Salut à vous 3, comment ça va ? Entre la chaleur, le concert, le voyage pour venir…
Witchorious : Ça va super bien !
Antoine : Ouais, ça va chaudement, je pense que c’est la meilleure journée de chaleur. C’est soit ça, soit les vacances, et on a choisi le rock, donc c’est cool !
On tient à tout prix à évoluer vers un lead mixte plutôt que des chœurs
Vous jouez du doom, qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce genre ? Est-ce que c’est par hasard, ou en lien avec vos influences personnelles ?
Antoine : Avec Lucie, on a déjà eu des groupes auparavant. Puis Paul nous a rejoints avant de faire Witchorious, et on a toujours fait des choses un petit peu liées au rock, blues, hard, heavy.
A un moment donné, nous nous sommes demandé ce qu’on aimerait faire. On s’est dit que ce serait bien de parler de trucs plus sombres, qu’on aimerait entendre plus la basse, qu’on aimerait bien parler de trucs un peu plus lourds, un peu plus lents. Et s’il y a bien une influence qu’on n’a jamais lâchée et qu’on continue à écouter, c’est Black Sabbath. Il fallait qu’on fasse un truc avec cette base-là.
Au départ, c’était un peu d’élucubrations, c’était beaucoup de basse-batterie et de voix. Moi, je commençais un peu à faire des trucs expérimentaux, à crier. Et après, on a fait ajouter de la guitare, et c’est parti comme ça…
… d’autant plus que vous emmenez votre touche, vous chantez à deux voix (Lucie et Antoine), ce qui n’est pas commun
Antoine : Absolument, on tient à tout prix à évoluer vers un lead mixte plutôt que des chœurs. En parallèle on travaille aussi sur de nouveaux morceaux, où il y a plus de voix de nous deux.
Ce choix-là est-il lié à votre manière d’écrire vos chansons ?
Antoine : Sur le premier album, j’ai écrit 8 morceaux et Lucie a écrit « Eternal Night » sur lequel elle chante. Sur les prochains morceaux, nous en avons écrits 2 chacun, sur lesquels on essaie de plus se rejoindre, de plus s’engluer ensemble. On aimerait bien casser le truc du songwriting indépendant, même s’il y en aura toujours. On souhaite bien plus travailler dès la base ensemble, et entremêler les chants pour faire des choses un peu différentes.
Lucie, sur Eternal Night, tu fais usage du thérémine, ce qui apporte une dimension supplémentaire au morceau. D’où est venue l’idée de l’utiliser ?
Lucie : Au départ, j’ai découvert l’usage du thérémine sur la Valley, au Hellfest. On avait vu Church of Misery. Le chanteur utilisait quelque chose de bizarre, qui faisait des bruits bizarres. Et je me suis dit que c’était incroyable et que je voulais essayer. Je m’en suis trouvé un. Et après, il s’avère qu’on commençait à faire Witchorious et que ça collait bien avec notre univers musical. On a voulu expérimenter ça.
Antoine : Sur « Eternal Night », il y a une vibe globalement occulte, type psyché 70’s extraterrestre. Le son électronique du thérémine est vraiment tombé à point nommé sur ce morceau.
Paul : Psyché 70’s extraterrestre ? C’est un nouveau sous-genre ?
Antoine : Ouais c’est un peu comme ça que je vois la vibe dessus.
Ce premier album a été enregistré dans les studios Sainte-Marthe, avec Francis Caste. Comment s’est déroulé l’enregistrement ?
Antoine : C’était une chouette expérience avec Francis, qui a très vite compris le projet. Les choses se sont faites de manière assez fluide durant l’enregistrement. L’expérience en studio avec Francis nous a permis de transformer le son et de le sculpter à notre style. Je n’utilisais pas de chorus, je n’utilisais pas les effets. Et en fait, il m’a appris à faire des choses sur la guitare, pareil sur la basse. Ça nous a beaucoup apporté.
Paul : Je pense qu’il a hanté l’album.

Vous avez évoqué l’écriture de 4 nouveaux morceaux. Est-ce le signe d’un nouvel album en préparation ? Vous pouvez nous en dire plus ou c’est encore secret ?
