Eihwar, l’interview

Ils sont sur les affiches d’une bonne partie des festivals d’Europe. On a pu d’ailleurs les voir déjà avec HexaLive à différentes occasions (Kave Fest, Hellfest 2024, Nuit des Sorcières, Distortion Festival, Mauges Pit Fest 3…).
Nous avons voulu en savoir plus. Savoir déjà s’ils tenaient le coup avec ce rythme effréné et leur retour sur tous ces lives, savoir comment ils composaient et quels étaient leurs projets.


Eihwar, le début de l’aventure

Bonjour. Merci à vous et vos hôtes humains de m’accorder cette interview ! Vous n’aimez pas parler de ce que vous avez fait avant Eihwar, je ne vous poserai donc pas la question. Partons donc du départ de votre projet actuel. Et quel départ, encore plus rapide qu’un raid viking ! Tout est allé extrêmement vite pour vous. Comment vous avez vécu ça, et comment vous le vivez encore maintenant ? C’est excitant, c’est effrayant, les deux mon général ?

Mark : En ce moment, pour être honnête on est bien cassés. Conjuguer les voyages pour les festivals et le travail de studio sur notre deuxième album, c’est sport.
Bien sûr, c’est fabuleux de vivre tout ça, mais c’est au prix d’un planning sacrément débile ! 

Vous semblez avoir beaucoup d’humour. Est-ce que c’est bien le cas, et est-ce que cela aide à avoir un peu de recul sur tout ça ?

Mark : Le sérieux étant souvent un symptôme de mauvaise digestion… on essaie de se préserver un bon transit intestinal ! 

Asrunn : Moi j’aime pas l’humour. C’est comme se laver, c’est pour les faibles.

Je viens de demander à l’ordinateur, il me dit près de 70.000 km prévus en 2025. 

Tournée & concerts

Après les festivals de l’été dernier, vous avez enchaîné une énorme tournée dans toute l’Europe, qui est encore en cours actuellement. Je sais que le sport et la spiritualité sont importants pour vous. Comment arrivez-vous à tenir ce rythme, d’autant que vos concerts sont particulièrement énergiques ?

Mark : Disons qu’on n’a pas le choix, haha ! Sinon oui, on fait beaucoup de sport, mais en ce moment on a même plus le temps d’aller à la salle. Asrunn prend tout un tas de compléments alimentaires et de plantes de sorcières chaque matin, et moi j’essaie de pas trop boire d’alcool et de manger sainement. 

Asrunn : Je prends aussi mon tapis de yoga, des haltères et ou des élastiques quand on est en van. Cycle hormonal féminin oblige (détail de taille souvent oublié dans les milieux masculins comme le metal…), je suis cassée du dos et des articulations 2 semaines sur 4. Ça nécessite une discipline certaine pour tenir mes shows, digne des athlètes de haut niveau.

Vous avez une idée du nombre de kilomètres que vous avez parcouru ?

Mark : Je viens de demander à l’ordinateur, il me dit près de 70.000 km prévus en 2025. 

Asrunn : Oh bordel !

Ce qui change selon les concerts, c’est surtout les échanges entre Asrunn et le public. Les conneries dites, ou faites ! 

Est-ce que vous avez une approche différente en fonction du type de festival dans lequel vous jouez ? J’entends par là entre un festival très orienté sur le Pagan, comme la nuit des Sorcières, ou un festival plus généraliste ? Est-ce que votre set peut évoluer au cours de votre performance en fonction des retours et de l’énergie que vous sentez venir du public ?

Mark : On ne peut pas renouveler notre répertoire en si peu de temps. Et surtout, notre style n’étant ni vraiment folk, ni metal, on ne pourrait pas jouer les caméléons même si on le voulait. On balance notre sauce “Eihwar”, et voilà.
Selon les festivals, on joue entre 40 et 70 minutes selon le slot attribué. Il arrive parfois qu’on ait l’occasion de jouer en rappel un morceau qu’on joue moins souvent pour se faire plaisir (il nous est arrivé de jouer “Geri and Freki” et “Ragnar’s Last Raid” par exemple). Mais nous n’en avons pas toujours le loisir : les timings des festivals sont très précis et on essaie de toujours les respecter.
Ce qui change selon les concerts, c’est surtout les échanges entre Asrunn et le public. Les conneries dites, ou faites ! 

