Wheobe, « L’exigence et l’innocence »

Au départ était un concert, une première partie en forme de grosse claque, et l’envie derrière d’en rencontrer les auteurs. Qui se révèlent être des musiciens passionnés et des personnes humanistes, qui construisent leurs vies et leur musique dans un même élan spontané et réfléchi. Premiers résultats, une tournée en cours et un premier album sorti le 3 avril, à écouter avant toute autre chose : A Strained Ocean.

Par Amélie Robert


Amélie : Votre concert en première partie de Last Train à Paloma (Nîmes) le 7 février dernier m’a fortement impressionnée, j’ai donc eu envie de discuter avec vous.

Swann : Merci beaucoup de l’invitation. C’était chouette pour nous aussi. C’était la première fois qu’on faisait une si grosse salle, ça nous a boostés sur scène. Et puis vous nous avez accueillis parfaitement, on a pris beaucoup de plaisir, merci.

Ivanoé : Honoré de faire partie des groupes que tu as aimés sur scène et que tu prends le temps d’interviewer.

Wheobe, les origines

Amélie : Comment l’aventure Wheobe a-t-elle commencé ?

Swann : On s’est rencontrés au lycée et ça fait sept ans qu’on a cette formation-là. Au début, c’était un peu particulier parce que le bassiste et le batteur échangeaient leurs instruments en fonction des morceaux.

Wheobe, ce nom un peu abstrait, veut dire qu’on n’a pas envie de s’ancrer dans quelque chose de déjà établi

Amélie : Ils avaient chacun, pour chaque instrument, un style différent, j’imagine.

Swann : Oui, exactement. Puis on a pris la décision, collectivement, et avec les avis d’autres personnes autour de nous, d’acter un duo défini basse/batterie. Quand il a fallu aussi créer un son, pour que chacun puisse apporter sa propre identité au groupe et que ce soit moins volatile. Mais c’était trop marrant de faire ça au début.

Wheobe à Paloma Nîmes

Amélie : On entend tellement de choses dans votre musique, faite de tout un tas de sons assez variés et différents les uns des autres (jazz, noise…).

Swann : Chacun de nous écoute plein de styles différents, il n’y en a pas un qui est vraiment centré sur un seul genre donc ça apporte une diversité dans le jeu de chaque personne. Et puis on écoute tous des trucs très différents, qu’on apporte chacun aux autres. La touche jazz dont tu parles, c’est surtout le batteur, Matthieu, qui l’amène dans son jeu parce que c’est sa pratique majoritaire à côté du groupe. C’est un style qu’il travaille et qui le touche.

La composition se fait à quatre donc chacun apporte sa part. On voulait dès le début créer une sorte d’hybride : Wheobe, ce nom un peu abstrait, veut dire qu’on n’a pas envie de s’ancrer dans quelque chose de déjà établi, et qu’on préfère expérimenter ce mélange-là. Assez vite, on a voulu explorer plein de sonorités, on continue encore et on continuera tant qu’on aura de l’espace sous la pédale. On va s’amuser encore longtemps, je pense, à faire ce genre de chose.

Ivanoé : Trouver la forme qu’on a en ce moment en termes de musique, ça nous a pris du temps. Au début on se cherchait, un peu comme tous les groupes : on faisait un morceau funk, un morceau rock, un morceau un peu metal… Ils avaient tous des points communs mais on n’osait pas encore proposer ce qu’on voulait vraiment faire à quatre, et on n’avait pas trouvé un juste milieu entre nous, qu’on a bien trouvé maintenant.

L’identité Wheobe

Amélie : Une identité ?

Ivanoé : Ouais

Swann : Ouais, carrément. Ça a pris le temps, comme a dit Iva. Notre premier projet avec ce mélange d’identités, c’est notre EP de l’an dernier, Collapse Relapse. Il y a eu trois ans entre notre précédente sortie et celle-ci, et c’est à ce moment-là qu’on a senti que « le style Wheobe » prenait forme.

