La Fête de l’Humanité 2025

La Fête de l’Humanité, c’est un lieu à part. Déjà, de par ses dimensions et l’affluence, car ce sont 610.000 personnes qui auront arpenté les allées de ce site immense. A titre de comparaison, les Vieilles Charrues ce sont 264.000 personnes, et 280.000 au Hellfest. D’ailleurs, cette année (et pour la première fois de son histoire) la Fête de l’Humanité a affiché complet.

Mais la « Fête de l’Huma », ce n’est pas seulement une question de chiffres. C’est aussi un voyage à ciel ouvert, d’un stand à l’autre, à travers les régions françaises et une multitude de pays représentés. On y découvre des animations, des débats, des spécialités locales et une mosaïque d’initiatives.

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Chacun peut y tracer son propre chemin : suivre les concerts officiels sur les grandes scènes, se laisser happer par la musique omniprésente dans les allées, flâner entre les stands associatifs et caritatifs, ou encore échanger autour de revendications et d’idées. Ici, tout le monde vit la fête à sa manière, mais chacun en repart enrichi des rencontres.
Entre un débat engagé, un plat typique, une fanfare improvisée ou une trouvaille au stand du Secours Populaire, le voyage est total.

Attardons-nous ici sur les concerts officiels qui avaient lieu pendant ce week-end. Forcément, vu la taille du site, les allers-retours entre les scènes sont parfois compliqués et il faut faire des choix. Autre point compliqué, pas d’accès au crash photo cette année. Il faudra donc shooter depuis la fosse, ce qui rendra l’exercice un poil plus compliqué.


Sommaire

Samedi 13 : Aloicha Schneider / Dynamite Shakers / Pussy Miel / Sex Shop Mushrooms / Pogo Car Crash Control

Dimanche 14 : Hoshi / Didier Super / Tout en Commun


Fête de l’Humanité – Samedi 13 septembre

Pour nous, la Fête commence véritablement ce samedi, faute d’avoir pu assister à l’ouverture la veille. Premier défi de la journée : rejoindre le site. Le parking officiel affichant complet depuis plusieurs jours, cap sur la gare de Brétigny pour y laisser la voiture et embarquer dans l’une des navettes mises à disposition des festivaliers.

Le dispositif de transport se révèle efficace et bien rodé. Il faudra toutefois ajouter une vingtaine de minutes de marche avant d’atteindre l’entrée du festival. Sur le chemin, les regards se tournent régulièrement (et anxieusement) vers le ciel : les prévisions annoncent une météo capricieuse, qui pourrait bien jouer les trouble-fête.

Aliocha Schneider

Direction la scène principale, la scène Angela Davis, pour le premier concert du jour pour nous. La scène est à l’exact opposé de l’entrée où nous arrivons, ce sera l’occasion de parcourir une première fois les allées. Et de découvrir le site de la base 217. Pour ma part, c’est une découverte, car la dernière fois où j’étais allé à la Fête de l’Huma c’était à la Courneuve. Vous pouvez d’ailleurs faire un peu d’archéologie et voir l’article que nous avions sorti sur la Fête en 2007.

Nous arrivons juste à temps pour le concert d’Aliocha Schneider. Très vite, le chanteur nous confie que ce moment a une saveur particulière pour lui et ses musiciens : c’est la dernière date de leur tournée.
Si je connais encore peu son univers, la prestation se révèle d’une grande finesse. Entre chaque morceau, Aliocha prend le temps d’échanger avec le public, de raconter l’histoire ou le contexte qui a nourri son écriture. Un fil narratif qui donne une profondeur supplémentaire à ses chansons et transforme le concert en une véritable conversation musicale.
Nous apprenons ainsi l’histoire de Sarah, d’un magasin de lingerie, de Julia… Et également que Praa, sa guitariste, vient de sortir un EP qu’il nous conseille d’écouter. Nous allons suivre son conseil !

Le set s’achève sur « Ensemble », repris à l’unisson par un public déjà chauffé par la reprise de la chanson Le Sud quelques minutes plus tôt. Au moment du salut, on devine l’émotion des artistes, partagée avec les milliers de voix qui les accompagnent.

Pour nous, l’heure est venue de traverser à nouveau le site, direction la scène Joséphine Baker.