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Photo : Alexandre Aillaud

Asrunn : Je garde pour ce dernier aspect un souvenir ému de Montcul (moui de rien, c’est cadeau) !

Le fait de jouer masqué et d’avoir votre anonymat, ça contribue au fait de vous libérer complètement sur scène ?

Mark : Pas vraiment. On n’aurait pas besoin de costume pour être libres. Mais c’est ainsi qu’on aime fringuer nos hôtes humains. Me concernant, je suis bien content de porter un casque qui m’évite parfois de prendre dans la gueule les mailloches d’Asrunn ou des morceaux de tambours éclatés.
Et Asrunn est bien contente d’être à moitié à poil parce qu’il fait vite beaucoup trop chaud à danser comme une folle sous les projecteurs.

Asrunn : C’est essentiellement pratique pour se mouvoir dans la foule sans être reconnus…

C’était juste fou

Est-ce que vous avez une anecdote marquante sur un des concerts de votre tournée ?

Asrunn : Assurément le bordel au Tuska ! C’était juste fou. D’après la sécurité, il y avait une queue de 400 mètres (oui oui 400, pas 40..!) devant la KVLT stage pour notre concert. Et la grande majorité du public n’a pas pu rentrer puisque c’était une salle de 440 personnes…
On nous a rapporté qu’une « side party » spontanée s’était organisée de l’autre côté du mur de la salle d’où fuitait le son du concert !
Les finlandais ont la palme d’or du public chopatate !

Composition et enregistrement 

Mark, comment tu procèdes pour la composition des morceaux ? Est-ce que tu as une méthode bien établie, ou est-ce que ça peut varier d’un morceau à l’autre ? 

Mark : On a plusieurs façons de faire. Pour les tous premiers morceaux, à l’époque de “The Forge”, je programmais une séquence complète, Asrunn entrait en transe et enregistrait en one shot les voix sans avoir écouté au préalable la séquence. Si l’improvisation et la transe sont toujours présents dans le processus de création, on a maintenant différentes approches.

C’est une partie de ping pong fulgurante.

Parfois je pars d’une ligne de voix d’Asrunn enregistrée sur une rythmique, je l’harmonise et on structure ensuite ensemble.
D’autres fois je construis une partie qui correspond au “climax” du titre, c’est à dire que je compose la partie instrumentale la plus violente et chargée, et on “dégraisse” ensuite pour créer les couplets et les autres parties. C’est très difficile de résumer nos méthodes. On invente toujours des nouvelles façons de faire.
Pour les thèmes instrumentaux, souvent j’écris une première version, et Asrunn passe derrière pour la simplifier et elle dézingue la moitié de mes notes.

Asrunn : J’arrive avec mon gros marker rouge et je barre tout, direct sur son écran 😈

Mark : On est deux : c’est rapide, c’est facile, c’est sauvage. C’est une partie de ping pong fulgurante. L’objectif est toujours le même : tant qu’on n’a pas eu un frisson en écoutant un refrain, on efface et on recommence. Car le but est bien là, l’émotion et la transe.

On évite les choses trop réfléchies, et on cherche la fulgurance, la sauvagerie. Le cri primal.

Pour les enregistrements de chant, je sais que vous enregistrez souvent en une prise, en état de transe. Cela doit nécessiter un peu de préparation j’imagine. Asrunn, comment tu te prépares à ça, comment tu arrives à atteindre cet état modifié de conscience et ce lâcher prise ?

Asrunn : Pas de préparation nécessaire, c’est instantané, j’ai la chance de pouvoir faire ça sur commande. 

Mark : Quand elle passe plus de 5 minutes à enregistrer, ça l’emmerde. Elle fait presque tout en one shot en effet, et c’est ainsi qu’elle est la meilleure.
Il faut que ce soit le premier geste, la première émotion. On évite les choses trop réfléchies, et on cherche la fulgurance, la sauvagerie. Le cri primal.

