Les Projets d’Athéna, l’interview

Un groupe avec un robot ? Forcément cela attise la curiosité. Alors à l’occasion de leur passage au Mordorfest, nous avons rencontré le groupe Les Projets d’Athéna pour en savoir plus sur leur projet.


Présentation du groupe

Bonjour, je suis avec « Les Projets d’Athéna ». Qui veut bien me présenter le groupe ?

Audrey : « Les Projets d’Athéna », c’est un concept assez particulier. Nous sommes un trio : homme, femme et… une machine. On a les trois genres.
Il y a Antoine à la guitare, qui se prénomme le Technologue (nom de scène). Et de mon côté au chant c’est Audrey.

Et ton nom de scène, c’est Athéna.

Audrey : Exactement.
Et il y a Hadès-06, le batteur, qui lui est un robot droïde venu du futur.

Antoine : Un droïde de combat qui a été conçu à l’origine pour exterminer l’espèce humaine. Je l’ai ramené du futur pour prévenir l’humanité de l’apocalypse à venir.
Voilà, c’est ça en partie le lore qu’il y a autour des Projets d’Athéna.
Je me suis inspiré de toute la pop culture autour des droïdes, des machines et des humains pour créer ce projet-là.

Je me suis inspiré de toute la pop culture autour des droïdes, des machines et des humains pour créer ce projet-là.

La naissance du projet

Vous existez en tant que groupe/trio depuis combien de temps ?

Antoine : Nos premiers vrais concerts datent de 2022. Mais la conception et l’idée du projet sont arrivées avant.

Et côté discographie ?

Antoine : On a sorti un EP, puis un premier album. On travaille actuellement sur le deuxième.

L’aspect financier

Est-ce que vous vivez de la musique ?

Audrey : Non, ce n’est pas notre but premier. Mais nous avons la chance de ne jamais être à perte. Les cachets et les ventes de merch nous permettent même de mettre de l’argent de côté pour financer de nouveaux albums, des t-shirts ou des visuels.

Antoine : Tout fonctionne sous format associatif. Chaque euro est réinjecté dans le projet : améliorer le droïde, enrichir le show, créer des décors ou produire des clips. On vient d’ailleurs de tourner un clip où Audrey a beaucoup participé à la production.

Audrey et Antoine : Et ça ne nous dérange pas d’ajouter de notre poche si ça peut donner plus d’impact. Les Projets d’Athéna, c’est un peu notre bébé, on en prend soin.

Les Projets d’Athéna, et Hades

On a donc essuyé des plâtres : servomoteur en panne, séquenceur qui plante après une mise à jour…

Vous avez déjà eu des grosses pannes avec Hades ? Qu’est-ce qui vous est arrivé de pire ?

Audrey : Oh oui, quelques gros moments de solitude sur scène. Antoine, je te laisse raconter.

Antoine : La fiabilité d’un système nécessite une période de rodage. On n’a pas eu ce luxe, on a directement fait de la scène, parce qu’on était demandé, le projet plaisait bien.
On a donc essuyé des plâtres : servomoteur en panne, séquenceur qui plante après une mise à jour… Plein de petits détails comme ça.

Audrey : Mon pire souvenir, c’est la surchauffe au Mennecy Metal Fest. Le soleil tapait directement sur le robot, comme le coffret n’avait pas encore de ventilateur il a chauffé un peu plus que d’habitude. Et c’était une limite thermique que je ne connaissais pas sur la carte électronique.
Mais bon, même dans les groupes « classiques » il y a du rodage. Tout le monde peut péter une corde…

Antoine : Une double pédale qui lâche….

Audrey : Le chanteur qui va vomir. Ça m’est déjà arrivé pendant un concert à cause de la chaleur, c’est pour ça que je dis ça.

Antoine : Maintenant, on commence à être rodés, on est dans la partie fiable du projet et c’est super cool. On prend plaisir.

La création musicale

Ce sont des défis qu’on se lance

C’est toi qui fais la programmation du robot ? Quand tu composes et que tu veux le mettre pour le live, comment ça se passe ?

Antoine : Oui. D’abord, je compose une version instrumentale (batterie, basse, synthé, guitare). Je l’envoie à Audrey, qui valide ou propose des ajustements, puis elle écrit son chant. On fait des allers-retours jusqu’à trouver la version qui nous plaît.
Ensuite, je programme le robot pour qu’il puisse jouer sa partie.
Et on passe directement en live : pas de répétitions avec Audrey, puisqu’on n’habite pas au même endroit. Ce sont des défis qu’on se lance. On a assez d’expérience dans la scène metal pour se lancer directement sur scène. J’ai confiance en Audrey, et je pense que c’est réciproque.

