Avec 131217, Sex Shop Mushrooms ne cherche plus à convaincre : le quatuor parisien impose. Là où God Doesn’t Exist était une excellente mise en bouche, ce second album agit comme un pas en avant brutal et nécessaire. Plus cru, plus tendu, pensé comme un disque viscéral et presque live, 131217 s’inscrit dans une démarche de dépouillement total, refusant tout confort d’écoute.
Ici, le grunge n’est pas un décor nostalgique mais un langage vivant, abrasif, directement branché sur les angoisses contemporaines. Il n’est pas question de séduire. Au diable les élans de sagesse, les parisiens décident de tout lâcher. Le vernis saute, la mélodie est saillante.
Dès l’ouverture avec Help Me I’m Cumming, le ton est donné : riffs rêches, batterie martiale, voix au bord de la rupture et de l’autodestruction. L’album avance ensuite comme une succession de décharges émotionnelles, alternant attaques frontales (Juicy Victim, Scam, Quality Wine) et tensions plus insidieuses, presque étouffantes (Nice Place To Die, Mush). Le groupe excelle dans l’art du contraste, jouant sur les ruptures de rythme, les silences trompeurs et les montées en pression pour maintenir une sensation de stress permanent. La production, volontairement rugueuse, renforce ce sentiment d’instabilité, donnant au disque un grain sale, proche de la saturation émotionnelle.

Le morceau-titre 131217 agit comme un pivot central : plus long, plus poisseux, presque hypnotique, il condense l’esthétique du groupe entre rage contenue et dérive psychédélique. Plus loin, Dissonance marque l’un des sommets du disque, étirant la tension jusqu’à la rupture, flirtant avec des atmosphères doom avant de replonger dans une explosion cathartique. Tout est pensé pour emmener l’auditeur dans ses derniers retranchements. La conclusion avec Today My Girlfriend’s Dead referme l’album sur une fragilité trompeuse, laissant affleurer une émotion à vif, vite rattrapée par la colère et le chaos.
Au-delà de la déferlante sonore, 131217 est un disque profondément habité. Il parle d’aliénation, de déracinement, de quête identitaire et d’émancipation, sans jamais chercher à adoucir le propos. Sex Shop Mushrooms ne romantise pas la douleur : elle est hurlée, transformée en monolithe, en expérience collective pensée pour la scène. Refusant les paillettes et la beauté douce, le groupe affirme ici une identité forte, ancrée dans l’underground mais capable de dépasser ses propres frontières.

L’ombre du grunge des années 90 plane évidemment sur cet album. Mais le quatuor ne se contente pas d’un héritage. Le groupe injecte une héroïne punk, une sincérité abrasive et une colère profondément contemporaine. Ici, la rage n’est pas un costume vintage : elle est nécessaire et vitale.
131217 n’est pas un album qui s’écoute distraitement. C’est un disque te pousse à ton introspection, qui confronte, qui laisse des traces. Une œuvre déroutante de maturité, confirmant Sex Shop Mushrooms comme l’un des porte-voix les plus sincères et abrasifs du grunge hexagonal.
Spehis