L’ouverture, “Heroine”, donne le ton : un morceau en deux parties, débutant comme une marche militarisée avant d’exploser en un refrain irrésistible. Une montée en puissance hypnotique où s’invite Chris Jr (Acid Mammoth), pour un final tout en langueur stoner et réverbération cosmique. Ce goût pour les constructions en strates, entre efficacité immédiate et montée progressive, se retrouve sur “Bring Me Down” , featuring Patròn (aka LO de Loading Data), qui balance un stoner rock solaire, idéal pour une virée dans le désert californien à bord d’une mustang décapotable, et des refrains à chanter le poing levé, la poussière dans les cheveux.

Mais Clair-Obscur ne se contente pas de marteler des riffs : il varie les ambiances, ose les contrastes. “Stray From The Path” lorgne du côté du shoegaze, avec son mur de guitares lancinantes. “My Way”, au contraire, renoue avec l’urgence punk dans un cri de liberté simple et frontal. Guitares abrasives, chœurs fédérateurs : l’esprit garage est bien là, fiévreux et joyeusement sale.
L’album s’autorise même des plongées plus introspectives. “Goin’ Thru The Blu Part.II” explore les profondeurs du blues psyché, qui monte en intensité jusqu’à la transe. “Anything”, plus sombre, traite de désillusion et de frustration sur un tempo menaçant et un chant parfois désabusé, mais n’abandonne jamais la rage salvatrice du refrain.
“The Fastest Ride”, sonne comme une ode au desert rock, qui transforme le studio d’enregistrement du duo en Rancho de la Luna. Les influences y sont assumées, digérées, et transcendées par une approche live, sans fioriture, qui fait la force du groupe.

Tout au long du chemin, Clair-Obscur ne faiblit pas. “Winterholidays VS Fuzzroutine” incarne un état d’esprit sculpté dans un compromis entre le fuzz propre et le fuzz gras. “Hownow” vibre sur un rythme entêtant porté par une guitare qui ronronne comme un moteur V8 sur les longues routes de l’ouest américain. Enfin, “The Oswald Cobblepot Complex” ferme l’album sur une note étrange et glaciale, ambiance Gotham sous sédatifs, faisant revenir le Pingouin d’entre les morts. Une dernière montée sous tension, avant l’ultime salve fuzzée.
En bonus, le groupe reprend “Rock n Roll Queen” des Subways, chantée à pleins poumons par Franck. Une manière élégante de clôturer le disque, qui reflète l’énergie brute de leurs concerts, et de rappeler que malgré une forme noirceur ambiante, Electric Jaguar Baby est avant tout un groupe de scène, de partage et de fureur communicative. Cet album enregistré live, en est le parfait exemple.
Plus qu’un simple disque, Clair-Obscur est une expérience sensorielle, une immersion dans un univers sonore où riffs fuzz, voix habitées et breaks épiques se répondent dans une tension permanente entre ombre et lumière. L’album porte bien son nom : une œuvre contrastée, dense, qui suit son propre chemin. Electric Jaguar Baby fonce tout droit sur l’autoroute du fuzz, fidèle à son crédo : sincère, vivant et brut.
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Spehis
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