La complicité sur scène

J’ai vu un moment le petit geste que tu as fait à Antoine…

Audrey : Oui, quand j’ai fait les oreilles de lapin !

Je me suis dit « il y a une bonne connivence entre eux ». C’est ce qu’on ressent sur scène, et rien que ce petit geste-là en dit beaucoup.

Antoine : Il y a une complicité qui s’est faite naturellement. Je connaissais Audrey et son travail, je savais comment elle était avec ses groupes. Et je pense qu’elle a vu comment j’étais. Au bout du compte, très vite il y a eu une complicité professionnelle, en se disant qu’il faut qu’on se fasse plaisir et qu’on fasse plaisir au public. Ça a matché tout de suite.

L’accueil du public pour Les Projets d’Athéna

On a toute une histoire, un lore autour de ce projet-là, et on l’explique sur scène.

Il y a toujours une adhésion du public ?

Audrey : Des fois c’est plus dur de faire rentrer les gens, je ne sais pas de quoi ça vient. Il peut y avoir plein de choses qui rentrent en compte.
Aujourd’hui ils étaient réceptifs avec un petit wall of death, des pogos, un petit jeune qui a slammé aussi pour la première fois… Cela n’arrive pas à tous les concerts. Mais de plus en plus.

Antoine : Même si on a déjà du succès, on reste quand même un jeune groupe qui en est à faire monter sa notoriété. Et quand il y aura plus de notoriété, on aura plus d’effervescence avec le public.
Mais on sent déjà une vraie communion. On a toute une histoire, un lore autour de ce projet-là, et on l’explique sur scène. Il y a un fil conducteur, et les gens accrochent à ce genre de choses.

Une identité unique

On a intégré les balances à notre show

Le robot a plein de petites mimiques. Même quand vous faisiez les balances tout à l’heure, « qui vient me réveiller » (je ne dirais pas la suite, je vous laisse la surprise, mais prenez vos téléphones, ndlr). Je trouve ça génial.

Antoine : Oui, au début ça me gênait que le public assiste aux balances. Mais dans les festivals, les gens sont souvent déjà là, et il y a un attrait pour le robot. Alors j’ai décidé de transformer ce moment en une partie du spectacle.

Franchement, j’ai adhéré aux balances, et au concert en lui-même. C’était la première fois que je vous voyais, et c’est énorme ce que vous proposez.

Antoine : Il n’y a pas que le robot. Ça passe aussi par la simplicité de notre configuration, on est trois sur scène. C’est une configuration qui est très proche, instinctive.

Je sais que dès qu’on commence à augmenter le nombre de musiciens, ça complexifie aussi les agendas

Tu ne mettras jamais de bassiste, par exemple ?

Antoine : Je ne dis jamais jamais. La configuration pourrait grandir, j’ai déjà des idées en tête. Mais pour le moment, c’est déjà très dur de s’organiser au niveau planning.
Je sais que dès qu’on commence à augmenter le nombre de musiciens, ça complexifie aussi les agendas, et ça, pour le moment, je me l’épargne, parce que c’est déjà très dur de tourner sur les scènes françaises et européennes.

Le booking et le merch

Quand tu dis françaises, j’ai quand même un petit bémol à dire : on ne vous voit pas souvent dans le sud-ouest.

Antoine : Dans le sud, ça fait la quatrième fois qu’on descend. Au Festival 3 airs (Villemur-sur-Tarn), on a fait une salle à côté de Toulouse, du côté de Marseille. Donc si, on vient dans le sud.

Plus les organisateurs entendront parler de nous, et plus ce sera facile pour eux de nous programmer

(J’insiste un peu, ndlr) Il faut venir un peu plus souvent.

Antoine : Écoute, on ne demande que ça.
Ce qu’il faut, et je le dis pour l’interview, enregistrez bien 🙂 : c’est de parler de nous à tous les gens que vous avez autour de vous.
Parce que plus les organisateurs entendront parler de nous, et plus ce sera facile pour eux de nous programmer et d’avoir confiance en nous. C’est moi qui fais le booking, je vous garantis que ce n’est pas facile d’entrer dans les festivals.

Petite parenthèse, Audrey s’est beaucoup occupée du merchandising du groupe. Elle a développé plein de petits produits qui sont des supers souvenirs pour les gens. Je pense qu’on va augmenter ça. J’aimerais bien peut-être avoir des petites maquettes de nous avec le robot, des trucs comme ça.
Je suis en train de dessiner une BD qui explique l’histoire et le préquel du groupe, mais dans le lore. Avec moi, le technologue qui vient du futur et qui ramène le robot jusqu’à notre époque actuelle.