On a chacun une manière différente de vivre la scène, d’être sincères sur scène et d’être “nous”

Amélie : Et avant, c’était complètement autre chose ? Au niveau des styles, vous avez mis des choses de côté ou favorisé le côté fusion de toutes vos influences ?

Swann : On est allés plus loin dans cette hybridation. Avant c’était découpé, il y avait des parties identifiées selon les influences. Maintenant, on essaie de faire plus fusion, comme tu dis. Et il y a quelques influences qu’on a laissées de côté ‒ ou en tout cas temporairement mises à l’écart, le temps de ces projets qu’on est en train de sortir et de l’album qui arrive. Notamment, il y avait une pâte rap dans ce que je faisais au chant, parce que j’écoute beaucoup de rap à côté.

Notre projet de 2022, Lifedrop (notre premier EP), qui a ouvert la porte au groupe, était beaucoup plus teinté rap, beaucoup plus pêchu, plus violent aussi, dans les sons et dans les riffs, à la Rage Against The Machine. Ce qu’on a petit à petit laissé de côté pour laisser plus de place à la mélodie, à la touche jazz dont tu parlais, à l’émotion, avec plus de subtilité dans le jeu. C’est ce qui nous fait plaisir et nous parle plus aujourd’hui.

Amélie : On a dit les mots « hybridation », « fusion », je trouve que ça tient limite de l’alchimie (de musique et de personnes). Qu’est-ce qui vous tient ensemble ? On ressent quatre personnalités extrêmement différentes, des individualités (il y a des groupes où ils sont tous pareils, vous pas du tout), et en même temps on sent que c’est solide.

Swann : Oui, on vient d’horizons différents, mais pas tant que ça. On est, les quatre, jurassiens, on partage la passion de notre musique et des traits de caractère : on est assez tranquilles dans notre manière de vivre, assez posés. Mais, effectivement, on a chacun une manière différente de vivre la scène, d’être sincères sur scène et d’être « nous ». Ce qui nous tient, c’est cette amitié qu’on a construite autour de la musique. On s’est connus et on s’est construits par ce groupe, Wheobe, qui est une grande partie de nos vies et qui fait de nous qui on est aujourd’hui. Entre nous en tout cas, dans notre lien. C’est ce qu’on essaie de défendre dans notre musique : le côté très humain, très empathique, à notre échelle, dans notre vie et dans notre musique aussi.

Il y a une sincérité dans ce projet qu’on essaie de mettre au jour et de maintenir. C’est ce qui fait que, sur scène, on se sent très à l’aise et qu’on est dans nos bottes. On n’a pas à jouer un rôle ou à chercher une identité sur scène. Il y a un truc assez naturel qui se fait.

Ivanoé : En termes de styles qu’on écoute, comme Swann l’a dit, on vient d’horizons différents. On a trouvé, avec le temps, un équilibre autant dans notre manière de faire du son que de relationner, d’être potes, d’apprendre à se connaître. C’est drôle de savoir que, de l’extérieur, ça peut encore se voir qu’il y a des individualités alors que nous, on ne les ressent pas du tout.

Swann : On a quand même notre batteur qui est tout le temps avec un méga smile sur scène alors que, à notre dernier concert, j’avais le bassiste derrière moi qui sautait par terre et faisait tout pour casser le sol ! Il y a quand même des énergies hyper différentes (rires) !

Ivanoé : Oui ! (Rires.)

On a trouvé un entre-deux entre l’exigence de ce qu’on peut faire et de ce qu’on sait, et l’innocence de faire comme on le sent

Amélie : Vous travaillez beaucoup avec des partenaires locaux, j’imagine que ça fait partie d’un engagement global, sur les façons dont vous avez envie de vivre, qui rejoint sûrement la façon dont vous avez envie de faire de la musique.

