Hellfest : Ambiance, décors, vie du site

J’étais photographe officiel… avec un appareil jetable

Quand Flo, du webzine Hexalive, m’a proposé de couvrir le Hellfest 2026 avec… un appareil photo jetable, j’ai d’abord cru à une très bonne blague. Moi qui débarque habituellement avec un reflex hybride bardé d’objectifs, me voilà propulsé dans les années 90 avec un boîtier en plastique de 27 poses. Un exercice aussi absurde que réjouissant.

Le running gag du week-end était tout trouvé. À chaque fois que quelqu’un apercevait l’appareil, je prenais un air sérieux en disant : « Je suis le photographe officiel du Hellfest, un sourire? » Personne n’était dupe bien évidemment sauf les victimes d’insolation

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Car cette édition 2026 restera avant tout comme celle de la canicule. Une chaleur écrasante, des températures atteignants les 40 degrés, du métal fondu et des festivaliers qui auraient volontiers signé pour un bain dans le Muscadet. Pourtant, il faut rendre à César ce qui appartient à César : le Hellfest est aujourd’hui un festival tellement bien aménagé que cette météo extrême est restée supportable. Brumisateurs, points d’eau, circulation qui reste quand même assez fluide… l’organisation mérite un immense respect. S’il fallait vraiment trouver un problème de riche, on réclamerait juste un peu plus de zones d’ombre et quelques espaces supplémentaires pour poser ses jambes entre deux baffes sonores.

Parce que des baffes, il y en a eu. Comme souvent, j’ai passé une bonne partie de mon festival entre la Warzone et Altar, probablement les deux scènes où l’on transpire le plus… pas uniquement à cause du soleil. La programmation y était ciselée comme une lame de hache, avec une multitude de groupes de connaisseurs qui méritaient largement de sortir de l’ombre

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Impossible d’oublier Gridiron. En plein cagnard, alors que le simple fait de respirer relevait déjà de l’exploit, le pit s’est transformé en champ de bataille avec un wall of death totalement absurde. Il fallait être un peu inconscient. Ou totalement heureux. Chez Die Spitz, l’arme de destruction massive n’était pas la guitare mais… le poireau. Une bataille de légumes totalement lunaire qui résume parfaitement l’esprit du Hellfest : capable de passer du plus brutal au plus ridicule en moins de trente secondes.

Combust n’a laissé aucun répit. Les slams pleuvaient dans tous les sens, comme si chaque morceau était le dernier de la soirée. Une démonstration de hardcore aussi intense que généreuse.

Il faut absolument parler d’Igorrr. Un groupe inclassable qui a livré une prestation phénoménale. Des vocaux sauvages qui cohabitent avec des envolées lyriques, des rythmiques électroniques fracassées qui s’enchaînent avec des mélodies folkloriques. Une esthétique captivante qui a laissé le public parfois sans voix et parfois euphorique. Mention spéciale à son batteur, véritable spartiate tombé de 300 : torse nu, sculpté dans le granit, martyrisant son kit avec une puissance inquiétante. On aurait presque eu mal pour les fûts.

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Les déambulations nocturnes restent elles aussi une attraction à part entière. Au détour d’une allée, je suis tombé nez à nez avec une créature cornue surgie des enfers. Impressionnante, presque flippante… jusqu’à ce qu’elle demande son chemin vers les toilettes : « C’est tout droit ».

Autre tradition sacrée : les vestes à patches. Cette année, mon prix du meilleur détournement revient sans hésiter à trois gars affichant fièrement dans leur dos « Bite des Rivières », en hommage à Dick Rivers. L’élégance française dans toute sa splendeur. Question virilité, Gatecreeper a remporté haut la main le concours de testostérone. Comme si le death metal ne suffisait pas, le groupe déclenchait les lance-flammes de la Mainstage 2 toutes les cinq minutes… sous près de 40 degrés. Une idée qui semblait excellente uniquement pour ceux qui n’étaient pas dans les premiers rangs.

