C’est (presque) le grand soir ! La sortie de Drapeau Noir en mars 2026 redonne foi en l’humanité, carrément ! Toujours en colère, toujours déter, le groupe franco-marocain-grec Krav Boca nous offre de quoi se défouler, en manif comme en solo, avec onze titres incisifs et de belles surprises !
Comme dans les albums précédents, Heretic, Pirate Party, Barrikade, City Hackers, Drapeau Noir démarre sur une intro de deux min qui nous plonge dans l’ambiance : rythmiques indus entraînantes, percussions « post-apo » façon Terminator. L’atmosphère s’installe et, à l’image de la pochette, nous embarquons pour un voyage à la Mad-Max, où révolte va de pair avec ferveur.
Le Drapeau Noir est hissé ! Et qui mieux qu’un keupon des Béru pouvait le brandir ? Les Ramoneurs de Menhirs, en la présence de Loran Béru, donnent le ton, sous tension, pour le titre éponyme et c’est juste énorme. (Oui, l’album des Krav Boca c’est mieux qu’un kinder surprise : on se régale de l’enrobage, il y a des surprises dedans et de la musique en plus). Entre piraterie et anarchie, à l’écoute de ce morceau euphorique, le cœur de tout militant·e aguerri·e exulte : tant qu’il y a du noir, y’a de l’ESPOIR !
Espoir mais aussi jubilation et joie cathartique : on pense liesse populaire et défoulement libérateur surtout avec le titre suivant, Siamo Tutti, qui est LE titre à mettre à fond en manif. Un morceau qui incarne parfaitement ce sentiment réconfortant et fédérateur : se savoir nombreux, solides et solidaires dans la lutte.
Tout y est : les mains qui claquent en rythme, le slogan antifa, la transe collective ! Shoot d’endorphine garanti, envie folle d’aller à Répu rejoindre le cortège, le poing levé de rage contestataire. Cette chanson devrait être reconnue d’utilité publique.
Dans un monde réellement égalitaire, progressiste et juste, elle le serait. Mais c’est sans compter avec les boomers… D’ailleurs, Krav Boca ne se prive pas du plaisir de régler les comptes avec cette fameuse génération « après moi le déluge », donneuse de leçon. Ok Boomer reprend les phrases typiques des boomers, leur logorrhée condescendante, leur diarrhée verbale pleine de jugement et se voit rétorquer, dans un refrain entraînant, un bien senti : « tu gâches la fête/tu casses la tête ». La chanson dénonce plus un système que des individus : le boomer est archétypal avant tout.
Les titres de l’album regorgent de morceaux plein de cynisme pour dénoncer les injustices sociales. Comme Chourave 2.0 et son astuce anti-inflation par excellence. Ou bien Doliprane, un remède anti-système moribond. Ou encore Radical avec son riff acéré qui active le mode rébellion avec le groupe de punk hardcore crétois Frenzee.
D’autres morceaux, plus posés, donnent du relief à l’ensemble. Ils injectent des doses émotionnelles, sensibles entre deux titres énervés. Ils relèvent plus de l’état d’âme, des sentiments diffus, de l’introspection comme dans la chanson Orwell.
Plus loin, Balaclava Dance (astuce anti-reconnaissance faciale) colore l’album de reggaeton espagnol intense grâce à Chocolat Remix. Enfin, Nos Futurs fait littéralement dresser les poils avec son tempo ralenti, aux sonorités venues du Sénégal portées par la rappeuse Magui et surtout au refrain poignant avec son jeu de mot : « Nos futurs, nos futurs ne sont pas à vendre ».
Mention spéciale pour le titre, ultra speed, Féroces avec Lofofora dont les premières notes sonnent comme un bon vieux Peuh dans la tronche ! C’est la 2e surprise dans le kinder, la cerise sur le gâteau, le point d’acmé de l’EP : il démarre en trombe avec la voix de Reuno pour un pur produit Oï, antifa, revendicatif et vénère à souhait. Les fauves et les piranhas arrachent leurs entraves pour envoyer du bon son et surtout, pour faire front. Coûte que coûte. Et ça, c’est beau !
En résumé, Krav Boca, dans leur continuité, a peaufiné un album aux petits oignons avec des invités de taille et des pépites à suivre de près comme Magui Diop. Drapeau Noir devient sans conteste l’étendard à lever pour tout moment de spleen face à la situation mondiale et nationale déconcertante. Dans les oreilles, il remotive comme jamais sans négliger pour autant la qualité musicale. Le groupe a su travailler avec des sonorités variées venues des quatre coins du globe, à leur image.
Krav Boca n’a pas construit la diversité de cet album, ils l’incarnent littéralement. Franco-maroco-grecs, activistes, ils accueillent punk crétois de Frenzee, le reggaeton de Chocolat Remix, le punk hardcore de Lofofora et celui des Ramoneurs non comme des invités mais comme des pairs.
Pas de recette calquée, pas de juxtaposition de sonorités random, mais un seul ciment pour lier tout cela : leurs convictions authentiques. À l’instar de cette phrase : « Me parle pas d’identité/ Nous ne sommes que diversité ».
Maïa (instagram)