PSYKUP – l’interview au Mozhell open air

Après leur passage enflammé sur la scène du Mozhell Open Air, nous avons pu rencontrer Julien (chanteur / guitariste) et Julian (bassiste) du groupe Psykup pour une interview. A l’occasion de leur 30 ans de carrière ainsi que la sortie de leur 6ème album, on ne pouvait pas rater ça.


Bonjour à vous 2 , alors ce show sur la scène du Mozhell , c’était comment ?

Julian : Bah écoute, c’était bien ! Tout va très vite, alors il faut vite installer, vite se mettre dans le bain mais c’était super chouette car la scène est conséquente. Les gens qui sont derrière sont hyper pros, on était vraiment comme dans un fauteuil.
Et le public, au début tu jauges un peu et puis on voit qu’ils étaient très attentifs.
Quand on sort de là, on se dit que tout s’est très bien passé, on a pu échanger avec les gens donc franchement, superbe impression !

Très positif ! Surtout que c’est seulement la deuxième édition du Mozhell

Julien: Oui, pour la deuxième édition c’est très costaud !

Pour ma part, je ne vous avais jamais vu en live. Et j’ai pris une claque parce que je connaissais déjà tous vos albums, je vous connaissais depuis des années… Mais franchement en live c’était la bagarre ! Les gens ont tout de suite fait des pogos, des circles pit…

Julian : J’avoue que le public était très autonome !

Julien : Notre musique est assez excitante, assez hargneuse, donc quand le public rentre dedans ça part très vite. On a envie que ce soit la teuf !

Album « The joke of tomorrow »

Et ça à plutôt bien fonctionné (rires). Vous avez sorti le 11 avril 2025 votre 6ème album « The joke of tomorrow ». On peut apercevoir sur la pochette signé Jouch, un clown et un boxer en face à face, qui laisserait prédire un affrontement , un choc des extrêmes. Est ce que cette pochette n’annoncerait pas la couleur des titres ?

Julien : Il y a une dualité entre notre coté un peu fantasque et très foufou qui serait le clown et ce coté boxer qui encaisse les coups, qui est un peu plus posé, qui observe.
Les deux s’affrontent, mais personne ne gagne car ce sont deux facettes de notre musique, de notre personnalité, de comment on voit la musique que l’on fait.

On estime que les gens peuvent écouter de la musique plus complexe. On aime bien varier les ambiances

Et c’est vrai que Psykup, quand on y va, on va au feu car c’est très intense ! Il se passe beaucoup de trucs, il y a beaucoup d’informations, de folies. On est exigeants car on estime que les gens peuvent écouter de la musique plus « complexe ». On aime bien varier les ambiances car on aime écouter de tout. Ces deux personnages représentent bien ces cotés là.

D’ailleurs, en parlant de la pochette, je crois avoir vu la fameuse autruche dans un cadre accroché au mur. Est-ce un message subliminal ou juste pour faire le lien avec l’autruche core ?

Julian : C’est notre mascotte, elle fait partie intégrante de la vie de Psykup. Elle vient du morceau le plus foufou, que les gens ont décidé de prendre comme exemple. Ils ont dit que la musique de Psykup, c’est ce morceau de 15 minutes qui part dans tous les sens où l’on ne sait pas à quelle sauce nous allons être mangé.
C’est vrai que l’autruche, tu ne sais pas comment elle va réagir. Elle peut être agressive, elle peut en imposer car c’est le plus gros oiseau du monde. On la met donc toujours forcément à un endroit parce qu’on sait que pour nos fans c’est leur totem.

Alors cet album, je l’ai écouté. Et c’est vrai qu’à travers les titres on retrouve plusieurs émotions/ sentiments qu’on peut tous être amenés a vivre :  » la déception, le deuil, l’échec.. »
Et il y a quand même à la fin ce sentiment de résilience. Quel message souhaitiez-vous faire passer à travers ces textes ?

Julien : C’est ça ! Disons que maintenant, en avançant en âge et en expérience, on se rend compte que la vie est courte et qu’il faut en profiter.
Le but des textes de cet album là, c’est de dire aux gens d’accepter que la vie n’est pas simple, qu’il y a beaucoup d’épreuves à traverser, beaucoup de deuils à faire. Que ce soit de vrais deuils de personnes qu’on aime ou de tout simplement certains changement de vie (maison, boulot..).

