Un pavé de bitume qui a sué le rock par tous les pores, voilà ce qui a secoué Brunoy ce samedi 30 mai. Pas de ces festivals aseptisés pour touristes en goguette, non, ici on parle d’artisanat de proximité, de celui qui sent la bière fraîche, les cordes rincées et la street food artisanale. Pour sa cinquième édition, le Bru’Noise n’a pas fait dans la dentelle et a enfoncé le clou sous la bannière hautement inflammable de l’association Rock The City.
Onze formations et projets, trois scènes jetées au milieu des rues et sur la place de la Mairie, et un mot d’ordre qui a claqué comme une évidence gratuite au nez du quotidien gris : Where we just rock. Autant vous dire qu’avec Hexalive, on n’allait pas rater l’occasion de traîner nos guêtres dans ce joli nid de frelons pour souffler ces cinq bougies à grands coups de larsens. Des riffs lourds des patrons d’Existance à la ferveur brute de Major Hellephant, la ville a tremblé au rythme de cette messe électrique et multigénérationnelle. Rangez les violons, sortez les bouchons d’oreilles, on vous embarque au cœur du brasier.
L’équilibre parfait : la rigueur du line-up, la ferveur de la rue
Maintenir la gratuité totale d’un événement en plein cœur de la ville tout en passant le cap de la demi-décennie relève du tour de force. Mais la véritable prouesse du Bru’Noise réside dans ce grand écart improbable, exécuté sans la moindre fausse note : proposer un festival profondément familial et d’utilité publique, sans jamais sacrifier l’exigence d’une programmation pointue et racée.
La sainte trinité des scènes
Pour digérer les propositions de cette cuvée 2026, l’espace urbain était découpé, à l’instar de l’an passé, en trois zones aux identités bien trempées, forçant le public à une réjouissante transhumance :
- The Mainstage (place de la Mairie) : Le centre névralgique, l’arène des grosses cylindrées électriques de 16h30 à 23h30. C’est là que la pierre a joliment souffert sous les assauts des décibels les plus lourds.
- The Church (parvis de l’Église) : Le contre-pied parfait. Un espace plus intimiste, presque solennel face à l’église non loin, idéal pour calmer le jeu ou au contraire transcender des propositions plus organiques et épurées.
- The Street (grande Rue Monmartel) : L’esprit rock de rue poussé dans son dénuement le plus total. Une scène unique, brute, habitée par un seul et unique homme venu prêcher sa parole à même le pavé ou presque, sans artifice ni barrière.
Un panorama sans concession : les forces en présence
Shot the Starfish
C’est à 16h pile sur la scène The Street que les premiers décibels du festival ont été lâchés. Le privilège d’ouvrir les hostilités revenait aux lycéens de Shot The Starfish (issus du Club Musique du lycée Talma), qui ont balancé un chaos punk-rock débordant d’une fraîcheur brute. Certes, le groupe est encore à ses débuts et l’énergie scénique cherche parfois son maximum, mais leur sincérité désarmante a touché au cœur. À tel point qu’une ado de 13 ans, pourtant peu cliente des guitares saturées à l’origine, lâchera ce constat implacable : “C’est mon groupe préféré de la journée, parce qu’ils sont vrais.” La vérité sort de la bouche de la relève.
Vintage Memory
À 16h30, essuyer les plâtres de la Mainstage sous un soleil de plomb n’avait rien d’un cadeau, mais les quinquas (no offense, j’en suis) de Vintage Memory ont géré l’affaire en patrons. Devant un public encore rare et réfugié à l’ombre, le groupe a déployé un jeu d’une précision chirurgicale et une présence scénique ultra-pro pour faire revivre les hymnes fondateurs des sixties. Une entrée en matière d’une grande classe. Un conseil : si ces gars-là passent près de chez vous, ne les loupez pas.
BuZZyPop, Queens Melody et Foolcircles
Pendant ce temps, de retour du côté de The Church, c’est d’abord BuZZyPoP qui est venu faire vibrer la corde sensible. Ce sympathique gang de vieux briscards, pur produit du coin, a réveillé les souvenirs à grands coups de classiques, piochant avec la même générosité dans les répertoires français et anglophones pour décrocher des sourires partout dans l’assistance. Juste après eux, les mecs et filles de Queens Melody ont pris le relais et prouvé qu’ils portaient leur nom comme un gant. Venus de Villeneuve-le-Roi, ils ont délivré un set de reprises pop/rock/funk ultra-cool et diablement entraînantes, propageant un groove communicatif qui a embarqué le public sans effort. Toujours entre les murs de The Church, de 19h à 19h45, le duo Foolcircles – flanqué d’un line up complété basse/batterie – est venu poser son grunge-blues expérimenté, habité et fondamentalement mélodique, maintenant idéalement la tension dramatique du début de soirée. Les habitués connaissent ce band qui, l’an passé, avait brillamment performé sur la Mainstage.
