Disiz – on s’en rappellera pas

[Nouvelle chronique 1231] (as-tu la réf’ ?)

Nous voilà donc confrontés à cette énigme, cette nouvelle proposition de l’homme que l’on nommait jadis Disiz La Peste, et qui se plaît désormais à user de l’effacement comme d’un titre de gloire. Son dernier ouvrage, cet album-fleuve baptisé avec un panache troublant on s’en rappellera pas, est moins une collection de chansons qu’une vaste élégie, un long murmure sur la matière qui se délite. Pour l’heure, il est 3h33 et je ne dors pas… plus.

Le premier coup de force est l’abandon, presque solennel, du kickage – ce rap technique et nerveux qui fut sa jeunesse. L’album est un tournant définitif : Disiz y décline, y chante, y murmure, mais n’y rappe plus. Il a troqué la force du verbe pour la fragilité de la voix, conférant à ses textes une intimité douloureuse, presque mise à nue. On y entend la voix d’un homme qui, ayant épuisé le dictionnaire des colères, choisit la lucidité du déclin.

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Le second coup de théâtre tient dans la formule même du disque : vingt titres pour une durée qui n’excède guère les quarante-huit minutes (on y compte plusieurs interludes inspirés, bien évidemment). C’est le triomphe de la séquence courte, du fragment, de la pensée jetée à la hâte. Disiz use de la concision comme d’un art martial. Chaque morceau, rare au-delà de trois minutes, est une petite déflagration. Ce format est un clin d’œil cynique à notre époque, où l’attention se fait rare et coûteuse. Il rappelle que l’oubli ne se raconte pas dans de longues épopées, mais dans une succession de petites déchirures.

L’abandon de l’ego et du bruit pour l’éloge de la discrétion et de l’éphémère.

Et l’artiste de souligner cette rupture par la typographie même : là où son album précédent, L’Amour, criait l’ambition de chacun de ses titres en MAJUSCULES, le présent opus murmure sa sagesse, intégralement en minuscules : on s’en rappellera pas. C’est un acte philosophique fort : l’abandon de l’ego et du bruit pour l’éloge de la discrétion et de l’éphémère. C’est le passage du cœur battant à la sagesse mélancolique.

Le titre lui-même est une provocation : un memento mori posé sur une platine. Disiz nous libère du fardeau de la mémoire perpétuelle pour embrasser la valeur de l’instant.

… c’est de la métallurgie émotionnelle.

Musicalement, l’affaire est sérieuse. Ayant cessé de « compter les temps » de la rime, l’artiste s’est affranchi, laissant place aux emprunts à cette musique anglaise que l’on dit “shoegaze” – ce genre où l’on regarde ses chaussures, faute de pouvoir soutenir le regard du monde. Cela donne à l’album une patine sonore singulière : des guitares qui pleurent sans fin, des nappes synthétiques qui vous enrobent comme une fièvre douce. Ce n’est plus de la pop, c’est de la métallurgie émotionnelle.

Les critiques saluent la profondeur lyrique des textes, une prose qui alterne entre l’intime (la mère, les doutes) et la réflexion historique et sociétale.

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L’album est également un catalogue d’alliances qui ne répondent qu’à l’émotion, le chant étant la seule langue commune. La diversité des featurings est une preuve de la liberté de l’artiste :

Kid Cudi sur “try try try” : le miroir transatlantique. Rencontre fortuite mais fulgurante, Cudi renforce le côté mélodique et planant de l’album. C’est l’union de deux apôtres de la vulnérabilité.

Laurent Voulzy sur “surfeur” : la rencontre des temps. Voulzy, figure patrimoniale, apporte la chanson française qui a résisté au temps, soulignant le paradoxe de l’héritage face à l’éphémère.

Theodora sur “melodrama” : l’apport de lumière pop indispensable pour le single. C’est la preuve que la profondeur lyrique peut s’habiller d’une mélodie universelle.

Iliona sur babichou” : elle apporte sa douceur et sa singularité vocale, s’intégrant parfaitement au climat introspectif du disque.

Prinzly sur « fin » : au-delà de sa contribution à la production générale, son intervention sur ce titre précisément agit comme un point d’orgue scellant l’entente créative.

On raconte que le sieur a organisé l’écoute de son œuvre au Théâtre du Châtelet : non pas en concert tapageur, mais en silence recueilli. C’est bien là que réside le génie (ou la folie douce) de Disiz : transformer un produit de l’industrie en une cérémonie collective pour un disque qui se dévore d’une traite.

on s’en rappellera pas est cet objet rare que l’on remet sur la platine une fois le monde éteint, histoire de s’assurer que les choses précieuses – la poésie, la tristesse bien comprise, le chant fragmenté et le refus de l’abondance verbale – existent encore.

C’est un succès. Un succès qui a l’allure d’une défaite consentie.

Stedim (instagram)

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Il n’y a pas, pour l’heure, de clip officiel pour cet album. Il se pourrait bien qu’il n’y en ait point. A quoi bon ? On s’en rappellerait pas. Par contre, voici le clip du single « ton ventre » sorti durant l’été et absent du présent album. A quoi bon ? On s’en rap… ok.

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