La résilience c’est quelque chose d’important qui m’a permis de toujours me relever, toujours positiver et c’est l’essence même du mot psykup

Il y a pleins de choses qui peuvent bouleverser : on peut avoir des échecs, se planter, tomber, se relever… C’est le principe de la vie, et il y a des gens qui ont du mal à accepter ça et qui fond des dépressions. C’est dur de lutter contre tout ça.
Alors, on n’a pas la solution miracle. Mais l’idée c’est de se dire que tout ça a peut-être un but. Que tout ça peut servir à apprendre des choses, à s’enrichir.
Tu as des gens qui croient en la réincarnation ou dans d’autres choses, ce sont des choses qui nous aident à accepter.
La résilience c’est quelque chose de très important qui m’a permis de toujours me relever, de toujours positiver et c’est l’essence même du mot Psykup (la psyché vers le haut).
Si tu regardes, l’album se termine sur une touche assez positive avec le titre « the joke of tomorrow » est un morceau qui parle de la mort et qui dit que c’est pas grave, qu’on va vers un truc mieux, qu’on va retrouver les gens qu’on aime et que c’est joli.
Et ça s’adresse autant aux gens croyants que non croyants.

Et c’est triste de voir aujourd’hui la jeunesse qui se retrouve très désemparée, avec des gens qui se suicident, le harcèlement, beaucoup de haters sur les réseaux sociaux…
On est dans un truc très oppressant. La vie à toujours été stressante, mais j’ai l’impression qu’avec les réseaux c’est encore pire et quelque chose qui devait être positif est finalement devenu plutôt négatif.
Heureusement il y a des bons cotés, mais on sent que la jeunesse subit un truc difficile.

Julian : Et il y a aussi moins de personnes connues qui renvoient quelque chose de bien.

Julien : Oui totalement ! Il y a aussi une sorte de culture du misérabilisme, et on essaie d’apporter à notre niveau quelque chose de positif sans se voiler la face.
Il y a des gens qui nous ont dit que nos textes les avaient aidés, ce sont les meilleurs remerciements.
Un texte, c’est une expérience personnelle qu’on partage, on fait une thérapie de groupe générale quoi (rires) !

La thérapie de groupe c’est sympa comme concept oui (rires). Le processus de création de l’album, comment s’est-il fait ?
D’abord le coté mélodie et le texte vient après, ou c’est un mélange d’idée commune comme un brainstorming ?

Julian : C’est vraiment Ju qui amène 90% de tout. Et une fois que les vannes sont ouvertes, il nous dit « bon bah voila les gars maintenant il faut qu’on se rencontre. »
Là on l’a fait chez moi, Ju est venu à la maison et on a pré-prodé les morceaux. On cale une batterie sur ses riffs, on cale des effets sonores, on cale pleins de choses et après on envoie à Brice le batteur qui va poser en premier sa grosse patte car il a un jeu de batterie qui est très personnel et très foufou.

J’écris les voix et les textes en même temps, et comme j’avais une idée de concept, ça a fusé assez vite

Julien : J’ai l’univers dans la tête et après je mets les voix dessus. J’écris les voix et les textes en même temps, et comme j’avais une idée de concept, ça a fusé assez vite. J’aime bien quand c’est spontané, je me force pas à me mettre devant une feuille et à me dire qu’il faut écrire. J’attends le bon moment. Parfois je me dis « oh les pauvres, ils sont la à attendre.. » .
L’année dernière, ils ont un peu flippés parce qu’on avait des échéances et je leur ai dit « ça va venir. »
Je suis parti en vacances, je me suis vidé la tête, j’avais déjà enregistré quelques trucs sur mon téléphone, des idées comme ça… Et à un moment je fais le tri, je regarde et ensuite ça va vite. En général je fais tout ça sur une courte période, 1 mois et demi.

Julian : Bah là en septembre on n’était pas encore en place. Il fallait qu’on ait terminé pour début décembre pour que Fred DUQUESNE (Mass Hysteria) mixe l’album. Il nous manquait 8 morceaux, donc pré-prod les morceaux, pré-enregistrer 12 titres, et tout ça en 4 mois c’est…

AH oui quand même… une pression en plus face à la deadline..

Julien : A force, je me fais confiance là dessus. Et je sais que je peux leur faire confiance. Mais voila, on a quand même bien trimé. Fred, que je connais depuis plus de 20 ans, c’est quelqu’un qui à très bien compris la musique du groupe et ce qu’on voulait.

Julian : C’est comme le 6ème membre quoi. On va même pas le voir, on le laisse faire.

Psykup c’est un rouleau compresseur, faut suivre, ça va vite

Julien : C’est ça, on se capte par mail, par téléphone, ça trace et en plus on peut faire pas mal de mix différents. On a été très vite satisfaits de la direction qu’il donnait aux sons. Il nous connait, il sait qu’à un moment donné on va passer au coté psycho à chercher les petits détails et tout analyser. Alors il nous dit « je vous autorise quelques jours de folies et après c’est fini » (rires). On est très exigeants et j’ai une idée assez précise de ce que je veux ou pas.