Dynamite Shakers

On a déjà parlé plusieurs fois des vendéens de Dynamite Shakers sur HexaLive : à Guitare en Scène 2025, à Megascène 2025, à la Nuit de l’Erdre 2023
Mais pour ma part, je ne les avais encore jamais vus. Et cela faisait partie des groupes que j’avais coché, car leur bonne réputation scénique les précède. Et la promesse a été tenue ! Si les prises de parole entre les morceaux restent encore un peu discrètes, le set s’est révélé d’une énergie saisissante, porté par un jeu de scène habité et généreux.

Avec leur rock aux accents presque vintage, ces jeunes musiciens offrent un terrain de rencontre intergénérationnel : un public de tous âges qui se laisse embarquer avec le même enthousiasme.

Pussy Miel

Nous arrivons sur la scène « Inter » peu de temps avant l’heure prévue du concert de Pussy Miel. Le temps de trouver un endroit pour se poser et pouvoir shooter depuis la fosse. Sur scène, les balances s’achèvent… du moins le croyait-on. Mais ces dernières se prolongent au delà de l’heure annoncée du début. Rapidement, l’explication s’impose : elles viennent de loin, et sont arrivées un peu juste pour les balances.

Qu’importe, l’attente se transforme en clin d’œil complice. Les musiciennes choisissent leur morceau « Covid » pour finaliser les derniers réglages, invitant ainsi le public à en retenir le refrain avant même le début du set.

Un passage en coulisse pour marquer le coup et s’encourager, et c’est presque sans transition que le set débute. La fosse, déjà bien fourni, se remplit au fur et à mesure des morceaux.

PS : mes excuse à Inès, batteuse de Pussy Miel. Les photos depuis la fosse, c’est pas simple. Et la cymbale avait décidé de s’interposer entre nous.

Sex Shop Mushrooms

Depuis le temps que l’on suit Sex Shop Mushrooms (vous pouvez trouver dans nos pages la chronique de leur album, une interview vidéo et leur live à l’Xtreme Fest, ndlr), je n’avais encore jamais pu pour ma part les voir en live.
C’est désormais chose faite – sous la pluie, certes, mais lavé de cet affront, j’ai enfin pu me glisser dans la fosse. Et quelle claque !

Dès les premières notes, la foule a compris : pogos immédiats, corps en mouvement, une énergie brute qui déferle comme une vague. Les morceaux, déjà puissants sur disque, explosent littéralement sur scène, gagnant en intensité et en rage communicative.

Même un petit incident technique n’a pas réussi à refroidir l’ambiance. Au contraire, le groupe en a fait une blague – « On s’appelle Sex Shop Mushrooms et on a toujours des soucis techniques » – avant de changer de guitare et de relancer la machine avec encore plus de hargne.

Dans la fosse, l’énergie était telle qu’il devenait presque impossible de prendre des photos potables comme vous pouvez le constater : chaque tentative se noyait dans le chaos joyeux des pogos. Mais au fond, c’est exactement ça, un concert des Sex Shop Mushrooms : un moment qui se vit, plus qu’il ne se capture.

Malheureusement, impossible d’assister jusqu’au bout – direction l’autre bout du site pour rejoindre P3C. Mais une certitude reste : le groupe a confirmé en live tout ce qu’on pressentait déjà sur disque, et plus encore.

Pogo Car Crash Control

C’est décidément la journée des affronts réparés. Après Sex Shop Mushrooms, je découvre enfin Pogo Car Crash Control sur scène à la Fête de l’Huma.
Et malgré ce que clame le groupe avec « Le ciel est couvert », c’est une éclaircie bienvenue qui surgit : le soleil (qu’on n’avait encore pas vu de la journée) se couche, et avec lui s’ouvre une parenthèse de fureur électrique.

Sur scène, P3C déploie une force brute et maîtrisée. Le son est massif, précis, sans bavure. Le set est resserré — format festival oblige — mais l’intensité ne connaît aucun compromis. Les nouveaux titres trouvent naturellement leur place, jusqu’à un final rageur avec « Est-ce que ça vous parle ».

Dans la foule, la résonance est immédiate. Le public absorbe l’énergie pour la renvoyer décuplée : circle pits, walls of death déclenchés au quart de tour (même si ici personne ne voulait être côté droit), slams. On se croirait parfois propulsé au Hellfest plutôt qu’à l’Huma, ce que confirme la sécu.

Un concert bref mais incandescent, qui confirme une chose : Pogo Car Crash Control ne joue pas devant un public, il joue avec lui.
Rendez-vous est pris le 27 novembre à la Cigale, cette fois sans appareil photo, pour plonger pleinement dans le pit et renvoyer à mon tour cette énergie.