Est-ce que vous pensez d’ailleurs que la spontanéité et la fraîcheur que cela engendre est une des clés de votre succès ?

Mark : Aucune idée. Et on ne pourra jamais le savoir parce qu’on changera probablement jamais Asrunn.

Asrunn : ah ben ça… 😌

Le prochain album sera un album beaucoup plus homogène dans sa thématique, ce sera clairement un album concept.

Est-ce que vous envisagez un successeur à “Viking War Trance” ? Ce premier album est né d’une pulsion artistique spontanée, est-ce que ça complique le fait d’envisager une suite, qui pourrait peut-être être moins naturelle, ou pas ? 

Mark : Oui, on travaille dessus comme des dingues depuis cet hiver. À l’échelle de notre projet, c’est un chantier gigantesque. Et ce sera surtout une grande porte ouverte sur… notre héritage, le monde d’où l’on vient.
Viking War Trance” était un album qui rassemblait de nombreux thèmes différents. Le prochain album sera un album beaucoup plus homogène dans sa thématique, ce sera clairement un album concept.
Mais on vous en dira plus quand il sera temps de penser à sa sortie, c’est pas pour tout de suite, il reste encore du boulot !

Asrunn : Mon hôte humaine était beaucoup plus dans le doute avant de démarrer ce deuxième album, en effet. Elle se disait : « Et si ça ne marchait plus, si je n’entendais plus, si la connexion ne se faisait plus ? »
Et évidemment que ça a marché, parce que je suis là, et je serai là jusqu’à ce qu’elle meure.

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Photo : Alexandre Aillaud

On a parlé tout à l’heure de l’intensité de votre tournée. Est-ce que vous trouvez le temps de composer au milieu de tout ça ? Ou est-ce que vous avez planifié un moment de pause après pour la composition ?

Mark : Tu mets précisément le doigt là où ça fait mal. C’est vraiment très difficile de mener de front les deux chantiers en même temps. On se dit d’ailleurs qu’il faudra absolument faire un break au niveau des concerts la prochaine fois qu’on aura l’idée de faire un album !
En ce moment, c’est simple, on a pas eu un jour de pause depuis l’hiver, et on bosse au studio 14h par jour quand on est pas sur la route en tournée. 

Asrunn : Ouais, ça commence à tirer un peu sur les jointures là… on a pris une seule semaine de vacances depuis le début de Eihwar en février 2023, et c’était à Noël 2024…

Et s’il est encore un peu tôt pour donner des précisions sur ce sujet, la suite de notre aventure et nos prochaines chansons devraient bien expliquer ça.

Vous puisez beaucoup de choses dans l’univers viking, pas forcément en fonction de la réalité historique, mais plus sur ce qu’on en fantasme aujourd’hui. Je trouve d’ailleurs un côté très cinématographique dans votre musique, vous êtes d’accord avec ce constat ?

Mark : Pour être tout à fait précis, nos chansons sont inspirées de ce qui est en nous malgré nous. Et s’il est encore un peu tôt pour donner des précisions sur ce sujet, la suite de notre aventure et nos prochaines chansons devraient bien expliquer ça.
Quant à savoir si notre musique est “cinématographique”, on laissera le cinéma en juger dans l’avenir également !

Faites-moi faire le single d’un Diablo ou d’un Final Fantasy et je suis refaite !

D’ailleurs, si votre musique était la BO d’un film ou d’un jeu vidéo, ce serait quoi selon vous ?

Mark : On ne peut pas encore te parler de ça, c’est vraiment tôt encore une fois, mais clairement ce serait la BO d’un film ayant pour thème celui de notre prochain album. Pour ce qui est des films et jeux existants, je sais pas ? En tous cas ce serait cool oui d’être placés sur un MMO !
Assez régulièrement, des gamers nous disent jouer sur nos musiques.

Asrunn : Faites-moi faire le single d’un Diablo ou d’un Final Fantasy et je suis refaite !