Julian : On a de la chance d’avoir ce noyau dur, ça fait 10 ans qu’on bosse ensemble

Julien : Et brice (batteur) et moi ça fait 30 ans donc forcément…
Dorian (guitariste) et Matthieu (deuxième chanteur) sont là depuis moins longtemps, mais se sont bien mis dedans. De toute façon, Psykup c’est un rouleau compresseur, faut suivre, ça va vite.

Composition

Je trouve ça vraiment génial ! Et ça se ressent vraiment sur scène, cette ambiance, cette atmosphère…c’est vraiment un plaisir de vous voir jouer.
Par rapport à cet album, c’est vrai qu’on retrouve (pour avoir écouté les anciens) beaucoup plus d’influences Jazz, de fusions, d’instru comme par exemple dans un titre que j’adore  » same player » où l’on retrouve cet esprit un peu gamer, jeu video ..
Est-ce qu’au bout de 30 ans de carrière on compose de la même manière ou alors on tente une approche un peu plus légère, un peu plus « fun » ?

Julien : Le truc c’est de s’écouter. Je ne me suis jamais occupé de ce qu’attendaient les gens.
On a toujours été en dehors de ça, et du fait de mon mode d’écriture très personnel et très introspectif, je n’écoute pas trop ce qui se passe. J’écoute beaucoup de jazz, de soul, de musique classique donc des trucs qui n’ont rien à voir.
C’est ça qui me nourrit, au final plus que le metal. C’est ce qui fait qu’on ne se répète pas. Je suis très cinéphile et j’aime bien penser les morceaux comme des petits films. Pour Same Player, je me suis dit « Je veux un univers un peu gamer, comme si on était un peu projeté dans un jeu vidéo. Les jeux vidéos, on mourrait tout le temps mais on se relevait à chaque fois. Avec mon concept, c’est super !  » .
Julian aime les jeux vidéos, alors il a fait du sound design super dessus. Il s’est fait chier à trouver les sons. Je lui chantais les trucs que j’avais en tête et il bidouillait des sons.
Chaque morceau est un petit voyage.

Julian : C’est vraiment la nouveauté de cet album, se dire que chaque titre a son univers bien précis. Ainsi l’album ne me semble pas être blasant ni répétitif, c’est comme si t’explorais une mappemonde.

Julien : La fraicheur, elle y sera toujours parce que j’ai mon moment d’écriture Psykup qui est très resserré, sur une période très courte comme on disait. Le reste du temps, je fais tout autre chose : du jazz, de la soul. Quand je me remets au metal c’est vraiment frais, je suis pas usé d’en faire toute l’année.

Et selon ce qui se passe dans ma vie ça sera différent, là j’étais dans un mood très positif il en ressort un album positif. Plus ça va et plus je suis apaisé.
La musique actuelle, que ce soit metal ou variété française, je trouve que c’est devenu très triste. Les groupes qui marchent, ce sont des trucs méga déprimants, mais que j’aime aussi hein.
J’adore « Eddy de Pretto ou Zaho de Sagazan, c’est super mais quand même pas la joie non plus. Je suis très sensible, donc quand j’écoute ça, wow j’ai besoin d’écouter la compagnie créole derrière (rires).

Psykup c’est de la musique très sérieuse , qui vient du cœur…

J’ai pas envie de faire déprimer les gens, j’ai vraiment envie que les gens écoutent ça comme avec l’excitation qu’on avait quand on écoutait les héros de metal des années 90 d’où je viens. On a ce petit créneau même si nous ne sommes pas non plus ultra vomit. Ce sont des potes, dans leur genre ils sont intouchables. Et Nico c’est un putain de chanteur.
Psykup c’est de la musique très sérieuse, qui vient du cœur. Et c’est pour ça que parfois les gens ont du mal à se positionner « C’est sérieux, pas sérieux ? C’est triste, c’est gai ?« 

Oui et puis ça rejoint encore une fois l’autruche, cet animal imprévisible

Julien : Un animal qui n’a l’air de rien. Comme nous, tu nous vois arriver, on n’a pas trop des look de metalleux et après on balance la sauce !

Concerts

Vous avez pu donner deux dates récemment, une a Tours et une autre à Ris Orangis. Comment le public a accueilli l’album ?

Julian : En parallèle de ce nouvel album, on a aussi changé d’équipe de tournée, de bookeur. On est chez Verycord qui nous envoie sur des endroits qu’on n’a jamais fait. Ces deux dates, bah c’était génial ! Tout était nouveau et on leur propose un nouveau format psykup.

