Qu’est-ce donc que ce fracas ? On avait cru, en 2023, à un simple coup de canon. Un cri d’orgueil, le I Scream, pour conjurer vingt-trois années d’une absence qui, on le pensait, avait fini par faire son oeuvre. On pensait que la Fédération Française de Fonck, sortie du long silence de sa chambre froide, n’offrirait qu’une danse du souvenir, une petite fête électrique pour les nostalgiques – mais quelle fête !! Tournée folle avec notamment une double-date à La Cigale – Hexalive en était, bien évidemment. Pour l’heure, il est 3h33. Je ne dors pas… plus.
Mais il faut bien admettre que le scénario fut orchestré avec la froideur d’une reconquête. Ce n’était pas un cri isolé ; c’était le premier acte d’un plan méthodique. Marco Prince et sa bande l’ont avoué : I Scream et U Scream ont été conçus et enregistrés lors des mêmes sessions, formant un double album séparé pour mieux administrer la résurrection.

Avec ce U Scream, paru à l’heure où les citrouilles s’éteignent – ce 31 octobre 2025 -, la figure du diptyque s’impose : le groupe n’a pas seulement réussi son retour, il l’a construit. Ce second album est la suite logique, mais aussi l’intensification programmée. Si le premier a servi à prouver que le cœur battait encore, le second est là pour montrer qu’il est capable d’un infarctus rythmique sur commande.
… le cri de guerre assumé d’un groupe qui sait exactement où il va.
L’album est taillé dans la même pierre brute, polie par Dimitri Tikovoi. Mais là où I Scream était le cri de renaissance d’un groupe étonné d’être là, U Scream est le cri de guerre assumé d’un groupe qui sait exactement où il va. Il est, de l’aveu général, plus chaud, plus dense, plus sauvage. Le groupe « enfonce le clou » – formule triviale, mais juste – d’une énergie scénique dont on se demandait si elle pouvait survivre au studio. La réponse est oui, et elle est cinglante.

Marco Prince, le dandy aux pieds survoltés, y déploie un flow plus vicieux, n’hésitant pas à mêler le grandiloquent au trivial. On y trouve les fulgurances du Funk Psychédélique (« SomeTimes ») et la lourdeur implacable du M-Funk (« Get Down »). C’est à la fois cérébral et viscéral : on cogite tout en trempant son chemisier.
Le propos n’est plus uniquement à la fête. Certes, il y a cette insouciance revendiquée dans le punk-funk de « Clit ReVoluTion ». Mais la malice est partout : sur « SomeTimes« , le groupe glisse un clin d’œil au tube « Chacun Fait » de Chagrin D’Amour (le fameux ‘Cinq heures du mat‘ j’ai des frissons…‘), mélangeant l’absurdité pop des années 80 à un groove puissant. Sous le rythme, le sillage est celui d’une « DériVe SentimentAle« , titre unanimement salué comme le cœur sérieux de l’ouvrage. Le groupe observe, avec une élégance un peu lassée, cette société méconnaissable, et oppose à la morosité ambiante son seul remède connu. Cet antidote est résumé dans le manifeste minimaliste du single « Y’a tOi »: « Y’a Toi, Y’a moi, Y’a nous, c’est tout / le reste on s’en fout », l’affirmation d’un microcosme intime face au bruit du monde.
FFF a transformé son retour en une nécessité…
U Scream est l’œuvre d’une Fédération qui ne s’est pas contentée de revenir, mais qui s’est réarmée. Il vient couronner une stratégie parfaite : le succès du premier opus a permis d’enchaîner une tournée triomphale, et cette énergie de la scène a été réinjectée pour accoucher d’un second album encore plus abouti. Et on se demande déjà, comme le suggèrent les critiques, si ce diptyque ne sera pas prolongé par un troisième volet, le « We Scream« . Plus question d’étonner : il s’agit de dominer. FFF a transformé son retour en une nécessité, et cet album est la preuve que le fonck n’est pas tant un genre qu’une condition, un état de grâce permanent que le groupe est seul capable d’administrer.

Ne serait-ce pas véritablement maintenant que FFF nous revient ? Préparez-vous à crier, à transpirer, et peut-être même à réfléchir un peu.
D’ailleurs, permettez l’aparté : punk-funk, pyschédélique-funk, massive-funk, metal-funk… Il est grandement temps de procéder à l’avènement du FFFunk !
Enfin, il n’est de bonne chronique qui ne se quitte… sans un questionnement très officiel celui-ci : la French Fonck Federation des années 90 avait conquis les scènes du Japon et des États-Unis. Aujourd’hui, avec ce diptyque planifié et des titres à nouveau en anglais, le groupe cherche-t-il non pas à s’exporter, mais à reprendre sa place sur une carte du monde qu’il avait déjà tracée et revendiquée ?
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