Antoine : Il n’y a rien de secret. On travaille clairement sur le nouvel album. On tourne encore pas mal, donc on fait un peu les deux en parallèle. On a 4 morceaux qui sont plutôt aboutis, et je ne sais pas encore s’ils seront sur l’album. Mais nous en sommes contents, on a hâte de les présenter, de les jouer. On va commencer des pré-productions en vue d’enregistrer ce nouvel album. C’est clairement un projet de le sortir d’ici fin 2026, voire un peu après. On est à fond là-dedans.
On peut donc s’attendre à vous voir jouer de nouveaux morceaux sur les prochaines dates ?
Antoine et Lucie : On ne sait pas.
Lucie : On commence quand même à jouer ces nouveaux morceaux, on les teste de temps en temps. Donc, ce n’est pas exclu.
Antoine : On a la chance d’aller dans pas mal d’endroits où nous n’avons jamais joué. Sur ces dates-là, on est sur des formats de concerts de 40-45 minutes, où l’on privilégie les morceaux de l’album. Et quand on joue par exemple sur Paris où on a beaucoup tourné, on sort un morceau nouveau pour essayer de ne pas lasser les gens et les tester.
Lucie : Cela dépend aussi si on les a bien travaillés.
On travaille clairement sur le nouvel album
Sur les morceaux « Watch me die » et « Monster », il y a une forte influence stoner. Est-ce que c’est un signe d’une orientation musicale pour le prochain album ?
Antoine : On a commencé ce projet parce qu’on voulait faire un truc plus sombre, plus lourd, parler de choses graves. On voulait entendre davantage la basse de Lucie, avec un son à la Lemmy, bien graveleux, plein de fuzz. On a remarqué qu’il y a eu une scène stoner en France, qui est ultra dynamique, avec plein de gens, plein de groupes, qui sont intéressants, qui nous ont aussi inspirés. Et on essaie d’injecter des touches, mais on a aussi d’autres influences.
Pour Paul, ce sera des trucs très prog, comme Leprous et Opeth, pour mon chant je suis inspiré par des choses plus modernes comme Parkway Drive, Jinjer ou Architects. Pour Lucie, on sera plus sur du hardcore
Lucie : Oui, ça ne se ressent pas forcément dans le jeu de basse, qui est plus plus old school, mais je ne pense pas qu’on va s’orienter vraiment vers quelque chose de spécifiquement stoner pour la suite. C’est sûr qu’on va changer un petit peu, on va essayer d’évoluer, et je pense que ça va s’orienter vers quelque chose d’un peu plus violent, un peu plus métal, aussi.
Paul : Un peu plus de métal, avec pas mal de nuances.
Lucie : Il y a un peu plus de nuances, mais plus de violence.
Antoine : Ce qui nous plaît dans les musiques autour du stoner et qu’on essaie de garder, c’est que j’ai l’impression que c’est le vrai rock. J’ai eu cette sensation par exemple avec le grunge, qui n’est pas forcément compliqué à jouer, que tout le monde peut s’approprier avec lequel tu t’exprimes avec et ça fait du bruit. Il y a un truc organique qui résonne et qui nous parle, et donc ça, c’est clair qu’on va le garder parce que c’est ça qu’on aime dans la musique.
Je vous avais découvert en ouverture du Westill il y a 2 ans, là vous allez enchainer Hellfest et Desert Fest, la Mecque du Stoner-Doom, comment mesurez-vous le chemin parcouru ?
Paul : Le Westill, c’était très cool. C’était la première grosse scène pour nous.
Antoine : Oui. Une des premières dates, c’était une très grosse scène, donc on était vraiment flippés. On a fait du mieux qu’on a pu, mais je crois que ça se voyait qu’on était flippés.
Paul : C’était l’époque où on avait encore la boule au ventre avant de jouer.
Antoine : C’est vraiment très gratifiant d’arriver à faire ces scènes-là, de jouer sur la Purple House au Hellfest, d’être programmés au Desert Fest à Anvers. Le Hellfest, c’est un truc de malade. T’as énormément de gens qui m’ont parlé que de ça.