Swann : Clairement. C’est un tout, ce projet. Ça naît d’une volonté de mettre les humains au centre. Par exemple notre manageuse Éloïse (Éloïse Clanet Debize, ndlr), qui n’est pas sur scène mais qui est tout autant sur le projet, si ce n’est plus. C’est la cinquième membre du groupe, on est très proches. Mais aussi les personnes avec qui on fait les covers, les photos, l’esthétique autour du projet, celles qui ont réalisé les clips… Ce sont des amis.

On est très contents de ce qu’on fait musicalement, mais si on faisait cette même musique mais qu’à côté c’était barbant, qu’on travaillait avec des gens par téléphone à Paris ou je ne sais pas où… Si on passait notre temps loin du contact humain et de ce que ça représente pour nous, on ne le vivrait pas du tout de la même manière.

C’est vraiment important pour nous de connaître les gens avec qui on travaille, d’avoir des affinités et de ne pas signer sur un CV ou de ne pas rencontrer les gens via un CV. Ça s’est toujours fait comme ça et j’espère que ça pourra toujours se faire comme ça, parce que c’est ce qui fait la force de nos liens. Pendant les périodes qui sont un peu dures, où il y a beaucoup à faire ‒ comme là, tu imagines, en sortie d’album, on n’est pas en manque de travail ‒, c‘est important de pouvoir compter sur les personnes avec qui on travaille pour se soutenir.

Wheobe à Paloma Nîmes

Amélie : Quels sont vos parcours musicaux ? Vous avez une sacrée maîtrise, tous les quatre.

Swann : Tu es en visio avec les deux cancres (rires), on est les deux à avoir appris quasi complètement en autodidactes. J’ai fait un petit peu d’école de musique, l’ENM à Villeurbanne, en chant. Iva, tu es celui qui a été le plus dans sa chambre pour travailler. Matthias (basse)a passé son diplôme d’études musicales l’an dernier, et Matthieu est en train de le passer cette année en jazz. Ils sont dans un cursus plus « traditionnel », même si leur pratique s’éloigne beaucoup celle du Conservatoire et qu’ils vont chercher des choses beaucoup plus diverses.

Je ne me sens pas tellement virtuose à la voix, je n’ai pas de technique. Je vois des gens qui sont très forts à la voix techniquement et je n’ai pas tellement l’impression d’être ça. Dans Wheobe, on a une expression tellement libre, on fait tellement ce qu’on veut, qu’on se sent hyper à l’aise. Et je pense que cette aisance se ressent. On ne cherche pas à faire dans la virtuosité et la complexité, on cherche à confectionner des petites choses qui, mises bout à bout, forment cette espèce de masse multicolore, dans tous les sens, qu’est Wheobe.

Ivanoé : Pour nos parcours, Swann, c’est un peu l’exception de nous quatre : les trois instrumentistes, on a grandi dans des familles de zikos, on baigne dedans depuis qu’on est tout petits. On s’y est mis naturellement, et Swann plus vers le lycée. On a trouvé un entre-deux entre l’exigence de ce qu’on peut faire et de ce qu’on sait, et l’innocence de faire comme on le sent, sans chercher la technique. Sur scène, tu disais que ça semblait maîtrisé, c’est parce qu’on se fout la pression pour faire quelque chose de bien, mais on ne cherche pas la technique pour la technique.

On s’est autorisés à avoir un set-up assez gros en live pour pouvoir jouer sur les nuances : avoir des murs de son quand il faut ou être tout petits quand il faut

Le son Wheobe

Amélie : Comment vous travaillez votre son ?

Swann : Tu as la bonne personne en face de toi en la personne d’Ivanoé, donc je lui laisse complètement la voix là-dessus.

Ivanoé : On a beaucoup taffé ces septs années, depuis que Wheobe existe. Au début, on ne se souciait pas vraiment du son, puis on s’est rendu compte que ça pouvait être une source d’expérimentation et un pouvoir d’avoir un son à soi. On a taffé notre son petit à petit, au début assez innocemment et avec les outils qu’on avait. Notamment, sur nos premiers EP qu’on a enregistrés chez Martial (Martial Baudoin, du studio La Corbière, à Présilly dans le Jura, ndlr), on faisait avec les sous et le matos qu’on avait sous la main.

