Mike Noégraf

Salut à toi, ô grand ami lecteur qui dévore mes articles avec une ferveur presque inquiétante (oui, oui, je te vois, même si tu ne le sais pas encore… tu es accro, et c’est irréversible).

Aujourd’hui, je te raconte une histoire. Mon histoire…

Celle d’une métalleuse frustrée, privée de Hellfest cette année, qui a trouvé consolation au festival Jolly Roger, dans l’antre surchauffé du Bateau Ivre à Tours. Un line-up à faire pâlir les plus endurcis : du son qui déboîte, des riffs à s’en décoller les tympans, et des pits où l’on perd ses dents avec le sourire. Bref, le paradis.

Sauf que la canicule, elle, n’a pas fait de cadeau. Alors j’arrive en avance, parce que même en enfer, une bière pression bien fraîche, ça reste une bénédiction. Et puis, il y a cette chaleur étouffante, ces murs qui suintent, et surtout… cette bête d’affiche de hardcore. Et Mike Noégraf, auteur-compositeur-interprète lyonnais en première partie. De la folk.

Là, je t’avoue, mon cœur de métalleuse a failli s’arrêter. La folk, j’aime bien… mais ce soir, j’étais venue pour du métal un peu violent (rien qu’un peu), pour des guitares saturées à en faire trembler les fondations et des corps qui s’entrechoquent. Pas vraiment pour un gars seul avec sa guitare acoustique, non ? Si ? Bon ok ! 

Je suis curieuse (évidemment !) et je respecte par dessus tout l’homme qui va ouvrir, à lui tout seul, avec sa b*** et son couteau, un festival de hardcore (avec Hatebreed et les Satanic Surfers…). Faut le faire ! 

On est là, on est chauds. Alors on écoute.

Et c’est là que tout bascule.

Dès les premières notes, tout s’arrête. Mes repères changent et mes sensations aussi. Mike Noégraf caresse les cordes comme s’il avait signé un pacte avec le diable (ou avec les dieux de la mélodie, au choix). Sa guitare électro-acoustique dégage une chaleur presque physique, un son si enveloppant qu’on se surprend à fermer les yeux, comme pour mieux s’y noyer. « Bah ouais, c’est ça la vie… mais t’inquiète, je fais un bout de chemin avec toi. » Il te prend par la main, il t’emmène. Point.

Son timbre de voix, à la fois juvénile et d’une précision chirurgicale, te transperce. Chaque note est juste. Chaque mot pèse son poids. Je reste sans voix. Juste là, à écouter. Les bras m’en tombent. 

Et c’est pas fini.

Après une reprise de Basket Case réinventée d’une manière qui m’a laissée K.O., il enchaîne de nouveau avec ses propres compositions. Puis, sans crier gare, le temps de la dernière chanson est venu.

Il débranche sa guitare. Descend de scène. On est une trentaine de tatoués comme des cartes routières, un peu perdus dans ce moment de grâce. Il nous explique, la voix un peu tremblante, qu’il a longtemps cherché LA manière de remercier les personnes qui prennent le temps de l’écouter et de participer à ce qu’il fait. Pour lui, descendre dans le public pour une chanson est la meilleure façon de le faire. « Et ce soir, j’ai envie de le faire. Juste… merci. »

Et là, il se met à chanter Moving West.

Une mélodie si pure qu’elle te fend l’âme en deux. Les paroles ? Parfaites. Pour une fois, une chanson en anglais qui veut dire quelque chose. Des mots qui résonnent, qui collent à la peau.

Et puis, le coup de grâce : tout en jouant, il tourne sur lui-même. Il nous regarde, un par un, droit dans les yeux.

Au premier tour : on baisse les yeux, gênés.

Au second tour : on le regarde dans les yeux et on ne détourne pas la tête, émus.

Au troisième tour : les visages se ferment, se décomposent. Des larmes montent, certaines descendent… D’autres s’arrêtent de justesse.

L’histoire ne dit pas à quel tour je me suis arrêtée.

Ce soir-là, j’ai vécu un de ces moments qui marquent à vie. Comme le jour où j’ai reçu mon premier poster de Jason Newsted, qui trônait fièrement au-dessus de mon lit d’ado. Ou comme ce premier baiser avec Anthony, 10 ans, le joli blond de la pistache (si jamais tu passes par ici, salut à toi).

Un moment vrai. Brut. Intense.
Exactement comme j’aime.

Et ben tu vois, ce soir là, j’étais pourtant prête à prendre quelques claques… mais alors celle-ci… je ne l’ai pas vue venir. 

Et en plus… j’ai tendu l’autre joue…

Axl Aire

Les artistes dont on parle

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *