Lors de l’interview d’Eihwar, le groupe nous avait renvoyé vers Mira Ceti, avec une question bien particulière ! Nous avons bien sûr saisi cette occasion pour échanger avec elle sur son parcours très riche, son actualité, et ses futurs projets.
Mira Ceti, le parcours
Bonjour Mira, merci pour cette interview !
Tu as commencé ton parcours musical avec le chœur d’enfants Sotto Voce. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette expérience, et sur tout ce que cela a pu t’apporter par la suite ?
Le chœur d’enfant Sotto-Voce m’a donné le goût de la scène. Après 8 ans passés à chanter un minimum de deux fois par semaine, faire des concerts, participer à des opéras et partir en tournée il m’était difficile d’envisager faire autre chose de ma vie…
Il m’était difficile d’envisager faire autre chose de ma vie…
Tu as beaucoup voyagé, et étudié la voix dans différents rites et cultures. Cela t’a ouvert beaucoup de perspectives dans ta façon de chanter ?
Tout à fait, quand on voyage on se rend compte que les gens ne chantent pas pareil en fonction de la culture, de la langue et de l’environnement dont ils sont issus. On réalise aussi tout le sens que ça véhicule pour les gens, des histoires, des mémoires qui se transmettent. C’est ce qui fait partie de la vitalité d’une culture et d’un peuple. Donc quand je chante des chants traditionnels j’essaye toujours de me souvenir des gens à qui ces chants appartiennent, et d’aborder les choses avec respect.
Est-ce que tu as une expérience particulièrement marquante à l’occasion d’un de tes voyages à nous raconter ?
Quand j’avais la vingtaine, suis allée passer quelques temps dans une communauté Ashaninka au Pérou, dans la forêt amazonienne. J’y étais parce que je voulais apprendre des chants, mais c’est l’inverse qui s’est produit. Ils avaient très peu l’occasion d’être en contact avec des personnes extérieures à leur communauté, il n’y avait ni internet ni TV et du coup je suis devenue leur radio. Quand ils se retrouvaient en famille et entre voisins après leur journée, ils me demandaient de chanter. J’ai passé tous les chants que je connaissais mais il m’en demandait encore et encore, et les langues dans lesquelles je chantais les amusaient beaucoup.
Ce que je retiens de cette expérience, c’est la réciprocité et l’inversion du regard. J’étais là-bas dans une démarche naïve, idéaliste et il faut bien le dire néocoloniale de recherche d’un savoir perdu, mais je me suis retrouvée à partager simplement ma culture. Là-bas c’est moi qui étais exotique, et ils trouvaient ça très divertissant. Certains en sont tombés de leur siège tellement ils riaient.
Cette musique me transperce le cœur de beauté.
Comment s’est passé ensuite ton apprentissage au côté de Sœur Marie Keyrouz ?
Sœur Marie Keyrouz m’a transmis des chants qui remontent à un millénaire de tradition ininterrompue. Recevoir cela vient avec une grande responsabilité. On imagine les dizaines de milliers de personnes qui les ont chantés avant nous, chacune étant un maillon de la transmission qu’il s’agit de conserver intacte. Je suis extrêmement reconnaissante pour cet apprentissage qui m’a fait entrer dans cette lignée musicale, et m’a ouverte aux gammes orientales et aux subtilités des mélodies et des ornements. Cette musique me transperce le cœur de beauté.
Peut-être qu’un jour on cessera de voir la différence comme une menace
Est-ce qu’à son instar tu considères que la culture et son partage est un élément primordial pour combattre les fractures sociales et les guerres, notamment dans le monde instable qu’on connaît aujourd’hui ? Et est-ce que ce partage de culture est un des buts qui t’anime aujourd’hui ?
Je pense qu’effectivement la culture est un élément primordial pour transformer nos imaginaires et inventer un autre rapport au monde. A mon sens la diversité des cultures populaires et traditionnelles est une source d’inspiration et de puissance créative incroyable, et c’est ce que j’essaye de faire ressortir dans mon travail.
Je crois aussi que plus on est enraciné et serein dans la personne que l’on est, plus on est capable de rencontrer l’autre sans chercher à le changer ou lui imposer un bonheur qui n’est pas le sien.
Peut-être qu’un jour on cessera de voir la différence comme une menace, mais comme une opportunité d’élargissement de nos êtres.
C’est comme ça que je suis rentrée dans le groupe, comme on rentre à la maison.
Heilung et Elzear
Depuis quelques années tu es chanteuse au sein du groupe Heilung. Finalement c’est très cohérent, notamment après ton travail sur des chants anciens, et leur attrait pour les textes anciens. Mais comment s’est fait cette rencontre et cette intégration ?
J’ai découvert Heilung en 2017 avec la vidéo live de leur concert à Castelfest. En 2019 ils ont publié sur facebook une annonce pour passer une audition. Ils recherchaient des performers pour leur tournée d’automne en Europe. J’ai été sélectionnée par vidéo, et lors du premier concert que j’ai fait avec eux la rencontre a été évidente et chaleureuse. C’est comme ça que je suis rentrée dans le groupe, comme on rentre à la maison. Ils et elles m’ont embarquée dans cette folle aventure avec confiance et de générosité.
Tu as monté également un spectacle nommé “Elzear” avec la compagnie équestre “les chevaux célestes”. Il y a là aussi d’ailleurs une certaine cohérence avec le côté céleste qui rejoint ton nom d’artiste. Là aussi, je suis curieux de savoir comment s’est faite cette rencontre ? Est-ce que tu avais déjà une passion pour le domaine équin ?
