Le Plan, Ris Orangis, 18 heures. C’est dans un esprit d’effervescence que nous retrouvons Going Forward en ce 29 mai 2026, à quelques heures de la release party qu’ils préparent depuis plusieurs semaines. Nouvelle formation, nouvel EP et nouvelle couleur musicale : le groupe de métal alternatif francilien se confie à HexaLive sur ses Reflections, celles qui les animent et celles qu’ils aimeraient porter jusqu’au sommet de la scène française.
Les garçons, bonjour. On est le 29 mai et dans quelques heures seulement vous présenterez votre premier EP sur scène à l’occasion d’une release party qui s’annonce explosive. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Stressés ? Impatients ?
Impatients surtout, notamment à l’idée d’interpréter aussi bien des morceaux qui sont sur la set-list depuis longtemps que des nouveaux morceaux. Ça fait plaisir de les jouer ensemble maintenant qu’ils sont tous officiellement sortis et que l’on a bien bossé pour les faire sonner au mieux !
Et on a surtout hâte parce qu’ici, au Plan, on joue sur notre terrain. Le public qui vient ce soir, on les connaît pratiquement tous, ils sont pratiquement tous déjà venus nous voir en concert, donc on sait qu’ils vont être à fond derrière nous. Pas de stress donc, mais de l’excitation et de l’impatience avant tout !
Ce n’est pas le morceau sur lequel on aurait misé et ça marche, donc c’est un signal positif !
Alors si on est ensemble aujourd’hui c’est avant tout pour parler de votre nouvel EP, Reflections, qui est sorti le 20 mai 2026. Il se compose de 5 titres dont les derniers ont été présentés au public il y a quelques semaines seulement. Comment l’EP a-t-il été reçu par vos auditeurs depuis sa sortie ? Est-ce que vous êtes satisfaits pour l’instant de l’accueil qui lui est réservé ?
C’est une grosse surprise pour nous car l’EP a été très bien reçu ! On ne s’attendait pas à voir autant d’engouement autour de certains morceaux, comme Untouchable notamment qui est arrivé parmi nos morceaux les plus écoutés en sept jours seulement. Ce n’est pas le morceau sur lequel on aurait misé et ça marche, donc c’est un signal positif !
Red flag, le dernier morceau que l’on a sorti, a été une belle surprise aussi puisque nous n’avons eu que des bons retours, aussi bien sur le son que sur le clip qu’on a réalisé nous-mêmes, donc on est très contents de l’accueil qui lui est réservé.
Cet EP chez Hexalive on l’a écouté, on l’a apprécié et on aimerait bien en savoir un peu plus sur son histoire. Depuis quand est-ce que vous travaillez sur Reflections, pourquoi ces morceaux et pas d’autres de vos créations sur la tracklist et surtout, qu’est-ce qui se cache derrière son titre ?
Cet EP, c’est avant tout une certaine forme d’introspection et, surtout, une peinture, une critique d’une société toujours plus individualiste. Des morceaux comme Red Flag ou Untouchable abordent justement ce thème-là.
On travaille sur cet EP depuis un long moment, sachant que le premier morceau que nous avons composé était My Reflection, il y a bien un an et demi, voire deux ans. Avec les changements de line-up, les collaborations que l’on a pu faire, cet EP voit enfin le jour et c’est une fierté !
Pour ce qui est des morceaux, notre choix s’est porté sur ceux qui paraissaient le plus pertinents et que l’on appréciait le plus. On a pu pas mal tester nos morceaux avec le public pour voir ceux qui marchaient le mieux, ce qui a aussi pu nous aiguiller dans notre sélection.
Et pourquoi ce titre, du coup ?
D’abord, parce qu’il va avec le morceau My Reflection, le premier que l’on a composé. Ensuite, parce que l’on vit aujourd’hui dans une société où le paraître nuit beaucoup à l’être humain, et il nous paraissait donc primordial d’aborder ce sujet, celui de l’importance laissée à notre image de nous-mêmes et à notre volonté de rejeter ce poids.
On vous suit depuis un moment déjà et avec les singles sortis en 2025 et cet EP, on a pu remarquer pas mal de changements dans les sonorités de Going Forward. Là où on vous aurait plutôt rangé à vos débuts du côté du punk-rock, on retrouve sur Reflections de plus en plus d’éléments empruntés au métal. Est-ce une volonté assumée de votre côté de conquérir cette scène ?