Mais c’est vrai que le Desert Fest c’est quelque chose de spécial, surtout celui d’Anvers. D’une part, parce que beaucoup de gens, de la niche stoner-doom que l’on connaît vont là-bas tous les ans. Et d’autre part, parce que nous y sommes allés plusieurs fois et que c’est un festival que l’on adore. C’est très significatif ! C’est moi qui fais le booking du groupe, qui trouve les dates. En deux ans, je ne pensais vraiment pas qu’on arriverait à jouer à autant d’endroits, avoir joué dans six pays différents, près de 70 dates, et de finir pour cette tournée, par le Hellfest et le Desert Fest, c’est incroyable ! C’est un cadeau de la vie !
C’est aussi une forme de reconnaissance de votre travail
Antoine : Je pense, oui. De ce que les gens nous disent, maintenant, on sait un peu qui on est en France sur cette scène-là. Donc, ça fait vraiment plaisir. On a joué partout où on a pu, parce qu’on en avait envie. Et si en plus, ça nous fait mieux connaître, c’est que du positif. Et puis, on commence à aller un peu à l’étranger, c’est incroyable !
Quand on a dit qu’on allait faire un show au Hellfest, clairement, pour plein de gens, c’est un truc de fou. Et pour nous aussi!
Vous vous appelez Witchorius, vous jouez du doom, on est en plein dans un certain cliché. Pourtant, on sent une certaine envie de sortir parfois de ce cadre-là, dans votre musique, dans vos concerts, qui surprend.
Antoine : A la base, notre truc, ça a été toujours d’apporter dans nos textes et dans les ambiances, un truc occulte avec des métaphores et de surfer sur tous les codes de l’occulte et des films d’horreur qu’on aime bien. Certes, on va carrément sur le cliché, mais peu importe, on espère qu’on ne va pas faire du cringe. La pochette de l’album joue pour beaucoup aussi là-dedans (réalisée par VadeRetro Studio à Tours), qui est comme un parchemin médiéval.
Et pourtant, il y a un truc un peu magique, c’est que, toi, tu fais de ton mieux pour faire avancer ton groupe, ton projet, avec des morceaux que tu aimes, avec un concept que tu aimes. Et il y a gens qui ne sont pas dans la sphère doom qui te disent qu’il y a un peu de heavy ou un son un peu plus moderne dans le chant lorsqu’ils nous entendent.
En live, les gens sont un peu décontenancés au début, parce qu’ils s’attendent à un truc très lent, très posé, et se retrouvent avec un groupe avec une énergie un peu plus rock, un peu plus dynamique. On arrive à être dans des festivals de la niche Stoner-Doom, mais aussi sur des festivals plus généralistes comme récemment au BetizFest. Tu te sens vraiment exister dans ce monde du métal, et c’est génial !

Vous ayant vu jouer il y a quelques mois dans un bar, et aujourd’hui sur un grand festival, comment vous abordez la manière de jouer sur différentes scènes ?
Antoine : Je pense qu’il y a un aspect qui est similaire à chaque fois, c’est la préparation qu’on a faite. Une des plus grosses choses qui nous a fait progresser et qui nous a fait prendre du plaisir sur scène, c’est de se faire confiance. Se faire confiance, parce qu’on sait jouer de notre instrument en connaissant le morceau et parce qu’on est trois sur scène. Quand je joue, je ne me sens jamais seul, on est trois, il y a ce truc qui vit en nous et tu sais que cela va bien se passer. Ensuite il y a toujours une part d’adaptabilité. La semaine dernière nous avons joué en Suisse et Paul était derrière un plexi…
Paul : …Dans un aquarium, c’était un peu chelou
Antoine : Aujourd’hui c’était dans un octogone, et nos positions étaient inversées avec Lucie par rapport à d’habitude. Malgré un coup de basse sur la tête ça a été.
Paul : Et moi j’avais des gens derrière moi, c’était assez bizarre. Ils prenaient mon dos en photo.
Antoine : Aujourd’hui l’octogone, c’est un champ de jeu incroyable. Donc, tu essaies de meubler un peu partout. Je pense que ça, on va le travailler avec l’expérience. Là, on s’adapte un peu comme on peut. Des fois, on fait des toutes petites scènes. C’est des salons où nous sommes serrés. Et parfois, c’est des plus grosses scènes. Tu bouges un peu plus, tu cours pour aller au micro et c’est trop drôle.
