A l’approche du printemps, un bourdonnement puissant arrivant de la côte landaise se fait entendre. Le quatuor féminin de Pussy Miel, arrive avec Bee Raged, son premier EP frontal et fédérateur, porté par des sonorités audacieuses et dansantes. A cette occasion, j’ai pu échanger avec Laura, la guitariste, pour revenir sur la genèse du groupe, la création de l’EP et la montée en puissance du rock landais.
Salut Laura, merci de m’accorder ce temps. Peux-tu nous présenter Pussy Miel ? Comment est né le groupe ?
Nous sommes un groupe de rock composé de quatre filles, quatre copines originaires des Landes, de Capbreton. On se connaissait toutes en se croisant dans des jams et des concerts. Avec Amandine, qui est à la guitare et au chant, nous avons même suivi des cours de batterie ensemble.
Et puis, à un moment donné, Inès, notre batteuse, a eu envie de monter un groupe. C’est comme ça que l’aventure a commencé.
Comment avez-vous créé le son de Pussy Miel, ce mélange de punk, stoner, rock, grunge ? Ce son un peu « sale », avec une voix qui rappelle par moment celle de Brody Dalle.
D’une part, c’est clairement parce que c’est ce qu’on écoute toutes et ce qu’on aime voir en concert. La musique, et surtout le rock, c’est une vraie passion pour nous. Même quand on n’est pas en tournée, on adore aller voir des concerts.
D’autre part, ce style de musique est énergique, mélodique et entraînant, avec plein de variations de rythmes. J’ai aussi un faible pour le psychédélique, ce côté hypnotique. Instinctivement, on cherche à faire de la musique qui nous plaît et qui reflète forcément ce qu’on a écouté. Personnellement, j’ai beaucoup été marquée par Nirvana.
Inès, elle, est hyper fan des Uncommonmenfrommars. Depuis qu’on est ados, on a grandi avec Blink-182, The Distillers… cette musique nous habite. Du coup, on a toujours voulu créer un rock qui nous ressemble, qui parle au public et qui donne envie aux gens de bouger et de danser.
On a toujours voulu faire un rock qui nous ressemble, qui peut plaire au public et qui donne envie aux gens de danser
Tu évoques l’envie de danser, c’est un peu le sentiment que j’ai eu lorsque je vous ai vu jouer aux Voix Sonneuses le mois de juillet l’année dernière.
C’est vrai, on a eu la chance d’ouvrir le festival, et pour nous, c’était génial ! On a vraiment pu profiter de l’ambiance. Pendant notre set, on a senti le public se rapprocher de la scène et être super réceptif. On a même vendu pas mal de merch, ce qui était top pour nous. Franchement, c’était un super festival et un souvenir incroyable !
Ce jour-là, les Landes étaient à l’honneur, car vous avez partagé la scène avec The Inspector Cluzo.
C’est vrai ! C’est assez drôle, parce qu’on ne les avait jamais vus jouer, malgré qu’on vienne du même département. On était donc hyper contentes de partager la scène avec eux et même de pouvoir discuter un peu. Au-delà de leur musique, que j’aime beaucoup, ils ont une approche vraiment intéressante de l’agriculture, de la vie, du système… de plein de choses. Ce sont des personnes très agréables à rencontrer et avec qui il est vraiment chouette de discuter.
Ils mettent en avant leur indépendance. Est-ce que c’est quelque chose qui vous parle au sein du groupe ?
On a vraiment une démarche DIY (Do It Yourself) sur beaucoup de choses, parce qu’on est toutes touche-à-tout. Avant de faire de la musique, on a toutes eu des parcours différents, et ça se reflète dans ce qu’on fait. Amandine, par exemple, a travaillé dans le textile et a ce regard de graphiste sur beaucoup de choses. Moi, j’ai bossé dans une salle de spectacle, en technique et en communication. On essaie de gérer un maximum de choses nous-mêmes, que ce soit nos visuels ou les scénarios de nos clips.
On aime cette approche, car elle nous permet d’être indépendantes, de ne pas dépendre de personnes qui décideraient à notre place. Et puis, ça permet aussi de réduire les coûts. C’est une démarche qui nous correspond vraiment. Après, on n’est pas totalement DIY : on travaille quand même avec des professionnels, on a un tourneur, et on est soutenues par des labels indépendants.
Mais on garde cette mentalité underground, qui nous définit bien, autant dans nos personnalités que dans notre musique.
Ce côté DIY, se retrouve aussi sur le clip de Délivré, votre dernier single
Ouais, c’est ça. En fait, c’est moi qui ai fait le montage. Enfin, pas entièrement, puisque le clip est un plan séquence, mais j’ai choisi la prise, géré les zooms, etc. C’est quelque chose que j’aime beaucoup faire.
Le faire soi-même, c’est aussi une manière d’être mieux servies. L’idée du plan séquence permet de retrouver un esprit live, comme celui que tu vois en concert. C’est pour ça que j’aime ce format : il apporte quelque chose de naturel, de plus dynamique, et permet vraiment de retrouver le côté live qu’on voulait transmettre.

