Aujourd’hui, j’ai décidé, le temps de ces cinq concerts d’Indochine, de quitter le monde des grosses guitares saturées et des batteries qui tabassent afin de te raconter cette tournée incroyable que j’ai eu l’occasion de vivre.
Viens, je t’emmène dans un monde de cotillons, de paillettes et d’une scénographie qui te fait retomber en enfance le temps de quelques heures.
Je te parle d’un groupe fort de 45 ans de carrière, qui respecte son public et qui prône des valeurs comme le respect des différences et le vivre-ensemble…
C’est donc sans accréditation, mais avec l’envie sincère de te raconter ce qu’Indochine a prévu pour l’Arena Tour, que j’écris cet article.
Les brèves présentations
Mais pour commencer, faisons un saut dans le passé et reprenons les présentations.
Nous sommes en 1959, à Antony, où naissent les frères jumeaux Sirkis : Nicola et Stéphane, qui seront à la base d’Indochine.
Durant les années soixante-dix, les garçons sont en pensionnat catholique jésuite près de la frontière belge. Il leur est alors difficile d’accéder à la culture rock de l’époque. À l’aide d’un poste radio bricolé en cours de technologie, ils parviennent à s’ouvrir un peu au monde et à écouter Pop Club, l’une des rares émissions diffusant du rock sur les ondes françaises. Car oui, rappelons-le, les artistes populaires de l’époque s’appellent entre autres Annie Cordy, Sheila ou encore François Valéry.
À 16 ans, Nicola s’essaie à la composition avec un carnet intitulé « Écritures et phantasmes ». Les jumeaux, curieux de musique rock, s’intéressent à des artistes comme David Bowie ou Patti Smith, qui abordent déjà le thème de l’androgynie — un sujet qui deviendra un marqueur important du groupe.
Ces années d’internat, où la vie est difficilement supportable, permettent à Nicola de développer son imaginaire. La naïveté et l’innocence de l’enfance deviennent des thèmes récurrents, en opposition à un monde adulte perçu comme rempli de mensonges et d’éphémère. Ses premiers textes parlent de cette adolescence pleine de questions, avec une mélancolie universelle, que l’on soit né en 1959 ou en 2026.
Après un passage à Bruxelles, le retour à Paris marque la séparation des jumeaux, jusque-là toujours dans la même classe. Nicola, n’ayant pas obtenu son bac, intègre le lycée privé Saint-Sulpice, tandis que Stéphane rejoint le mouvement des « anarchistes baiseurs ». Nicola, de son côté, s’engage auprès d’Amnesty International, qu’il quittera par désaccord face à certaines injustices, notamment celles touchant les prisonniers homosexuels.
Puis vient le moment de la révélation : un concert des Clash. L’énergie, le look, l’attitude… tout lui parle. Il adopte alors une esthétique punk.
En 1978, lors du passage du groupe en France, Stéphane, présent dans les équipes de sécurité, place Nicola au premier rang. Une seconde claque. À partir de 1979, Nicola enchaîne les petits boulots pour s’acheter des instruments : c’est acté, il veut devenir musicien.
Indochine au commencement
À partir de 1981, Nicola fait évoluer sa passion pour le punk. Avant Indochine, il passe par le groupe Les Espions, où il rencontre Dominique Nicolas. Peu à l’aise au chant, on lui conseille d’écrire des textes volontairement abstraits.
Après quelques répétitions, ils quittent le groupe et fondent Indochine. Les débuts se font dans une voiture, où naît notamment « Françoise (qu’est-ce qui t’a pris ?) ».
Ils recrutent ensuite d’autres membres, dont Dimitri Bodiansky, saxophoniste peu expérimenté en solfège, mais qui séduit tout de même Nicola.
Les premiers concerts au Rose Bonbon sont difficiles : leur musique est moquée, et Nicola est perçu comme arrogant, alors qu’il cache simplement sa timidité et son stress.
En 1982, le nom Indochine est adopté, en hommage à Marguerite Duras. Malgré des débuts compliqués, la persévérance finit par payer : le groupe s’impose, notamment grâce à « L’Aventurier ». Ils assurent même des premières parties pour Depeche Mode.
Leur univers, à la fois nouveau et mystérieux, séduit particulièrement les adolescents, qui deviennent leur public le plus fidèle. Nicola s’impose comme une véritable locomotive : un rêveur qui cherche avant tout à faire rêver les autres.
Indochine s’impose dans le domaine musical : ils enchaînent les succès et construisent une identité unique, portée par l’alchimie entre les deux frères. L’Indomania est lancée : une ferveur rare s’empare d’une génération entière, transformant chaque concert en véritable déferlante.
Sur scène comme en studio, Stéphane devient un pilier du groupe, apportant une énergie et une sensibilité qui façonnent durablement son son.
Mais derrière cette ascension, les années passent et les épreuves s’accumulent. Dans les années 90, le groupe traverse des périodes plus difficiles. Puis, en 1999, tout bascule : Stéphane décède des suites d’une hépatite C. Indochine perd un guitariste, mais Nicola perd son frère, son partenaire, une partie de lui-même.
Et pourtant, contre toute attente, le groupe ne s’arrête pas.
Il faudra du temps, du courage et une reconstruction intime pour retrouver un souffle. Puis arrive 2002, avec un album qui change tout : Paradize. Porté par des titres devenus incontournables comme « J’ai demandé à la lune », le groupe retrouve une popularité immense et touche une nouvelle génération.
À partir de là, tout s’accélère.
Les albums s’enchaînent — Alice & June, La République des Météors, Black City Parade, 13, puis Babel Babel. À chaque sortie, le groupe évolue, se renouvelle, tout en restant fidèle à son identité. Les tournées deviennent toujours plus ambitieuses, les scénographies plus impressionnantes, et le lien avec le public ne cesse de grandir.
Car Indochine, ce n’est pas seulement des chansons. C’est une relation. Une fidélité rare entre un groupe et son public. Une communion qui traverse les générations, où anciens fans et nouveaux venus se retrouvent dans une même énergie.
Et puis il y a ces chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Des stades remplis, des tournées complètes en quelques heures, et un public toujours plus présent, toujours plus engagé. Indochine ne suit pas les tendances : il les traverse, les dépasse, et continue d’écrire sa propre histoire.
Jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à cette tournée qui marque une nouvelle étape.
Une tournée où tout change d’échelle.
Je vous souhaite donc la bienvenue dans l’Arena Tour.
L’ARENA TOUR
Maintenant que les grandes lignes sont posées, place au présent. Nous sommes là pour parler de ces dates que j’ai eu la chance de vivre à l’Accor Arena.
Douze concerts complets, près de 150 000 spectateurs : le groupe met tout le monde d’accord.
Le logo est repensé pour intégrer le « A » d’Arena à la croix emblématique d’Indochine, avec une esthétique qui rappelle presque celle des Avengers.