Depuis quelques années, on sait où on veut aller, on sait ce qu’on aime et ce qui peut aider à porter le projet. On a beaucoup expérimenté, autant pour le live que pour le stud : les deux sont assez corrélés. Pour l’album qui arrive, qu’on a enregistré il y a deux ans, on cherchait un son cool. On a expérimenté pas mal de choses avec pas mal de gens, notamment un ingé son de Besançon qui s’appelle Flavien (Flavien Van Landuyt, ndlr), avec qui on avait fait un week-end de résidence où on a bossé plein de choses, autant sur les sons de basse et de gratte que de batterie.

Après, on a trouvé un set-up un peu original avec deux grosses caisses, deux caisses claires, deux amplis guitare, deux amplis basse, etc. Ça nous a permis d’avoir une polyvalence qui colle avec ce qu’on écrit. Il y a énormément de nuances et, tout le long, on cherchait à faire des compromis. Par exemple, on voulait une batterie qui sonne bien quand on envoie, mais sur les moments jazz, plus calmes, ça ne marchait pas du tout…

On s’est autorisés à avoir un set-up assez gros en live pour pouvoir vraiment jouer sur les nuances et avoir des murs de son quand il faut ou être tout petits quand il faut. On a bossé ça, autant chacun chez soi que tous ensemble en répétition ou en résidence. Et une fois au stud, c’était plus le travail classique de studio, mais en gardant ce set-up et cette touche un peu divergente par rapport aux groupes de rock classiques ‒ où tu as des batteries rock, des amplis rock, un guitariste soliste, un autre gratteux rythmique, la basse qui est censée n’avoir qu’un seul rôle, etc. Notre travail du son vient du fait qu’on kiffe des trucs qui ne sonnent pas classique. Par exemple, on n’a pas comme influence majoritaire entre nous des groupes qui sonnent dans la normalité du rock, style ACDC. On a plus des groupes qui expérimentent des trucs plus modernes, qui font des bidouilles de son un peu débiles et qui nous plaisent à fond.

Amélie : Et quel a été ton rôle dans le développement de votre propre son ?

Ivanoé : C’était la première fois que je m’autorisais à être le producteur d’un projet qui n’était pas le mien. Depuis que je suis tout gamin, je suis un gros fan de matos et de techniques d’enregistrement, aussi pour la guitare. J’ai toujours voulu devenir ingé son studio. J’avais autoproduit un album solo en 2023, juste avant qu’on enregistre A Strained Ocean avec Wheobe. On devait bosser sur cet enregistrement avec l’ingé son bisontin avec qui on avait fait la résidence. Il devait nous enregistrer, nous produire, nous mixer, etc. Et en fait, par manque de sous ‒ et ça m’arrangeait au final ‒, on a vu qu’on pouvait difficilement bosser avec lui. Il m’a délégué le taf en me disant que je pouvais très bien le faire à sa place. C’était la première fois que j’enregistrais un vrai groupe en stud. C’était le mien mais je prenais quand même la place du producteur, et c’était trop bien. C’est moi qui l’ai mixé aussi, à la maison.

Amélie : Les deux casquettes, ce n’était pas trop compliqué pour toi ?

Swann : La grosse tête ! (Rires.)

Ivanoé : Non, j’ai adoré ! Ce qui m’a donné pas mal confiance, c’est que la veille du début de l’enregistrement, on était allés s’installer au studio, et Flavien, l’ingé son de Besac, est venu pour un peu regarder ce qui se passait. Il a pris une demi-heure pour discuter avec tout le monde, et surtout il a un peu fait la leçon aux Wheobe en disant : « Bon bah Iva, c’est Iva, vous le connaissez, c’est le guitariste, mais maintenant c’est le producteur. Quand il va vous dire un truc, vous fermez votre gueule et vous le faites. » Ça m’a mis en confiance et ça nous a bien aidés à driver le style. J’ai adoré porter les deux casquettes, et je trouvais ça plus simple d’emmener un projet dans lequel j’avais beaucoup bossé et dont je savais où il devait aller. C’était juste très chronophage et fatigant de faire douze heures de son par jour, plus deux jours où j’enregistrais en même temps, et de prendre du recul. Mais c’était vraiment cool.