Les Projets d'Athéna, l'interview
Photo : Cécile Delpoïo

Multiples talents

Donc, tu es musicien, dessinateur… Tu as encore beaucoup d’autres cordes à ton arc ?

Antoine : Ingénieur en électronique. Il y a plein de gens qui ont beaucoup de talents, mais tout ce que je sais faire, je l’ai mis sur scène. C’est pour ça que ça apporte plus de visibilité sur ce que je fais. Je n’ai pas de capacités hors norme.

Audrey : Il est humble aussi, t’as vu. (ils se marrent)

Et de ton côté ?

Audrey : Chanter !

Antoine : Elle est tatoueuse.

Audrey : Oui, je suis artiste dans plusieurs domaines, mais je m’occupe du groupe. Moi, c’est plus le marketing.

Les textes et la composition

Principalement l’instrumental qu’Antoine m’envoie, selon l’émotion qu’elle me procure. Mais parfois j’ai des sujets en tête.

Qu’est-ce qui t’inspire pour écrire un texte ? Est-ce que tu te bases sur la musique qu’il va te proposer ou tu prends des idées extérieures ?

Audrey : Principalement l’instrumental qu’Antoine m’envoie, selon l’émotion qu’elle me procure. Mais parfois j’ai des sujets en tête. Par exemple, pour Mountains Cry, l’inspiration m’est venue en allant au travail, en voyant le Mont Blanc. J’ai eu envie d’écrire sur la fonte des neiges éternelles, sur les montagnes qui pleurent. J’aime beaucoup les métaphores.

Antoine : J’adore son écriture. Je lis toujours ses textes pour m’assurer qu’ils reflètent bien le message qu’on veut transmettre. On est beaucoup sur l’autocritique, mais il y a aussi de bonnes choses à l’intérieur de l’humain. J’aimerais que ça ressorte aussi dans les textes.
On a appelé notre groupe Les Projets d’Athéna car dans la philosophie grecque, il y beaucoup d’études sur l’être humain, sur ce qu’on est, ce qu’on peut devenir et ce qu’il y a de bon en nous. C’est inspirant.

Les langues : anglais, français et ?

Quand tu composes, tu composes généralement en anglais ?

Audrey : Oui, même si j’aimerais écrire davantage en français. Avant, je rédigeais en français puis je faisais traduire. Mais les jeux de mots ne passent pas toujours d’une langue à l’autre.

Antoine : Je suis pour également. On a une petite « French touch ». On commence à faire des dates à l’étranger et la « French touch » marche bien. Donc avoir un texte en français dans notre set, ce serait séduisant.

Audrey (s’adressant à Antoine) : Toi, tu as inventé un dialecte dans un des morceaux…

J’allais y venir…

Audrey : t’as entendu ?

T’inquiète, j’ai un univers à te proposer. On va le développer !

Oui, j’allais poser la question pour savoir de quel langage il s’agissait

Antoine : En fait, c’est le langage avant le sanskrit. Le langage le plus primaire qui existe, et dont on n’a aucune trace. Et il faut imaginer que dans le lore, personne ne le connaît, si ce n’est nous qui l’avons retrouvé en des temps plus anciens puisque le Technologue a inventé une machine à voyager dans le temps.

Audrey : C’est tout un truc.

Antoine : Il y a vraiment une histoire oui ! Dans la musique, il faut rajouter de l’histoire pour embraquer les gens dans un univers.
Et d’ailleurs, quand je l’ai recrutée, Audrey m’a dit « Je veux bien, mais je veux qu’il y ait un univers. Sinon,des groupes de musique, j’en ai déjà fait plein. »
Je lui ai dit « T’inquiète, j’ai un univers à te proposer. On va le développer ! »
Elle a dit « Banco ! »

Conclusion

Ainsi s’achève cette interview, à regret tant il y aurait encore à dire.
Je remercie chaleureusement Audrey alias Athéna, Antoine alias le Technologue, Hadès 06 même si il n’a pas voulu parler avec moi !
Merci pour le temps accordé, car ils ont été très sollicités après le concert par beaucoup de festivaliers, avides de questions, auxquelles ils ont répondu avec gentillesse.
Pour avoir vu quelques dessins de la future BD, il me tarde de voir le résultat final !

Interview réalisée lors du Mordorfest à Nasbinals dans la Lozère, merci à l’organisation ainsi qu’aux bénévoles pour l’accueil, la gentillesse et le dévouement.

Interview réalisée par JC Rouere (instagram)

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