Sur vos clips, on constate aussi qu’il a de l’autodérision chez vous, ce qui leur donne un côté très drôle
En fait, on est comme ça dans la vie : on aime rigoler et se moquer un peu de nous-mêmes. Pour nous, c’est important, parce qu’il faut profiter de la vie. Il y a une part de nonchalance, mais elle est totalement assumée. On a toutes ce côté fun, tout en sachant rester sérieuses. C’est un peu ça qui nous définit.
Même si aujourd’hui jouer dans ce groupe devient un peu notre métier, on veut garder cette notion de plaisir. Moi, la première, quand je vais à un concert, j’ai envie de voir des musiciens qui s’amusent, qui prennent du plaisir et qui le transmettent. En tant que public, tu as envie de rentrer dans l’univers du groupe, de partager quelque chose avec lui. La musique crée ce lien, et c’est vrai que c’est dommage s’il n’y a pas de connexion avec le public.
Rester naturelles, prendre du plaisir, ce sont des notions qui se retrouvent dans vos textes ou vous parlez de sujets moins légers ?
Les textes sont écrits par Amandine, et ils sont très autobiographiques. Ils parlent de nos expériences de vie, d’émotions, de sentiments, de déceptions amoureuses, ou parfois simplement d’anecdotes du quotidien. Nos chansons abordent différents sujets selon les morceaux.
Pour cet EP, par exemple, on parle du COVID et de cette période d’enfermement, du décès d’un ami, ou encore des difficultés que certaines personnes peuvent avoir à se comprendre entre elles. Il y a aussi des thèmes comme la déception ou la trahison. Ce sont vraiment des histoires de vie, et nos textes reflètent ce que nous sommes : sincères et authentiques.
Aux Voix Sonneuses, vous aviez joué une dizaine de chansons, et sur l’EP vous en avez gardé 6. Comment avez-vous fait le choix ?
Ça a été un vrai défi. Dans un premier temps, on a choisi les chansons dont on était sûres qu’on voulait les jouer sur le long terme, et celles qu’on avait vraiment finalisées. Parce que parfois, les morceaux évoluent au fur et à mesure qu’on les joue.
Nous, on compose nos chansons ensemble, et une fois qu’on se sent prêtes, on les teste en live. Selon la réaction du public ou nos propres idées, elles peuvent encore évoluer. Les morceaux qui figurent sur l’EP, on les avait arrêtés et on les aimait tels quels. Avec le temps et le budget limités, on ne pouvait pas retravailler d’autres titres autant qu’on aurait voulu.
Le rêve pour la suite, ce serait de faire un album, et pouvoir passer plus de temps en studio pour peaufiner les arrangements. On a enregistré une partie de l’EP en live, justement pour retranscrire l’énergie de la scène, mais pour un futur album, on aimerait pouvoir explorer davantage les textures et les arrangements.
Comment gères-tu l’impatience de la sortie de l’EP ?
Ça fait déjà deux ans qu’on voulait enregistrer un EP, et on a choisi d’attendre parce qu’on a été suivies dans un dispositif d’accompagnement départemental. Ça nous a permis de prendre le temps de faire évoluer les morceaux, de travailler notre son, et aussi de collaborer avec des professionnels.
On est super impatientes de le sortir, parce que c’est un EP très attendu : beaucoup de gens nous le réclament après les concerts ! On s’est même fait un peu « engueuler » parfois, faute de CD à proposer au merch. Alors maintenant que c’est enfin prêt, on est ravies de le présenter et de pouvoir jouer ces morceaux en live pour les partager avec le public.
La prochaine étape donc, à la sortie de l’EP, c’est d’aller le défendre sur scène. Vous avez des dates de prévues ?
On a une vingtaine de dates programmées, avec des festivals et des premières parties vraiment chouettes. On va même jouer à La Cigale ! On va voyager un peu partout en France, donc on est super contentes.
Au-delà de la fierté d’avoir mis nos chansons sur un support physique, notre vraie passion, c’est le live. La scène, c’est notre élément : on adore ça. Le live a un côté cathartique, c’est un exutoire ; on y donne tout et ça nous fait un bien fou. Et partager ça avec le public, ça crée quelque chose de complètement magique.

C’est quelque chose d’addictif de jouer sur scène pour toi ?
Personnellement, j’ai un deuxième groupe, et je pense que je suis complètement accro à la scène. Pas forcément pour le côté représentation, mais pour le fait de faire du rock’n’roll et de voir les gens danser sur des morceaux qu’on connaît par cœur. Ce partage est incroyable, presque chamanique.
Il y a aussi un côté un peu spirituel : tu te connectes avec le public et tu crées une énergie commune. C’est exactement ce qu’on vit quand on joue : on fait beaucoup de bruit, mais en même temps, on crée une sorte de transe et on essaie d’emmener les gens avec nous dans cette énergie.
Qu’est-ce que ça évoque pour toi le mouvement More Women on Stage ?
En tant que spectatrice, quand je vais à un festival ou à un concert, j’ai besoin de me sentir représentée sur scène, de pouvoir accrocher avec ce que je vois, que ce soit musicalement ou en termes de diversité. Voir toujours le même style, avec les mêmes personnes, ça ne m’intéresse pas.