Le dimanche, la Valley avait des accents de La Nouvelle-Orléans avec un enchaînement tout simplement historique : Eyehategod, Corrosion of Conformity, Acid Bath puis Down. Quatre concerts qui respiraient le riff gras, le groove poisseux et la poussière du bayou. Une conclusion de festival absolument mémorable.

Et pourtant… La plus grosse claque de cette édition ne venait pas de là. Elle porte un nom : Deicide. Je ne pensais pas me faire rouler dessus avec une telle violence. Une prestation d’une précision chirurgicale, d’une intensité folle, avec un son parfait sous la tente d’Altar qui s’améliore d’année en année. Le genre de concert qui vous rappelle pourquoi le death metal reste une machine à broyer les cervicales plus de trente ans après.

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Au final, malgré une météo totalement hors normes, cette édition 2026 restera comme un immense cru. Pas forcément grâce aux énormes têtes d’affiche, mais surtout grâce à une programmation incroyablement fine sur les scènes « secondaires », où chaque détour pouvait réserver une pépite. Et maintenant ? On remet ça.

L’année prochaine, le Hellfest passera à dix scènes… sans augmenter sa jauge. Une excellente nouvelle pour les festivaliers, mais une terrible nouvelle pour les mollets. Cette année, mon compteur affichait déjà une moyenne de 16 kilomètres de marche par jour. Avec 4 scènes supplémentaire, le marathon promet d’être encore plus sauvage. Vivement 2027 ! Je vais juste commencer l’entraînement… et acheter un autre appareil photo jetable. Au cas où le photographe officiel du Hellfest soit de nouveau appelé en mission

Quentin (Instagram)

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Photos du site et des festivaliers

Photos : Jean Michel

Quand les scènes s’éteignent, le Hellfest continue

Il est un peu plus de 2h du matin. Les dernières notes viennent de résonner sur les Mainstages, les techniciens s’affairent déjà autour des structures et des milliers de festivaliers quittent lentement le site. Enfin… en théorie.

Car les habitués le savent : au Hellfest, la journée ne s’arrête jamais vraiment. Elle change simplement de décor. Premier arrêt : le Metal Corner.

Les DJ prennent le relais des groupes et, en quelques minutes, la fatigue semble disparaître. On y croise des festivaliers assis sur les palettes, une bière à la main, refaisant le concert du siècle et dansant sur des hits que l’on ne retrouve pas sur les scènes du festival. Ici, c’est déjà une forme d’échauffement, pour la suite de la nuit. Une ode au défi les plus improbables : Comment ne pas faire tomber sa bière lorsque tu slam sur I’m so excited des Pointers Sisters ? Au rythme des sons des années 80 et 90, ça pogote, ca joue des coudes, ca transpire, on perd ses chaussures et le reste d’intelligence qui nous reste.

Puis, presque sans s’en rendre compte, le mouvement s’amorce. Des petits groupes prennent la direction du camping. Personne n’a besoin de donner l’adresse. Tout le monde sait où ça va finir. Au Macumba.

Et c’est là que le Hellfest révèle sans doute son plus beau paradoxe. Une centaine de métalleux se retrouve à chanter à pleins poumons des tubes que personne n’oserait revendiquer en plein jour. Les vestes à patchs remplacent les boules à facettes, les cornes du diable laissent place aux bras passés sur les épaules des voisins, et l’on voit un Norvégien tenter de suivre les paroles des Lacs du Connemara pendant qu’un groupe de Bretons mène le chœur avec une conviction désarmante.

Encore couvert de poussière après une journée passée dans la fosse aux lions, existe-t-il une meilleure phrase pour résumer la situation ? « j’ai passé la journée à faire des mosh pits… et maintenant je danse sur Céline Dion. Finalement, c’est ça le Hellfest. »

C’est peut-être là que réside la véritable magie du festival. Les concerts remplissent les journées, mais ces nuits improbables construisent les souvenirs. Ceux que l’on raconte en rentrant, ceux qui donnent envie de reprendre son billet avant même d’avoir démonté sa tente. Parce qu’au Hellfest, les groupes font vibrer les scènes… mais ce sont les festivaliers qui écrivent l’histoire une fois les amplis éteints.

Spehis


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