Oui, 2021, j’emmerde l’actu et me fous des clics. La première écoute, c’était un soir de pluie, le genre où les mégots collent au cendrier et où la bière est tiède. J’ai mis ça, ce truc qu’ils appellent Crystal Throne. Un trône de cristal. J’ai préféré m’asseoir dans mon vieux fauteuil défoncé. Le trône, on sait tous qu’il est fait d’acier rouillé, de sueur et de promesses jamais tenues. Mais il fallait bien un nom qui claque, un truc qui brille, pour masquer l’odeur du local de répète.
Plus sérieusement, le constat est simple : ces types-là ont une putain de passion. Le genre qui te fait bosser à t’en faire saigner les doigts pour un truc que presque personne n’écoutera. Un disque de Heavy Metal Progressif. Un genre mort et enterré dix mille fois, mais qui continue de respirer sous la dalle.

La scène française, c’est souvent de la soupe ou du bruit. Joke. Eux, ils ont décidé de faire du NWOBHM – la Nouvelle Vague Britannique. mais d’établir le manifeste de la NWOFHM : Nouvelle Vague du Heavy Metal Français – si, si – et ça, ça me botte. Elle existe forcément cette nouvelle vague ! Ce son des années 80 qui envoyait la purée, celui d’Iron Maiden avant que les stades ne les rendent mous, celui de Priest quand ils mettaient encore le feu à tout ce qui ne disait pas non.
Faut être honnête, le disque est d’une virtuosité indécente. C’est le guitariste, Max Waynn, le type qui fait aussi des vidéos pour agacer la populace sur Internet, qui mène la danse. Il balance les riffs avec la précision d’un alcoolique qui sait encore viser sa bouche. Les solos sont partout. C’est technique, c’est mélodique, ça rend hommage. Une envie de « Cacophony » parfois et on ne lui en veut pas. Bien au contraire. C’est sa-tis-fai-sant – je dis ça pour les plus jeunes, là bas, au fond -. C’est le genre de musique que tu ne peux pas jouer si tu n’as pas passé tes vingt ans enfermé avec ta six-cordes au lieu de chercher une femme ou un boulot potable.
C’est rapide, c’est hargneux. C’est la sincérité des mecs qui ont tout donné pour le culte, et non pour le chèque.
Sur des titres comme « Mechanical Tyranny » ou « Rise to Glory », ça fonctionne à plein régime. C’est rapide, c’est hargneux. C’est la sincérité des mecs qui ont tout donné pour le culte, et non pour le chèque.
Écoutez-moi bien : ce premier album, ils l’ont fait sans aide, sans label, sans le moindre centime d’un financement participatif. Ils ont sorti cet effort de leurs tripes et de leurs porte-monnaie pendant cette période merdique de pandémie. Ça, c’est de l’honnêteté brute.
Ils ont voulu une production brute, une batterie enregistrée presque « live » par Alex Gricar, pour avoir cette énergie authentique qu’on ne trouve plus. Mais cette authenticité, elle te colle aussi le manque de polissage en pleine gueule. Avec le temps et l’oxydation, l’auditeur crèvera du tétanos. Si c’est pas ça, du Heavy Metal…
Ils ont majoritairement enregistré live…
Puis, il y a le chant. Terry DeFire. Les chroniques que j’ai lues sont unanimes : ce n’est pas toujours ça. C’est parfois “bancal”, “forcé”. Le chant n’est pas parfait. Et dans un genre où la voix doit monter haut et dominer, c’est une fissure dans l’armure. Moi, j’ai pas d’avis. Forcément, tu me dis ça, je vais être tenté de te croire. Dans tous les cas, ça sent le travail passionné, le bon vieux Heavy Metal des débuts où le talent vocal était parfois juste… de la bonne volonté. Ils ont majoritairement enregistré live, quoi ! Sans follement corriger a posteriori. Et ça aussi, ça me botte ! Ça me donne l’impression d’écouter des potes qui déchirent. Et puis, sur le style du lead singer, mec, qu’est-ce que j’ai pu poncer Operation Mindcrime de Queensrÿche dans une vie antérieure… *coeur avec les doigts… en fond de gorge*
Ce statut d’album entièrement auto-financé explique les coulisses parfois chaotiques qu’ils ont racontées. Ils ont failli perdre les pistes de guitare originales à cause d’une connerie. J’imagine la sueur froide, la bouteille vidée d’un trait. Ils ont dû se battre pour le visuel (on raconte ou pas ? Haha Vilain Velio…). Mais ils y sont arrivés.
Et puis, il y a les copains. Ils ont réussi à traîner deux pointures sur l’album : Sonia Anubis (qui met sa gratte sur « Valkyrie Ride ») et NeoGeoFanatic (sur « Shades of Existence ») – on dit Neo tout court désormais, je crois -. Ça prouve que même dans un genre de losers magnifiques, il y a de la camaraderie.
C’est un disque prometteur, mais qui porte le poids de l’honnêteté et de l’effort solitaire.
Alors, c’est quoi, Crystal Throne ? C’est un disque prometteur, mais qui porte le poids de l’honnêteté et de l’effort solitaire. Il n’y a rien de révolutionnaire – et tant mieux car c’était pas le but -. Ils ont mis tous les clichés et tous les tics des années 80 dans un shaker et ils ont secoué fort.
Le problème, c’est que l’honnêteté ne paie jamais. Mais au moins, quand vous écoutez ça, vous savez que vous n’êtes pas en train d’écouter de la merde vendue par un comptable. Vous écoutez des types qui ont tout risqué sur un coup de dés. Un disque de heavy metal. Ni plus, ni moins.
Sortez la bière – fraîche, cette fois ! Le financement, ce sera pour le second, Chantry of Sacrificed, qui se fait désirer après un crowdfunding réussi à 400%. Ces types-là n’ont pas fini de faire du bruit. Et c’est bien tout ce qui compte !
Stedim (instagram)