Après une décennie de maturation et deux EPs en poche, Computers Kill People frappe fort avec The Storyteller, un second album dense, engagé et maîtrisé, qui arrivera chez ton disquaire préféré le 17 octobre.
Plus qu’un simple disque, le quatuor parisien livre ici une véritable déclaration artistique, où le stoner rugueux flirte avec des éclats de grunge, de blues et même d’indie — sans jamais perdre son cap.
Ce qui frappe d’entrée, c’est la cohésion. On sent que le groupe fonctionne aujourd’hui comme une entité soudée. Chacun y apporte sa pierre : les guitares de Loïc et Yome tissent une toile puissante et granuleuse, la basse de Karin Gousset ancre les morceaux dans une tension souterraine, et la batterie d’Erwan Colin martèle avec justesse.
Ce nouveau souffle est palpable. Le son est plus dense, plus organique, et la production est excellente. La patte d’Étienne Sarthou (Karras, Freitot, ex-AqME) au mixage et de Magnus Lindberg (Cult Of Luna) au mastering se ressent.
L’album brille par ses contrastes, oscillant entre fureur brute et moments suspendus.

Difficile de rester indifférent aux salves et relents punks de A.N.G.R.Y et Good Guy With A Gun, qui font l’effet d’un uppercut, avec une urgence électrique parfaitement maîtrisée. Le groupe ose même une reprise audacieuse de Give It Away (Red Hot Chili Peppers), qu’il transforme en une tornade stoner aux relents dystopiques.
Mais The Storyteller ne se contente pas de faire rugir les amplis. Il respire aussi. Sur The End, Lockdown Blues ou She Said, l’atmosphère s’épaissit, plus introspective, parfois mélancolique — comme une errance à travers les ruines d’un monde en vrac.
Autre point fort : les voix. Loïc, plus assuré que jamais, délaisse le chant frontal pour une approche plus nuancée, appuyée par une posture scénique revue (micro à la gorge, voix plus libre). Yome injecte une touche plus sauvage, oscillant entre cris rauques et nappes aériennes, tandis que Karin surprend et captive avec une voix féminine qui sublime plusieurs titres (Lockdown Blues et The End).
Deux anciens titres, Only The Dead et Sunset Kiss (en ouverture de l’album avec son gros son de basse), tous deux issus de l’EP Healing Bruises, sont ici remasterisés avec une nouvelle énergie. Le groupe leur offre une seconde vie, plus riche, plus affirmée, preuve d’une volonté de réconcilier passé et présent.

Ce qui distingue The Storyteller dans la masse des productions rock actuelles, c’est son engagement. Loin du simple récit personnel, chaque riff, chaque chanson raconte une histoire : des récits dominants, et une volonté de redonner la parole aux voix marginalisées. Féminisme, luttes LGBTQIA+, violences sociales : ici, la musique du groupe devient vecteur de résistance.
The Storyteller n’est pas juste un album de stoner. C’est une œuvre pensée, construite et habitée. Computers Kill People signe un effort pertinent, à la croisée du rock contestataire et du son tellurique, qui mérite largement sa place sur les scènes alternatives.
Un disque à écouter fort, et surtout à entendre.
Spehis