Axel Bauer – Grand 8

C’est un disque. Il est là. On l’appelle Grand 8. Huitième du nom. C’est un chiffre qui se couche pour faire l’infini, ou qui se tient debout pour mimer les montagnes russes. Axel Bauer y monte. Il redescend aussi. C’est le principe du mouvement. Toujours, ou presque. À pleine vitesse, ou presque.

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On entre par la porte de la guitare. C’est une guitare qui ne discute pas. Elle affirme. Elle est abrasive, dit-on dans les milieux autorisés. Elle est surtout là, bien plantée, comme un homme qui connaît son métier. On parle de Prince, on parle de Bowie. On cite les morts pour saluer les vivants. C’est l’usage.

C’est joli, parce que c’est juste.

Les solos sont là. Ils arrivent quand il faut. Ils ne sont pas là pour la parade, non. Ils servent. Ce sont des domestiques élégants qui ouvrent les fenêtres pour laisser passer l’air. C’est joli, parce que c’est juste. La note est à sa place. Elle ne dépasse pas. Elle souligne le texte. Elle l’habille, sans trop serrer la taille. Vraiment, il faut remercier Axel car, qui c’est qui balance des solo de gratte sur les médias mainstream en ce moment ? C’est Bauer !

Sinon, pour le fun, on a confondu « prodigieux » et « prodigue ». Une faute sur un papier. Une erreur de dictionnaire. Axel a souri. C’est bien le fils (non, l’enfant !) prodigue qui revient. Celui qui a dépensé le temps, qui a usé les cordes, et qui revient à la source. À la transmission. C’est plus sérieux que prodigieux, prodigue.

C’est cette chanson, « L’Enfant Prodigue« . On l’écoute et on se souvient. On se souvient d’une autre époque, d’un autre interrupteur. On se dit que ce titre-là possède la même force, le même impact que « Éteins la lumière » en son temps. C’est une décharge. Un écho qui revient, trente ans plus tard, avec la même précision chirurgicale.

Et puis il y a cette rencontre. Cette femme. Brigitte Fontaine. Une louve, paraît-il. Ils sont deux devant l’immensité bleue. On s’attendrait à des poèmes sur l’horizon, des choses de marins. Quelque chose de mouillé. Non. Ils disent :  » Merde à la mer «  C’est une saine colère. Un refus du décor. On n’a pas que ça à faire, regarder l’eau. Le rock, c’est ce qui se passe sur la terre ferme. Dans le vacarme des studios.

Et puis Boris Bergman a écrit des mots. « Les Chemins de neige« . Des mots blancs sur un fond de guitares qui finissent par brûler. C’est le contraste. C’est l’hiver qui s’enflamme. On appelle ça un paradoxe. Ils sont allés dans les Landes. Au Manoir. Un lieu de briques et de silence pour faire du bruit ensemble. Avec Almosnino. Avec Zolli. On enregistre en direct. On ne lisse pas. On garde la bosse, le pli, l’aspérité. C’est ce qu’on appelle l’organique. C’est la vie qui passe à travers les amplis, sans demander la permission.

Cinq sur cinq.

Les critiques sont unanimes. Ils disent : Cinq sur cinq. Ils disent : Essentiel. C’est peut-être vrai. C’est un disque qui se tient droit. Un disque qui a du souffle, mais qui ne s’essouffle pas. Permettez la mention spéciale à « Freedom« , un titre bien badass. Les gardiens du rock sont peu nombreux de nos jours dans notre sphère francophone. Et bien Axel en est et pas depuis hier. Et sa guitare en bandoulière n’est pas là pour le look. C’est une signature.

C’est le Grand 8. On attache sa ceinture. On attend le vertige. Il arrive.

Stedim (instagram)

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