Oui, c’est une démarche totalement assumée ! À ses débuts, le projet était essentiellement basé sur des codes très punk-rock, très pop-punk. Avec l’évolution du projet et les changements au sein de la formation, notre vision a évolué aussi et on a voulu se lancer dans quelque chose qui nous ressemble d’avantage, tant en tant que groupe qu’individuellement, puisqu’on est tous auditeurs de musiques extrêmes.
On a quand même essayé d’y aller progressivement, en conservant notamment des morceaux comme Untouchable et Drown, pour ne pas mettre de côté nos origines, et on est assez contents de ce que l’on a réussi à produire sur cet EP. On voulait quand même garder ce côté cool et good vibe du punk-rock tout en s’orientant progressivement vers des sonorités plus typées “métal”, dans un souci aussi d’accessibilité et de bonne communication avec le public. Cet ADN, on y reste attachés et c’est intéressant de voir le mélange que cela peut donner avec les musiques plus extrêmes que l’on aime écouter.
Parmi les nouveautés plus “métal” du coup de cet EP on a le scream, Mathis (chanteur et guitariste du groupe) je me tourne vers toi pour cette question : quel a été ton processus de travail pour arriver à maîtriser cette technique vocale qui, on le sait, demande pas mal d’entraînement ? Est-ce que tu as appris par toi-même ? Est-ce que tu as pris des cours ? Comment voudrais-tu faire évoluer ton scream aujourd’hui ?
Mathis : C’est une question assez complexe ! J’ai pris des cours de chant clean pendant deux ans, puis, comme pour beaucoup avant moi, j’ai appris le scream un peu par moi-même, en testant des choses à la maison, dans la voiture et en procédant par élimination. Au cours de ce processus, j’ai pu voir ce qui marchait ou non, ce qui me faisait mal et qui était donc à éviter, puisque si tu te blesses dès ton premier concert, ça va être compliqué d’assurer les trois ou quatre dates suivantes. C’est beaucoup de travail et de temps passé à perfectionner mon scream au quotidien.
Aujourd’hui, j’aimerais bien augmenter un peu mon range de techniques maîtrisées, puisque pour l’instant je marche principalement avec la compression vocale, même si pour être honnête je sais ce qu’il se passe à l’intérieur, mais je ne sais pas toujours forcément le nommer précisément. J’aimerais bien aller vers des sonorités un peu plus typées fry, à l’image de celles que l’on peut retrouver par exemple chez Sam Carter, le vocaliste d’Architects, qui est un excellent screamer. D’ailleurs, allez écouter Architects (rires) !
Écrire en français, c’est difficile, parce que c’est notre langue natale mais aussi car l’écriture doit être vraiment ciselée pour plaire au public, surtout sur une scène métal où le français sonne rapidement stéréotypé.
Pour ce qui est de l’écriture, on est sur un EP dont les morceaux sont entièrement chantés en anglais. C’est le créneau majoritaire sur la scène métal alternatif aujourd’hui, mais pour l’avenir est-ce une position que vous souhaitez conserver ou est-ce que, à l’image de groupes comme Landmvrks ou Rise of the Northstar, vous aimeriez intégrer du français sur certains morceaux, certains feats peut-être ?
C’est une question que l’on s’est déjà posée effectivement, qui pourrait être assez pertinente pour le projet. Mais c’est une direction qu’il va falloir vraiment travailler si on choisit de l’emprunter, car on a aujourd’hui en France le groupe Landmvrks qui le fait extrêmement bien et on ne veut pas tomber dans un effet d’imitation. C’est une discussion à avoir et une réflexion à travailler pour l’avenir.
Écrire en français, c’est difficile, parce que c’est notre langue natale mais aussi car l’écriture doit être vraiment ciselée pour plaire au public, surtout sur une scène métal où le français sonne rapidement stéréotypé. Là où la France est moins une terre d’instrumentales, elle est une terre de texte, de poésie, de chanson, ce qui met une vraie pression au niveau de la qualité de la plume.
On intègre aussi à notre musique des parties de plus en plus rap, que l’on retrouve aussi chez Landmvrks et chez d’autres groupes comme Rise of the Northstar par exemple, ce qui a été assez décrié au début mais que l’on aime et qui a aujourd’hui réussi à s’imposer.