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Photo : Jean-Michel O.

Votre musique peut traverser les frontières et parler à tout le monde. Pour preuve, vous avez des fans un peu partout, et vous communiquez beaucoup avec eux. Vous étiez déjà fluent en anglais, ou vous avez dû réviser vos bases ?

Mark : On a un anglais bien de merde, tout spécialement moi. Asrunn, ça va elle se débrouille un peu ! Mais clairement oui, on est un peu obligés de faire des progrès en ce moment.

Asrunn : Mouais, faut dire qu’avec ton accent Molvanien qui roule les R et ta voix zébrée de draugr qui a moisi un peu trop longtemps au fond d’un marais, rends-toi à l’évidence mon pauvre Mark : on a juste du mal à te comprendre, TOUT COURT ! Pffffrrrrrhahahahah !

Me concernant, quand je dois écrire ça va. Mais dès qu’on me parle en anglais, je panique et je dis n’importe quoi. C’est affreusement horripilant et frustrant ! Mon cerveau va 10000000 de fois plus vite que mon niveau d’anglais ne lui permet de s’exprimer.

Sur nos réseaux, on communique directement avec les gens, on dit précisément ce qu’on veut dire.

On vous voit d’ailleurs beaucoup sur les réseaux. Pour vous, c’est une chance, ou une contrainte nécessaire ?

Mark : C’est cool de maîtriser ce qu’on dit et de ne pas voir nos propos déformés. Sur nos réseaux, on communique directement avec les gens, on dit précisément ce qu’on veut dire. On n’a pas de manager ou de porte-parole. On aime ce contact direct. 

Autres artistes

Lorsque je vous avais demandé quel artiste vous avait marqué en 2024, vous m’aviez parlé de Solventis. Est-ce qu’il y a d’autres artistes qui vous ont marqué récemment ?

Asrunn : Moi, j’écoute beaucoup Sofia Isella en ce moment que j’ai découverte il y a très peu de temps. QUELLE CLAQUE, PAR ODIN !! La meuf a 20 ans à peine, et elle a une maturité, un ancrage, une connexion que je n’avais encore jamais vus.

Cette fille ne vient clairement pas d’ici, elle vient de Plus Haut, c’est évident…

Que ce soit dans ses paroles, sa musique, sa façon d’être sur scène, c’est fort, c’est sauvage, c’est mystique. Et c’est sans parler de son époustouflante beauté ! C’est simple, la première fois que je l’ai vue/écoutée sur le net, j’en ai pleuré d’émotion, de joie, et de gratitude de m’être incarnée à la même époque qu’elle, pour pouvoir la voir grandir et suivre son évolution.

Cette fille ne vient clairement pas d’ici, elle vient de Plus Haut, c’est évident…

Mark lui n’a pas eu le loisir d’écouter beaucoup de musique pour le plaisir, il est en plein mastering d’album et il doit écouter 14h par jour nos propres morceaux, haha ! 

Eihwar @ la Nuit des Sorcie╠Cres le 19 octobre 2024 21
Photo : Cyril Planard

Mark : Je peux citer quand même le nouveau single de Mira CetiKukal Rože Ratilio”, vraiment j’ai beaucoup aimé.

On a une tradition chez HexaLive, c’est de savoir quel artiste de scène française vous nous conseilleriez interviewer, et quelle question aimeriez-vous lui poser ?

Mark : Et bah tiens, par exemple tu pourrais interviewer Mira Ceti ! Et pour la question, on aimerait bien savoir si elle fait partie de la team “monoï à paillette”. Ou pas ?

Il y a un proverbe viking qui dit “Un invité doit partir, ne pas rester trop longtemps ; souvent il devient gênant, celui qui reste trop longtemps assis”.
Je ne vais donc pas m’éterniser plus longtemps pour ne pas devenir cet invité gênant. Je vous remercie chaleureusement pour le temps que vous m’avez accordé !

Interview réalisée par Arnaud Guignant

Retrouvez Eihwar sur leur site officiel

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