Fête de l’Humanité – Dimanche 14 septembre

Hoshi

Concert événement pour Hoshi ce dimanche à la Fête de l’Humanité, et pour plusieurs raisons. À l’image d’Aliocha Schneider la veille, elle signe le dernier rendez-vous de sa tournée. Mais le show a une dimension encore plus symbolique : Hoshi fête son anniversaire, réalisant par la même occasion un rêve d’adolescente, celui de se produire un jour sur la grande scène de l’Huma. Clin d’œil ultime, la veille, c’est Patti Smith — une artiste qu’elle écoutait beaucoup plus jeune — qui s’y tenait.

Dès les premières notes, l’émotion est palpable. Hoshi, visiblement touchée, se laisse porter par une foule immense, compacte, qui reprend ses refrains à pleine voix. Entre deux chansons, la chanteuse se confie, évoquant son parcours chaotique, ses luttes, ses blessures, mais aussi la force qui l’a guidée jusqu’ici.

Après avoir enflammé la foule avec La Marinière, son premier tube repris en chœur par le public, l’artiste confie que ce morceau est né il y a treize ans, au retour d’une Fête de l’Huma.

Mais ce qu’elle tenait à partager, plus que tout, c’était une leçon de résistance intime : se concentrer sur l’amour qu’on reçoit, plutôt que sur la haine qu’on subit. Ce dimanche, cet amour lui a été renvoyé au centuple.

Didier Super

Après le passage de Hoshi, cap sur la scène Joséphine Baker pour ce qui s’annonçait comme un final en partage avec Tout en commun.
Sur le chemin, nous passons par l’Agora : l’équipe de La dernière de Radio Nova y tient encore l’antenne. Avec notamment au micro Pierre-Emmanuel Barré, l’humoriste corrosif croisé récemment au festival Lol & Lalala dont il est un des fondateurs.

Le site, lui, respire déjà la fin de fête : des stands qui se démontent, des bénévoles qui s’affairent, une ambiance de grande kermesse qui plie bagage. Mais en arrivant sur la scène Baker, un autre genre de spectacle inattendu démarre.

Micro en main, Didier Super (dont vous pouvez trouver l’interview sur HexaLive, ndlr) débarque comme un trublion qui n’attendait qu’un public acquis à la cause pour mieux le secouer. L’artiste — qui avait annoncé qu’il serait dans les parages pour tourner un long métrage — n’a évidemment pas résisté à l’envie de pousser la chansonnette. Mais comme toujours avec lui et comme il l’a clamé, ce n’est pas la mélodie qui compte (et heureusement !). C’est le décalage, la provocation, la charge comique qui frôle l’inconfort.

À la Fête de l’Huma, il ne pouvait pas s’empêcher de balancer quelques piques bien senties, visant tour à tour les « gauchos », les vegans ou les homosexuels. Un humour volontairement borderline, qui fait rire autant qu’il dérange, et qui rappelle que Didier Super joue autant le rôle de comédien provocateur que celui de chanteur.

Bref, un électron libre qui débarque là où on ne l’attend pas, pour dynamiter avec insolence les certitudes de l’assistance. Du pur Didier Super, quoi.

Tout en commun : les Ogres de Barback et la Rue Kétanou

C’est avec Tout en Commun, la fusion tant attendue entre les Ogres de Barback et La Rue Kétanou, que la Fête de l’Huma 2025 tire son rideau. Comme le raconte Fred, voilà trois décennies que les deux groupes se frôlaient, se promettant un projet commun. Cette fois, le vœu est exaucé : la tournée existe, et elle passe par ici.

Déjà croisés à Montaigu ou au Festival de la Paille, les musiciens affichent une complicité qui saute aux yeux. Sur scène, ça rigole, ça se pique gentiment — une chemise improbable (« Fred, y’a que Carlos ou Antoine pour avoir une chemise comme ça »), une coupe de cheveux (ou pas) — bref, la bande a l’air d’autant s’amuser que son public.

Ils jurent qu’aucun morceau « classique » de leurs répertoires respectifs ne sera joué. Promesse évidemment intenable et à laquelle personne n’a cru : très vite, la foule se retrouve à bondir sur Accordéon pour les cons, Les hommes que j’aime ou à se laisser emporter par la poésie de La Fiancée de l’eau.

Résultat : une apothéose festive, vibrante et généreuse, à l’image de ce mariage musical. Une conclusion idéale, où la fête se termine dans un souffle de communion et d’énergie partagée.

Arnaud Guignant – Photos : Arnaud Guignant, sauf Didier Super : Ana

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