Il y a un coté plus universel aussi dans ces morceaux

Julien : Le gros de la tournée va attaquer à partir d’octobre et l’été prochain on va beaucoup jouer aussi. On s’est dit qu’on avait eu du mal à choisir les morceaux qu’on voulait prendre du nouvel album car on les aime tous beaucoup. On en a quand même mis 7 du nouvel album, même dans le set court.
Psykup, c’est vraiment une musique élaborée. Les gens au début quand ils ne connaissent pas ils observent. Et là ils arrivent à rentrer plus vite. Je trouve ça cool car ça veut dire qu’on les attrape plus facilement.

Julian : Il y a un coté plus universel aussi dans ces morceaux. On s’éparpille un peu moins mais le format est plus court, plus intense.

Bilan de 30 ans de carrière

Et puis au bout de 30 ans de carrière, j’imagine qu’on acquiert une maturité artistique, on voit les choses différemment. On se prend aussi peut être un peu moins la tête, on se met moins la pression ou c’est toujours pareil qu’au début ?

Julien : Franchement, ce qui me fait plaisir, c’est que j’ai toujours gardé la même envie. Et c’est un luxe, car tu as des gens qui se lèvent le matin parce qu’ils n’ont pas le choix et font des boulots qui leur plaisent pas.
La maturité c’est aussi d’être un peu plus patient, parce qu’on sait que c’est long et que c’est un roller coaster. Ça monte, ça descend, on peut avoir des grandes joies et des grandes déceptions.

La maturité c’est aussi d’être un peu plus patient, parce qu’on sait que c’est long et que c’est un roller coaster

Julian : Et sur cet album, pour moi ce qui fait la différence, c’est qu’on s’est plus amusés que sur les autres. On est aussi professeurs de musique et c’est ce qu’on dit aux élèves  » il faut s’amuser » . Et je me suis vraiment éclaté à faire cet album.

Pour le coup, quand je vous ai vu sur scène, j’ai vraiment eu cette vision de la bande de pote qui s’amuse sur scène et c’était génial

Julian : Aah bah c’est cool alors ! Mais c’est comme quand tu vois des grands groupes, tu sais quand c’est des potes et qu’ils s’éclatent entre eux et tu sais aussi quand c’est un peu plus forcé.

Avez vous un rituel avant de monter sur scène ? faire l’autruche peut être (rires) ?

Julian : Pas particulièrement. On boit un shot (rires) ! Mais sinon, on se fait un câlin et voila. Mais on n’a pas vraiment de truc particulier.

Julien : Chacun se met dans son coin, focus. Parfois, on n’a pas le temps parce qu’on est speed donc on se dit « bon show les gars ! »

Petit bilan des 30 ans, prêts à re-signer pour 3 décennies de plus ? (rires)

Julien : Tant qu’on est frais, qu’on a envie et que ça reste qualitatif, oui j’aimerais bien pouvoir faire ça encore 30 ans !

On a traumatisé la France entière

Anecdotes

Avez vous une bonne et mauvaise anecdote à nous raconter ?

Julian: Wow ! Alors la pire, c’est clairement quand notre camion s’est ouvert sur l’autoroute et qu’on a perdu du matos. On partait en résidence. Donc on arrive à la Rochelle, on va au restaurant, tout se passe bien. On avait un gite pas trop loin et pour aller à la maison, la porte du camion s’est ouverte, c’est un tom (fût de batterie) qui à ouvert la poignée et là on a perdu des éléments de batterie…

Julien : Destination finale quoi… (rires). On a traumatisé la France entière (rires) parce que tous les groupes qui nous suivent ont eu hyper peur après…
Il y a même « la sécurité psykup » maintenant : bien vérifier les portes (rires)
Et la meilleure… je dirais le hellfest 2018. C’était quand même énorme !

Julian : D’aller jouer aussi en Roumanie, à Casablanca

Julien : Dès que tu changes de pays, il se passe quand même des trucs incroyables. On a joué en Transylvanie, chez Dracula quand même !

Tradition HexaLive

Sympa chez Dracula ! pour finir cette interview, on a une tradition chez HexaLive… quel artiste/ groupe, aimeriez vous que l’on interview ?

Julien : Un groupe qui m’intéresse énormément c’est « IMPARFAIT« , que je connais d’ailleurs personnellement. Je n’ai pas spécialement lu beaucoup d’interviews d’eux et je trouve que ce sont des gens super intéressants !

Julian : Moi j’aurai dit Philippe Katerine. Autant il parait extravagant, mais il a aussi une très grande sensibilité, il est très positif et il a une vision des choses. Il t’amène ça avec sa nonchalance et son coté un peu « fou du village » mais il arrive et te plante une phrase et tu te dis « il est juste » !

Psykup en interview au Mozhell Open Air

Remerciements

Merci à vous deux pour cette belle interview, c’était un réel plaisir. En espérant vous revoir très vite vous amuser sur scène et bon retour à vous !

Julian / Julien : Merci à toi !

Interview réalisée par Mushu (instagram)

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