On parlait tout à l’heure des nouveautés en termes de direction musicale apportées par Reflections, autre nouveauté marquante pour Going Forward en 2026 c’est un changement dans la formation avec l’arrivée d’un nouveau batteur.
Thibaud (batteur du groupe) je me tourne vers toi du coup, est-ce que tu peux nous raconter ce qui t’a donné envie de travailler avec Going Forward ?
Going Forward, c’est un groupe que je connais depuis très longtemps. Mathis m’avait contacté en 2021 pour intégrer le projet, mais, à l’époque, la direction artistique pop-punk ne me parlait pas vraiment donc j’avais décliné la proposition. Mais avec le changement d’esthétique à venir et la direction plus métal prise par le groupe, je m’y reconnaissais plus. J’ai suivi tout ce que faisait Going Forward pendant 5 ans et j’avais déjà pu travailler avec Thomas (bassiste du groupe), donc c’était plus facile pour moi de rentrer dans le projet et de comprendre ce qui était attendu de moi.
La grande nouveauté, c’est que l’on arrive aujourd’hui à composer tous ensemble, ce que l’on ne faisait pas avant.
Et du coup, quels ont été les défis pour toi en arrivant dans un groupe déjà installé avec des morceaux déjà sur les plateformes, une identité déjà bien affirmée ? Comment est-ce que tu as travaillé pour que, seulement quelques mois après ton arrivée, vous puissiez sortir cet EP et faire cette Release Party sereinement ?
Thibaud : Déjà, c’est un style de musique que j’aime et que je travaille depuis longtemps. Ensuite j’ai dû mettre des choses en place pour arriver à atteindre ce que le groupe voulait d’un point de vue technique. Je pense notamment au travail de la double pédale, que je faisais un peu, mais de manière pas assez exigeante à l’époque. J’ai tout retravaillé à l’oreille à partir des tracks, en essayant d’ajouter ma couleur de jeu aux morceaux. Les gars m’ont beaucoup accompagné et aidé, on a eu une super communication aussi bien sur les attentes que sur mes propres limites entre le niveau que je voulais atteindre et celui que je pouvais donner. Et on a fini par trouver un bon équilibre à ce niveau-là !
Mathis : L’arrivée de Thibaud a apporté quelque chose de nouveau, une pâte très cool avec sa vision de la batterie, qui a été un vrai plus pour le projet !

Je vous propose qu’on reparle de l’EP de manière un peu plus générale. Est-ce que vous pourriez nous expliquer un peu ce qui vous inspire dans votre écriture, le message que vous souhaitiez faire passer avec Reflections et surtout nous parler de votre processus créatif, de votre manière de travailler ?
Pour ce qui est du message, on vit aujourd’hui dans une société où les gens ne se parlent pas, sont centrés sur eux-mêmes et nous, ce que l’on défend, c’est le retour à une communauté soudée, à plus d’écoute, d’ouverture et d’acceptation les uns envers les autres. Pour ce qui est du processus créatif, Mathis (chanteur et guitariste du groupe) arrive avec des démos, des structures guitare/batterie déjà en place. Une fois ces démos validées, il pose des voix dessus, et il arrive qu’au final le morceau ne nous plaise plus à cette étape, donc on refait le processus jusqu’à ce qu’il se sente à l’aise pour poser le chant.
La partie la plus compliquée reste l’écriture des paroles : parfois ça vient en une heure ou deux, et parfois ça peut nous prendre plusieurs mois pour finir un morceau. Ceux qui parlent d’introspection sont par exemple un peu plus compliqués à écrire que ceux où l’on partage des convictions, des valeurs à défendre.
La grande nouveauté, c’est que l’on arrive aujourd’hui à composer tous ensemble, ce que l’on ne faisait pas avant et que l’on a pu expérimenter sur le morceau « Light a flame » que l’on va interpréter ce soir. Et il n’y a pas meilleure manière de composer que lorsque chacun apporte sa pâte et que l’on obtient à la fin un morceau qui nous ressemble vraiment et avec lequel on sort du studio en se disant « voilà, ça c’est Going Forward ! ».
De la toute première brique du projet à la release party d’aujourd’hui, tout a été fait en indépendant, ce qui est à la fois génial car nous avons pu avoir le contrôle total de nos idées, mais qui demande aussi de savoir porter une quantité innombrable de casquettes différentes (…)
Et du coup, maintenant que l’EP est sorti, est-ce que vous pourriez nous parler des principaux défis qui se sont présentés à vous dans sa création ? Des petites galères que vous avez pu rencontrer (puisqu’on sait que produire de la musique, ce n’est pas de tout repos !) et de la manière dont vous avez réussi à les surmonter ?