J’ai toujours aimé les chevaux, mais c’est surtout la rencontre avec Céleste Solsona la directrice de la compagnie qui a déterminé cette collaboration. Son approche centrée sur une écoute radicale de la vie sauvage et du vivant est très inspirante. Grace à elle j’ai pu beaucoup apprendre sur les modes de communication pour entrer en connexion avec les chevaux, basé sur les émotions, les gestes et le toucher. Loin du tumulte et du bruit constant, c’est souvent le silence qui permet de se relier à ce qui est différent ou plus vaste que nous. Intéressante perspective pour une chanteuse !
Rien ne dure pour toujours, on danse en équilibre…
Mira Ceti
Parlons de tes projets personnels. Tu as sorti récemment le titre “Kukal Rože Ratilio”, que Mark d’Eihwar nous indiquait avoir beaucoup aimé. Est-ce que tu peux nous en dire plus au sujet de ce titre et de sa conception ?
Ce morceau est basé sur un chant traditionnel lituanien du solstice d’été. Avec n.hir (qui est le producteur avec qui je travaille depuis mon premier EP en 2017) on a voulu montrer le côté lumineux de cette célébration. Du coup c’est un titre plutôt dansant, mais toujours avec un aspect cérémoniel apporté par les cloches et une connexion aux profondeurs avec les glides de synthé et les basses un peu râpeuses. Parce que le solstice d’été, tout en étant la nuit la plus courte, est aussi le moment où on bascule insensiblement vers les ténèbres ! Rien ne dure pour toujours, on danse en équilibre…
Je n’ai pas l’envie de me pencher sur la création d’un album, qui peut être très longue, mais plutôt de refléter l’énergie du moment.
Est-ce qu’il annonce un successeur à ton dernier album “Himest Mesi” ?
Il va y avoir effectivement plusieurs sorties cette année, mais pas d’album en perspective. On a décidé de faire plutôt des formats courts : single ou EP. Personnellement je n’ai pas l’envie de me pencher sur la création d’un album, qui peut être très longue, mais plutôt de refléter l’énergie du moment.
Comment se passe la collaboration avec n.hir pour les compositions, comment vous vous répartissez les rôles ?
En général, je viens avec un chant, une mélodie ou une idée et on commence à réfléchir à la prod à partir de là. n.hir fait des propositions, ensuite on fait ensemble un arrangement global et on cisèle petit à petit. Il apporte toujours des détails qui font entrer le son dans une autre dimensions. J’enregistre les voix chez moi, et lui se charge du mix et du mastering. C’est très organique et complémentaire comme manière de travailler… Et même si on a nos spécialités, on fait des incursions dans le domaine de l’autre, ce n’est pas cloisonné. Récemment par exemple on a commencé à intégrer sa voix dans certains morceaux.
J’utilise ce qu’on appelle en technique vocale la voix mixte.
Avec les différents styles que tu as expérimenté, les expériences culturelles sur la voix, les enseignements que tu as reçu, comment définirais-tu ton style maintenant ?
J’utilise ce qu’on appelle en technique vocale la voix mixte. Mais comme toute chanteuse j’ai surtout développé une approche personnelle, construite par mes diverses expériences et qui peut changer. Je ne me sens pas figée dans un style, parce que la voix évolue avec l’âge, les inspirations, les choses qu’on vit… J’essaye juste d’être à l’écoute de ma voix et de ce qu’elle veut dire.
Est-ce qu’il y a une émotion particulière, ou un état particulier, que tu cherches à éveiller auprès des personnes qui t’écoutent ?
Je ne cherche pas à éveiller un état particulier chez les gens mais plutôt à partager ce que je vis quand je chante. Pour moi l’expérience du chant est parfois une méditation, parfois l’expression d’une puissance, une grande joie ou une souffrance. Ce qui est sûr c’est que je travaille pour que ma voix soit fluide et libre d’exprimer tous ces états. Ensuite les gens prennent ce que j’ai à offrir, à l’instant et l’endroit où c’est donné….
Mira Ceti, les futurs projets
Est-ce que tu peux nous en dire plus sur tes futurs projets, et les futurs concerts ?
Je travaille sur une nouvelle forme live donc il y aura des concerts cette année, mais il est trop tôt pour les annoncer. Il y aura aussi la sortie de clips et d’un EP.
Je fais partie de la team paillettes ça c’est certain !
Eihwar
On parlait d’Eihwar tout à l’heure. Dans l’interview qu’ils nous ont accordé, ils nous conseillaient de t’interviewer, et de te poser une question. Alors je la pose, tu pourras comme cela y répondre et nous en dire un peu plus sur le contexte autour de cette dernière : Fais-tu partie de la team “Monoï à Paillettes” ou pas ?
Je fais partie de la team paillettes ça c’est certain ! Je ne peux pas résister à un costume qui brille ! Et pour le monoï pailleté c’est une spécialité d’Asrunn, sa botte secrète qui la rend irrésistible. Je suis personnellement fan de ce détail qui révèle tout le côté décalé d’Eihwar…. Je pense que vous l’aurez compris avec leur interview, mais au-delà de leur don pour mettre le feu à la scène ils ont aussi un talent développé pour le second degré.
Interview réalisée par Arnaud Guignant
Retrouvez Mira Ceti sur son site internet