live report
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