C’est le moment. Je scanne mon billet. J’ai volontairement évité toute image pour ne pas être spoilée. Comme un enfant, je découvre.
La scénographie est incroyable.
Les moyens déployés sont impressionnants. L’Accor Arena se révèle sous un nouveau visage : un immense écran géant, proche du public, affiche la pochette réalisée par David LaChapelle. Une allée centrale mène à une scène avancée au cœur du public, permettant à chacun de profiter du spectacle, même à distance. Étant placée en fosse, je ne constaterai que plus tard que le sol est illuminé et clignote en fonction du jeu de lumières créé pour le show.
La lumière s’éteint. Le logo apparaît. Le public explose.
Le concert démarre avec « Babel Babel ». Les lumières scintillent, les confettis pleuvent. La magie opère immédiatement.
La première partie se déroule sur la grande scène avec « Victoria », « Le Chant des cygnes », « La Belle et la Bête », « Sanna sur la croix », accompagnée d’une immense croix en LED dessinée sur le sol, le plafond et l’écran géant.
Puis direction la scène centrale avec des titres plus anciens : « Salômbo », « Miss Paramount », « Punker ». Le public chante, danse, vit.



Puis, nous irons dans un moment de douceur et de beauté avec ce célèbre titre écrit par Mickey 3D, « J’ai demandé à la lune ». Toutes les mains sont en l’air, le public chante en chœur. Vous ajoutez à cela des bracelets couleur blanc sur fond noir, et se dessinera un ciel étoilé. Tous ces petits détails, mis bout à bout, vous donneront la puissance d’un grand morceau.
D’ailleurs, parlons de ce jeu de lumières : le travail est monstrueux, un dispositif complètement pensé pour cette tournée a été créé. Un bracelet muni d’un petit boîtier programmé en fonction du show light a été prêté au public, il y avait également un immense voile recouvrant le plafond et doté de cette même petite boîte, le tout synchronisé avec tout l’univers créé sur scène, mais Indochine pousse le détail encore plus loin, des bracelets posés sur les sièges inoccupés afin d’avoir l’immersion la plus totale.
Mais la surprise ne s’arrête pas là, car il pousse la performance encore plus loin avec presque 3 h de spectacle. On le sait, le groupe a un profond respect pour ses fans, cela se constate notamment au prix des places, et nous ne pouvons que dire merci pour cela.
À travers ces diverses dates, nous passerons avec eux des moments forts et parfois marquants, nous vivons leurs émotions, leur joie, leur rire et leur peine. Comme cette date du 27 février 2026, où l’émotion y était encore plus forte. Nicola nous rappellera que nous sommes à la date anniversaire de la mort de son frère, il y a déjà 27 ans….

Et pour cette journée si spéciale, je reverrais « Electrastar » sur scène, ce titre de l’album Paradize, opus qui m’est cher car j’ai adoré Indochine avec cet album. Ils inviteront donc Lou Sirkis et une version acoustique du morceau sera jouée.
Mais niveau émotion, ce ne sera pas tout, car une magnifique idée a été mise en place sur « Anabelle Lee », autre que le poème d’Edgar Allan Poe, Indochine a fait un appel sur les réseaux sociaux afin de demander à son public de leur faire parvenir des clichés de leurs proches défunts. Cette sublime chanson évoque la perte d’un être cher : l’effet est immédiat, les notes résonnent et, pour certaines personnes du public, les mouchoirs sont de sortie.
Mais le concert sait aussi rester festif, notamment sur « La vie est à nous », où quelques chanceux peuvent monter sur scène afin de taper sur de gros bidons qui serviront de tambours.
Plusieurs invités jalonnent la tournée, dont Sam Sauvage, Ana García Perrote et Lou Sirkis. Un partenariat avec France Télévisions permet même la retransmission du concert du 4 mars 2026 en direct.

Conclusion
Au fil des morceaux, entre montées en puissance et instants suspendus, quelque chose de profondément humain se crée.
On ne regarde plus un concert. On le vit.
Le temps semble s’effacer, comme si cette parenthèse pouvait durer encore, comme si personne ne voulait vraiment en voir la fin.
Toujours en gardant ces valeurs : vivre ensemble, d’acceptation de soi et de tolérance, Indochine rappelle, une fois de plus, à quel point sa musique dépasse le simple cadre artistique.
Bien que cette tournée fût éreintante pour les membres du groupe, cela ne se ressent jamais vraiment : sur scène, ce sont avant tout des rêveurs qui continuent, inlassablement, à vouloir nous faire rêver… et pour cela, ils sont terriblement doués.
Photos et chronique : Punky Photographe (Instagram)