Peu de lieux offrent un contraste aussi saisissant entre histoire millénaire et fureur contemporaine. En voyant les silhouettes des chevaliers du jour entrer sur scène, on comprend que quelque chose d’unique va se produire. Et dès les premières notes de Only Pain, il n’y a plus de place pour le doute : Gojira n’est pas là pour réciter, mais pour incarner.

IMG 20250729 WA0006 edited 1
Before The Storm – crédit : Caroline Casamarta

Le public est aussi hétéroclite qu’enthousiaste. Métalleux de longue date, curieux néophytes, touristes en quête d’une soirée atypique : tous sont happés par cette masse sonore qui palpite, vibre, et ne laisse aucun répit. Ce n’est pas qu’un concert, c’est une onde émotionnelle. Au même titre que Joe, on pourra regretter l’absence de vraie fosse sur cette arène, ne permettant pas une expression entière du public, et ce malgré la bonne volonté de quelques irréductibles d’avoir voulu faire trembler ce devant de scène.

La setlist mêle intelligemment titres anciens (Flying Whales, From the sky, Backbone) aux compositions plus récentes comme The Chant ou Born for One Thing. L’ensemble trace un fil rouge clair : celui d’un groupe qui semble refuser de se répéter. Mea Culpa (Ah ! ça ira !) et Under the sun / Everyday comes and goes, en hommage à Ozzy Osbourne récemment disparu et joué par Gojira en opening du dernier concert de Black Sabbath, viendront apporter une touche de brutalité et d’émotion supplémentaire. J’aurais bien aimé pouvoir entendre Vacuity ou Pray, mais ce serait faire la fine bouche.

La performance est d’une cohésion bluffante. Mario, à la batterie, est un métronome vivant, capable d’alterner brutalité et finesse en quelques secondes. Jean-Michel, toujours aussi possédé, fait vibrer sa basse comme un moteur de traction. Quant à Christian, il cisèle ses riffs avec sobriété et puissance. Et au centre, Joe incarne ce mélange de colère et de lucidité propre à Gojira : il hurle, oui, mais jamais gratuitement. Il transmet.

20250729 215552
Crédit : Spehis

Ce qui distingue Gojira d’autres groupes extrêmes, c’est leur manière de mêler la forme et le fond. Leur musique est lourde, complexe, parfois même écrasante. Mais elle est porteuse d’un message : la protection de la nature, la remise en question de notre place dans le monde, la résistance face à l’absurde. Des morceaux comme Amazonia ou Another world en sont les porte-étendards.

Un an plus tôt, Gojira créait la surprise en apparaissant lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris. Beaucoup n’en revenaient pas : un groupe de métal extrême, français de surcroît, exposé à un milliard de téléspectateurs. Beaucoup ont vu une reconnaissance méritée. Mais à Carcassonne, l’ambiance était tout autre : plus libre, plus sauvage, plus proche. Ici, plus besoin de compromis. C’était Gojira tel qu’il est, sans filtre, face à son public.

The Gift of Guilt est venu refermer le set avec une force presque religieuse. Le riff, répétitif et obsédant, plonge la foule dans une transe partagée. La musique devient un exutoire, une sorte de purification sonore. Quand les lumières s’éteignent, il reste un silence lourd, suivi d’un tonnerre d’applaudissements.

Brutal mais poétique, virtuose mais accessible, Gojira incarne une rare synthèse. À Carcassonne, ils ont prouvé une fois de plus qu’ils ne sont pas simplement un groupe de métal parmi d’autres, mais une voix singulière dans le paysage musical mondial. Capables de faire trembler les murs (et d’y mettre le feu) d’un château médiéval comme de représenter la France à un événement planétaire, ils tracent une trajectoire unique, faite de feu, de terre et de vérité.

20250801 154652
Crédit : Caroline Casamarta

Paroles de spectateurs

Au-delà de mon ressenti, il me semble important également de pouvoir donner la parole à quelques spectateurs à la sortie du concert, afin qu’ils nous donnent leur impression du soir

Caroline : « C’était mon premier concert de Gojira, longuement attendu. Pour une première, je ne pouvais rêver mieux que dans ce lieu, ça a forcément apporté quelques chose. Énergique, brutal, épique, dantesque, sont les premiers mots qui viennent pour décrire ce moment. On peut souligner le soin apporté à la scénographie qui accompagnait magnifiquement bien chaque morceau. Mention particulière pour Mario et ses panneaux (pour annoncer From the sky) qui ont entretenu la montée en tension du public. Un seul regret néanmoins : ne pas avoir entendu une soprano ou un enregistrement de Marina Viotti sur Mea Culpa. Ce concert restera mémorable! »

Dominique : « Je viens d’assister à mon premier concert de métal et je ne suis pas déçu. 1h40 d’énergie pure qui vous percute, accompagnée par une scénographie soignée tout à fait en accord avec les lieux. Ce mélange donne au final une sensation épique. J’ai vécu une belle entrée dans le monde de Gojira»

Setlist

  1. Only Pain
  2. The Axe
  3. Backbone
  4. Stranded
  5. Born for one thing
  6. Flying Whales
  7. The Cell
  8. From the Sky
  9. Another world
  10. Silvera
  11. Mea Culpa (Ah ! ça ira !)
  12. The Chant
  13. Amazonia
  14. L’enfant Sauvage
  15. Under the sun / Everyday comes and goes (Black Sabbath cover)
  16. The Gift of Guilt

Spehis

À revivre : notre live report

Gojira Ocean Fest Biarritz Gojira et Mass Hysteria à l’Ocean Fest 2 à Biarritz Lire l’article

Les artistes dont on parle