Swann : Je veux juste rajouter que, de mon point de vue, il y a un truc très rassurant. Wheobe, c’est un projet assez hybride, complexe, ne serait-ce que dans la formule dont Iva a parlé avec plusieurs amplis sur chaque source, deux grosses caisses, etc. Alors ça s’est fait par praticité sur le moment, mais c’était chouette d’avoir Ivanoé au mixage, qui connaît le projet mieux que personne. Il va exactement dans la direction qu’on s’imagine pour le mix. Parce que, en vérité, si tu prends les sources, tu peux en faire trois albums différents. Avoir Ivanoé aux manettes, et qui faisait ses choix artistiques, ça fait que le projet est allé exactement où on voulait. Et ça aurait peut-être différent si quelqu’un d’extérieur, qui ne connaît pas nos envies et notre propos, l’avait fait.

De la même manière, pour le live, on travaille depuis 2020 avec le même ingé son, Jules Lotscher, qui nous a suivis et fait grandement partie de notre son. Il était d’ailleurs là à Nîmes, à Paloma. Il comprend totalement le projet. Encore une fois, cette envie de travailler à échelle humaine et d’avoir des partenaires qui sont nos amis, nos proches, qui suivent le projet depuis longtemps, cette proximité fait qu’on arrive à sortir le son qu’on imagine plus facilement parce que le dialogue est hyper simple avec ces personnes qui sont intégrées.

Ivanoé : La créa de l’album en elle-même était assez fastidieuse, parce qu’on l’a enregistré il y a deux ans. On vient de vivre deux ans d’après, de mixage, de créa et de nécessité de repousser pour trouver les bons partenaires. Mais avant, on avait énormément bossé sur les maquettes, les compos. On avait enregistré deux singles avec l’ingénieur du son bisontin et on l’avait laissé les mixer, et on n’en était pas satisfaits. On savait exactement où on allait et on lui disait ce qu’il fallait qu’il fasse plutôt que le laisser faire son taf. Au final, c’était plus simple pour tous que je prenne les manettes du mix pour coller à ce qu’on avait en tête et qu’on avait travaillé comme des dingues pendant des années avant.

Wheobe 6 sur 19

Le visuel

Amélie : Vous collaborez de la même façon pour la partie visuelle ?

Swann : Nele (Veilhan-Goemans, ndlr) a fait tous les visus de Collapse Relapse, et les toiles qui sont la cover de l’album qui arrive. Elle est derrière toute notre identité visuelle depuis deux ans. On la connaît depuis plus longtemps, et elle a rejoint le projet en cours de route à cette époque. Elle est hyper talentueuse, et elle prend du plaisir à faire de la peinture en live.

L’an dernier, on avait fait une release party au Toï Toï le Zinc, à Villeurbanne, pour Collapse Relapse. Elle avait un grand support de papier, de peut-être 4×4. C’était un live d’une heure, et elle, derrière, était en train de faire une œuvre en direct, improvisée. Ça fait partie d’une volonté qu’on a évoquée, il y a longtemps, de faire des projets multi-artistiques, de mêler différents arts. Ici, peinture, dessins, arts graphiques. Mais aussi pour nos clips, qui sont coréalisés avec une boîte de production de cinéma, avec deux potes à nous qui sont réal pour du court et du long métrage. C’était une volonté de jongler entre les arts et d’apporter plein de points de vue à Wheobe. D’autant plus qu’on a toujours fait cette musique de manière imagée, cinématographique sur certains points. Ça faisait sens pour nous d’avoir une identité qui va avec et de faire ça avec une amie dont on apprécie énormément le taf.