C’est dur de choisir par quelle galère commencer (rires) ! On a pu rencontrer des galères de tous types, déjà dans l’enregistrement de l’EP. Avec la nouvelle direction artistique, les morceaux nous ont demandé une certaine exigence en termes de maîtrise et de technique. La réalisation de contenu a demandé beaucoup d’investissement également, puisque nous proposons aujourd’hui au public un EP de cinq titres accompagnés de cinq clips sur lesquels nous avons passé beaucoup de temps, notamment Thomas (bassiste du groupe).
On a aussi eu des galères en termes de timing, avec un calendrier et un planning prévisionnel qui ont pu être compliqués à accorder, mais c’est notre premier EP et ça a été une bonne manière d’apprendre et d’acquérir de l’expérience pour les prochains projets.
De la toute première brique du projet à la release party d’aujourd’hui, tout a été fait en indépendant, ce qui est à la fois génial car nous avons pu avoir le contrôle total de nos idées, mais qui demande aussi de savoir porter une quantité innombrable de casquettes différentes et d’apprendre sur le tas. Tout part de nous, de la composition à l’enregistrement en passant par les clips et la communication. On a la chance d’être entourés par des gens exceptionnels qui ont pu nous aider, qui sont avec le temps devenus des amis. Mais produire un EP en totale indépendance, ça reste un sacré défi !
La réalité du terrain qui nous rattrapés, c’est le poids des questions de budget, que l’on peut tout de même bien alléger lorsque l’on a une prod’ derrière. Donc l’idée serait à terme d’être accompagnés sur ces aspects, mais de garder sous notre contrôle toute la partie d’idéation et de création qui fait aujourd’hui la force de Going Forward.
On aimerait bien remplir encore plus l’agenda car c’est ce qui nous fait kiffer
En ce qui concerne vos ambitions, dans quelques heures vous ferez donc votre release party, mais ensuite ? Qu’est-ce que l’on peut attendre de la part de Going Forward dans les mois à venir ?
Un max de concerts, on espère ! On en a déjà quelques-uns de prévus, mais on aimerait bien remplir encore plus l’agenda car c’est ce qui nous fait kiffer et qui nous permet de bien maîtriser nos morceaux, en plus de les partager avec le public. Également des nouveaux morceaux, puisque l’on est dans une grosse phase de composition et que l’on réfléchit déjà au prochain EP.
On a également des festivals prévus cet été, si vous voulez venir nous écouter ! Et une tournée sur laquelle on travaille pour l’année prochaine, après s’être bien concentrés sur l’EP cette année, dans l’objectif de nous faire identifier de mieux en mieux sur la scène que l’on souhaite conquérir, notamment à l’échelle locale, ici, en Île-de-France.
La scène métal française est plutôt bien développée aujourd’hui, on a la chance d’avoir d’excellents groupes bien représentés à l’international, avec quels artistes aimeriez-vous à l’avenir pouvoir collaborer, que ce soit sur des feats, des premières parties, des festivals, etc. ? Et votre line-up parfaite pour un festival 100% métal français, ce serait quoi ?
Évidemment Landmvrks, qui reste la référence aujourd’hui sur la scène métal alternatif française ! Mais on pense également à d’autres groupes que l’on aime beaucoup, comme Aurore, plus hardcore mais que l’on apprécie particulièrement dans le groupe, mais aussi Rise of the Northstar, Ashen, Revnoir ou encore Resolve, beaucoup de groupes que l’on a pu voir ici, au Plan, sur la scène du We Metal Fest.
Et pour notre line-up parfaite d’un festival de métal 100% français, eh bien il suffit de prendre tous ceux que l’on vient de citer avant !
Notre interview touche à sa fin, merci beaucoup de nous avoir accordé votre temps. Avant de vous laisser filer sur scène, on a une dernière question pour vous : si vous deviez convaincre nos lecteurs d’écouter Going Forward en une phrase, vous leur diriez quoi ?
“C’est indé, c’est sincère, c’est local, et c’est vraiment fait avec le cœur !”
Soprettyrocker (Instagram)