Sons of 1994
Cependant, la grande place a continué de se remplir sérieusement, aimantée par les décibels massifs de Sons of 1994. Le quartet a balancé ses covers grunge avec une puissance de feu et une maîtrise technique impeccables, accrochant instantanément une foule désormais compacte.
Major Hellephant
Puis est venue la claque, la vraie révélation de cette édition 2026, selon l’humble avis de votre serviteur. Les trois lascars de Major Hellephant sont venus administrer une leçon magistrale de power-blues teinté de stoner, prouvant au passage qu’on peut n’être que trois sur scène et occuper l’intégralité du spectre sonore. Sans être des superstars, armés de leurs propres compositions et d’une présence scénique au top, ils ont captivé la place. Mention spéciale au bassiste-chanteur, impérial en kilt et pieds nus, incarnant à lui seul l’énergie brute de ce set mémorable. Et allez, une autre mention spéciale pour le guitariste qui crée des mondes avec sa Telecaster. Et allez bis, une autre mention pour le drummer parce que, voilà, être le pilier d’un trio aussi prégnant, c’est de l’art.
The Red Right Hand
Pendant ce temps, la scène The Street se muait en confessionnal électrique à ciel ouvert. Seul maître à bord de cet espace urbain de 17h15 à 22h, Gregory F. a avancé masqué sous l’avatar de The Red Right Hand. Seul face à la rue, armé de sa guitare et de sa voix, il a livré une relecture épurée, sombre et profondément littéraire du répertoire de Nick Cave, hypnotisant les passants avec une tension dramatique nue qui n’avait rien à envier aux grandes scènes.

Seven Ages
Le duo francilien de Seven Ages a enchaîné sur la Mainstage avec une prestation millimétrée et d’un professionnalisme à toute épreuve. En s’appuyant sur des samples pour enrichir leur spectre, ils ont déployé leurs riffs massifs hérités de l’école QOTSA / Royal Blood. C’est puissant, propre, et ça donne envie de les revoir en salle. Seul bémol : difficile d’être visuellement captivant à deux sur une scène de cette taille, d’autant que la configuration partagée imposait une batterie en retrait. Musicalement, le contrat est largement rempli.
Existance
C’est dans cette arène blindée et chauffée à blanc que les patrons d’Existance ont porté l’estocade finale. Venus défendre leur tout nouveau brûlot Wildfire sorti en mars, les héritiers du Heavy Metal hexagonal ont prouvé qu’ils jouaient désormais dans la cour des grands. Ultra-solide, fidèle à la plus pure approche du genre, leur set s’est révélé d’une intensité aussi chirurgicale que jouissive pour les aficionados… et pour tous les autres, emportés dans le même trip électrique. Avec une présence scénique indéniable héritée de leurs tournées européennes, ils ont mis Brunoy à genoux, achevant de transformer cet anniversaire en un triomphe total. Une messe célébrée dans les larmes d’un public conquis et la fumée des amplis poussés à onze, évidemment.
Le douzième élément : un public en état de grâce
Mais si cette cinquième édition restera dans les annales, c’est aussi et surtout grâce à son douzième élément : le public. Toujours aussi cool, détendu et avenant, le peuple du Bru’Noise a transformé le centre-ville en une immense zone de vie intergénérationnelle. On a croisé des familles poussant des poussettes entre deux vagues de larsens (avec protections auditives bien sûr), des groupes d’amis de toujours, et surtout une quantité impressionnante d’adolescents. Qu’ils soient là, lookés, pour dévorer la musique au premier rang ou simplement pour le plaisir de se retrouver et de partager l’instant, tous ont insufflé une ambiance d’une bienveillance rare. Une immense réussite humaine.
Le mot de la fin
Impossible de refermer ce carnet de bord sans tirer un grand coup de chapeau à la municipalité de Brunoy pour cette brillante initiative annuelle qui tient la route depuis maintenant 5 ans. On salue également la grosse armada de commerçants de street-food, les bénévoles souriants, le collectif #NousToutes et les techniciens qui ont sculpté un son impeccable sur les trois spots.À ce titre, un grand merci et un immense bravo particulier doivent être adressés à Régis Harpocrate, coordinateur artistique et technique de cette édition. Faire cohabiter onze propositions si différentes et aligner les planètes logistiques sans la moindre fausse note relève de la haute voltige. Grâce à lui, et à toutes les équipes de l’ombre, ce rassemblement gratuit reste une expérience humaine et musicale vraiment cool. Longue vie au Bru’Noise, et à l’année prochaine !
Photos : Bruno Aressi (instagram)
Blabla : Stedim (instagram)
Revivez sur HexaLive l’édition 2025 du Bru’Noise
Bel article ! 🤩
Pas une trace du groupe Carbone dans cet article… C’est bien dommage, leur show était au top sur la Mainstage.