Lucie : Pour l’instant, on fait quand même des scènes assez petites. On a l’habitude de cette formule-là. Et c’est plus quand on passe sur des scènes un peu plus grosses, qu’on va pouvoir travailler un petit peu comment occuper l’espace.
Quand est-ce qu’on vous voit en première partie de Monolord ?
Lucie : J’adorerais !
Antoine : J’adore Monolord et j’ai emmené sur le festival ma casquette de Monolord que je compte mettre demain. Mais, ce serait trop bien de faire leur première partie. Ça, ne s’est jamais trouvé. Est-ce que ça se fera un jour, est-ce qu’on y arrivera ? Je ne sais pas. Mais, ce serait ouf. C’est forcément des gens qu’on a beaucoup écoutés, qui nous ont trop inspirés.
Il y a pas mal de groupes qui profitent d’être en festival pour faire des covers, est-ce que c’est un truc que vous aimeriez faire ou pas ?
Lucie : Ce n’est pas trop la direction qu’on prend ou l’envie qu’on a. Après, si jamais on doit faire des covers, moi, ça me dirait bien d’en faire une de quelque chose qui n’a rien à voir avec le doom. Un truc rock, ou rock garage des années 60. Dès fois, je m’imagine certaines chansons en version doom et je trouve cela marrant.
Comment vous arrivez à jongler entre l’activité du groupe et vos activités professionnelles à coté ?
Antoine : C’est un équilibre à trouver dans nos agendas. Moi, j’aime bien le terme de semi-pro, car on est dans une démarche professionnelle et on tend à se professionnaliser. Mais d’un autre côté, on ne se le permet pas encore. Et donc, on a nos boulots et pour l’instant, c’est un peu compliqué. On verra où ça nous mène. Peut-être que ce sera toujours ça la vie. Peut-être pas, je n’en sais rien.
On emmenait une batterie dans la fiesta, avec nous, c’était incroyable
Et donc, pour assurer vos déplacements, vous avez investi dans un van ?
Antoine : Ouais, exactement. On a tourné pendant 2 ans avec ma Ford fiesta. C’était très chouette. Mais au bout d’un moment, entre la Ford et la location de camions c’était trop cher, et cela demandait trop d’efforts.
Paul : Elle a connu beaucoup de choses la Ford Fiesta.
Antoine : On emmenait une batterie dans la fiesta, avec nous, c’était incroyable. Louer des camions et puis rentrer, se coucher à 5h du matin et les rendre à 7h, ce n’était plus possible. Maintenant, on a un utilitaire, c’est très cool et on kiffe d’être autonomes là-dessus.
D’ailleurs, comment vous vous voyez dans quelques années en tant que groupe ?
Antoine : Ça, c’est une question d’entreprise ! (Rires)
Lucie : Je ne sais pas où je nous vois vraiment. En même temps, tout s’est passé tellement vite en une année, depuis la sortie de l’album que c’est compliqué de l’imaginer.
Pierre : Donc si on vous on retrouve à jouer sur la Valley, quel créneau vous convient ? Plutôt 11h30 ?13h30 ? (Rires)
Lucie : Si on a la chance de jouer peu importe. Ensuite je nous vois avec un ou 2 albums de plus, avec toujours autant l’envie et le plaisir de jouer ensemble.
Question de fin, quels conseils donneriez-vous à donner à des jeunes groupes qui démarrent dans la musique ?
Paul : De faire de la musique qu’ils ont envie de faire, sans chercher à faire comme d’autres groupes. De rester authentiques dans leurs compositions et de prendre du plaisir à jouer.
Pierre : Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire la batterie ?
Paul : Déjà à la crèche je commençais à taper en rythme sur des boîtes, des trucs. Et c’est vraiment venu naturellement parce qu’il y a eu beaucoup de musique à la maison. Et à un moment j ‘ai vraiment eu envie de me lancer vraiment sur la vraie batterie vers 7-8 ans.
Pour découvrir Witchorious : Bandcamp
Remerciements : Antoine, Lucie, Paul, Angie de NRV Promotion, Pierre
Spehis
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