Presque une envie de réinventer la relation humaine et d’aller vers l’amour dans ce chaos, dans cette fourmilière humaine qui nous entoure

Amélie : J’ai lu sur votre site les paroles des morceaux de Collapse Relapse, qui sont un peu mystérieuses et abordent des thématiques d’effondrement, de douleur, avec des fulgurances un peu plus lumineuses. Swann, c’est toi qui les écris ?

Swann : Oui, j’écris toutes les paroles. On s’accorde sur le thématiques qu’on veut aborder. Ce n’est pas quelque chose que je fais sans qu’ils aient un droit de parole ou de regard. Je suis celui qui pratique le plus l’anglais et qui a le plus d’attrait pour le côté parolier en anglais. Iva écrit en ce moment des paroles en français pour son propre album. Peut-être que j’en dis trop, peut-être que je n’ai pas le droit…

Ivanoé : Mais si !

Swann : Les paroles sur le site sont celles de l’EP de l’an dernier, qui était basé sur cette notion d’effondrement et le chaos qui nous entoure, et comment faire sens de ce chaos, comment on essaie d’aller à son encontre ou de s’y mêler. C’était une courte réflexion là-dessus et du coup ce sont quatre titres qui sont assez sombres sur ce qu’ils racontent et qui sont assez douloureux. Comment dire… on rame pendant quatre titres, on prend des choses dans la gueule. Mais, comme tu dis, l’idée c’est aussi que, de ce chaos émergent des belles choses aussi et on voulait faire un portrait de ce monde hyper aléatoire, de ce vacarme qui nous entoure et qui peut être à la fois hyper dur à vivre et angoissant, et qui nous fait vivre, qui nous donne envie de sortir de chez nous, de vivre le contact humain. L’album qui arrive est beaucoup plus intime et plus sur une notion d’empathie et d’humanité. Presque une envie de réinventer la relation humaine et d’aller vers l’amour dans ce chaos, dans cette fourmilière humaine qui nous entoure. On n’est pas simplement soumis à ce chaos, on peut y avoir un impact, y amener du beau pour peu qu’on ait la volonté d’écouter l’autre et de partager.

Wheobe à Paloma Nîmes

Wheobe, conclusion

Amélie : Dernière question : vous allez vers quoi ? Avec l’album qui sort, j’imagine que vous êtes à fond dans le présent…

Ivanoé : Mais aussi à fond dans le futur. Cet album, c’est que des compos qu’on a depuis trois ans et ça fait donc un bout de temps qu’on ne s’est pas fait plaisir en compo. On l’a fait pour l’EP Collapse Relapse mais c’était un peu en rush et on n’a pas pris le temps de faire ça comme on pourrait le faire. On a hâte de faire des suites.

Swann : Carrément ! A chaque fois qu’on se retrouve en répète, même quand on doit répéter seulement pour les concerts qui arrivent et qu’on n’est pas censés composer, on se fait toujours une petite heure où on improvise, où on crée de nouvelles choses. À l’heure qu’il est il y a la sortie de l’album, la tournée en avril… Toutes les dates sont trop chouettes, on a hâte.

Avec ce projet, on n’a pas des idées de grandeur, on a surtout envie de vivre intensément, humainement, que ça nous nourrisse, que ça se propage, et que les personnes qui participent à ce projet de près ou de loin y prennent plaisir, que les gens y prennent plaisir. On a des retours du public qui sont hyper touchants. On chante de plus en plus de choses qui nous sont intimes et pourtant ça touche de plus en plus l’intime des gens autour. C’est ce partage qu’on recherche, et vers lequel on a envie d’aller pour la suite.

Retrouvez Wheobe sur leur site officiel ou Instagram

Prochaines dates pour Wheobe : Epinal 10/04, Magny-le-Hongre 11/04, Chalon-sur-Saone 15/04
Album A Strained Ocean

Amélie Robert (instagram) – Photos : Richard Gouard (instagram)

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