Dans toutes nos icônes musicales rock, il y a très peu de femmes instrumentistes. Je me suis souvent demandé pourquoi elles étaient si peu nombreuses et pourquoi leur légitimité semblait remise en question. Pour moi, il est important de diversifier la scène, pas seulement en termes de genre, pour que la culture soit plus riche et pour que de jeunes femmes se sentent encouragées à faire de la musique.
Avant d’être musicienne, j’ai été technicienne, et là aussi, les femmes étaient rares sur les plateaux. Une fois, quelqu’un m’a même dit que ce n’était pas un métier de femme, que je devais faire du théâtre… Ce genre de remarque peut décourager, surtout dans un milieu exigeant où il faut se battre trois fois plus. On se sent plus scrutée et jugée simplement parce qu’on est peu nombreuses.
Depuis le mouvement #MeToo, les choses ont beaucoup évolué, et c’est encourageant. Nous espérons juste que, bientôt, ce ne sera plus un sujet : que la présence des femmes sur scène devienne la norme.
Aujourd’hui, beaucoup de progrès restent à faire pour les musiciennes, mais il y a aussi eu des avancées notables, parfois sous forme de discrimination positive. C’est à la fois positif et frustrant : on ne veut pas être programmées juste parce qu’on est des femmes, mais parce que notre musique plaît et que le public veut nous voir. Sur les dix dernières années, la situation s’est améliorée, mais il faut continuer à avancer.
On sent aussi que la scène landaise marche bien (Inspector Cluzo, the Dead Krazukies, A terre, Gojira), qu’il y a de plus en plus de lieux qui accueillent des concerts, et que vous êtes pleinement intégrées dans ce mouvement-là.
Ce qui est vraiment chouette dans les Landes, où nous habitons sur la côte, c’est la culture skate, surf et rock très présente. Du coup, il y a un vrai public pour ce type de musique, et en tant que spectatrice, c’est génial ! Je peux aller voir plein de groupes, parfois en tournée, qui passent entre Bordeaux et l’Espagne.
Rien que dans notre quartier, il y a quatre ou cinq endroits qui programment des groupes de rock. Par exemple, Le Circus, la salle où nous répétons et où nous nous sommes rencontrées, existe depuis plus de dix ans. Ils font des concerts et éduquent le public à la musique live dans plein de styles différents, avec une prédilection pour le psychédélique, le stoner et le garage.

Il y a une forte influence du punk dans votre musique, c’est quoi être punk en 2026 ?
L’esprit punk, ce n’est pas dans la musique ni dans les vêtements, c’est vraiment dans la mentalité. Pour moi, c’est remettre en question l’autorité établie. On gagnerait tous à être un peu punk, parce que dans des systèmes qui deviennent autoritaires ou totalitaires, le punk est celui qui ose contester une autorité injuste ou violente.C’est aussi assumer d’être différent, dans ses goûts ou dans sa manière de vivre, refuser le moule aseptisé et explorer ce qui est un peu hors normes ou underground. À notre époque, c’est plus que jamais important d’avoir cet état d’esprit. J’ai des valeurs utopiques, un peu anarchistes, car je pense que les systèmes de pouvoir sont souvent corrompus.L’esprit punk s’appuie sur des valeurs de partage et d’humanisme, à l’opposé de ces systèmes. Dans les concerts, j’ai toujours trouvé qu’il y avait une entraide naturelle, et pour moi, ça aussi, c’est punk.
Tu évoquais le fait que vous ayez un son grunge, stoner, à quand les « generator parties » sur la plage ?
Alors ça, j’adorerais ! Ce serait vraiment génial à faire. On l’a déjà expérimenté avec un autre groupe, en jouant tout en haut de la plage, et c’était incroyable.
Par contre, le sable pour le matos… catastrophe ! Une fois, le pedalboard a vraiment souffert. Mais jouer en extérieur, dans un cadre magnifique, et surtout sur une plage landaise, c’est vraiment le rêve.
On a fait un bel EP, dont nous sommes fières.
Qu’as-tu à dire à nos lecteurs pour les inviter à venir vous voir en concert, à vous écouter ?
Je pense qu’on a fait un bel EP dont nous sommes fières, mais c’est clairement une musique qui se vit encore plus en live. En concert, vous pourrez aussi découvrir d’autres chansons qui ne figurent pas sur l’EP.
Pour moi, aller à un concert, c’est génial : on rencontre des gens, et on ressent vraiment les sons dans son corps, ça fait du bien et ça émeut. C’est une vraie ouverture vers l’extérieur. Ce qui est magique, c’est aussi que les gens se rassemblent autour d’une passion commune, venant de plein d’horizons différents. Un concert, c’est vraiment un moment rassembleur, et ça, c’est chouette.
On a une tradition chez Hexalive pour conclure les interviews, si tu avais un nom d’artiste à nous conseiller à interviewer, quel nom te viendrait en tête ?
Ok, je réfléchis, parce que j’ai plein de coups de cœur. Il y a un groupe qui vient de sortir un nouvel album qu’on adore, et avec qui on va jouer pendant la tournée : c’est Nasty Joe.
Spehis