À l’heure où les festivals connaissent la crise (augmentation des coûts, baisse de la fréquentation, accusations…), nous rencontrons à nouveau Aline qui a pris le pari risqué d’implanter un festival rock dans le sud de la France en 2024 et qui prépare la 3ème édition avec toujours la même passion.
L’année 2026 pourrait être l’année d’un virage important pour le festival, sa réussite pourrait promettre une année 2027 boostée, comme à l’inverse, faute de soutiens et de remplissage, Languederock pourrait, comme d’autres, déposer le bilan.
Salut Aline, ravie de te retrouver cette année encore pour Languederock 3ème édition. Pour commencer, on va détendre l’atmosphère avec un petit jeu, un petit NiOuiNiNon en 3 questions :
Est-ce que la troisième édition d’un festival est plus facile à aborder que la première ou la deuxième ?
Ni Oui ni Non !!
Je vois que tu joues le jeu, merci ! Explique-nous tout ça !
On a une sérénité au niveau de l’organisation, mais on a toujours les mêmes contraintes liées au financement alors c’est toujours un peu stressant ! On cherche des idées pour réduire les coûts, cette année par exemple le catering c’est nous en direct !
J’ai entendu dire que tu étais la reine du rougail saucisses, les bénévoles et artistes vont faire des jaloux !!
Clairement ! On a envie de se projeter.
Est-ce qu’à la veille d’une troisième édition de festival, on pense déjà à la quatrième ?
Clairement ! On a envie de se projeter. On pense déjà à un nouveau lieu pour 2027 et je voyais déjà les artistes de cette année dans ce cadre-là alors qu’on sera bien à Zinga Zanga encore en 2026. C’est ce qui me porte de penser que cela va durer. Je pense déjà aux groupes pour l’année prochaine. J’ai presque déjà envie de penser à 2028 mais il faut que je me reconcentre sur 2026 car ce n’est pas encore fait…
Est-ce que ce 3eme rdv s’annonce comme votre préféré parmi les 3 éditions ?
Difficile de répondre. La 1ère et la 2ème édition étaient tellement différentes déjà. Est-ce que la 3ème ressemblera à la 2nde, pas sûre non plus ? [oups t’as dit non perdu !] On essaie de projeter le festival vers du rock un peu plus alternatif, c’est encore autre chose… On en reparle après le festival ? [chiche !] »
Cette année, on aimerait parler des coulisses d’un festival comme le vôtre, on va commencer par l’équipe :
Combien de métiers différents on peut retrouver sur un festival ? On essaye de les lister ?
On distingue deux zones : l’arrière avec les artistes, et l’avant avec le public. A l’arrière, il y a les filles (on a beaucoup de filles en bénévoles) qui accueillent les artistes en régie (aller les chercher, les accueillir, installer les loges…). Il y a toute la zone backstage avec les roadies qui installent les instruments et les enlèvent. Les techniciens plateau, son et lumière avec un régisseur général qui les accompagne. Le catering. A l’avant, les filles de la billetterie, du cashless et du RSE. Le bar. Angélique, qui est un peu mon bras droit, qui s’occupe, au-delà de la billetterie, d’accompagner tous les exposants et les foodtrucks. L’accueil VIP (partenaires et invités). Le merch’ avec Aurélien qui nous fait nos tee shirts et vestes sur mesure, comme un drive, en face du merch’ artistes. Moi je suis là pour être un peu le pompier côté public et Jérôme est avec moi le pompier côté artistes. Et évidemment, je ne les oublie pas on a une équipe com’, on a une community manager, un photographe et un vidéaste. Voilà le boulot le jour du festival, il faut y ajouter tout le boulot en amont !
Comment on détermine les postes qui doivent être rémunérés et les postes que l’on peut confier à des bénévoles ?
On a quelques prestataires (photo, réseaux…) mais malheureusement l’économie du festival ne nous permet pas de payer l’ensemble de l’équipe. Par contre, c’est vrai qu’on a des bénévoles qui viennent de loin, qui doivent se loger etc. et ça nous embête de pas pouvoir leur payer au moins le logement. J’aimerais pouvoir payer notre vidéaste, le DJ qui va assurer l’interplateau… Si on pouvait payer tout le monde on le ferait. Honnêtement, on a beaucoup d’amis qui seront bénévoles, certains même ont payé leur billet pour soutenir le festival. Il y a beaucoup de solidarité. Moi j’ai été bénévole aussi sur d’autres festivals, et j’adore pouvoir être du côté orga. Je n’aimerais pas me faire payer et que cela devienne un simple job. Je pense qu’il faut des deux, l’énergie et le plaisir des bénévoles c’est aussi un plus pour l’ambiance d’un festival.
On entretient une relation de groupe, d’amitié, pour que chacun trouve sa place.
Combien de bénévoles auront activement participé à Languederock cette année, et comment on crée une ambiance bénévoles avec eux ?
Sur le festival on est 80-90 environ par jour. Cette année on a même un bénévole qui va encadrer les bénévoles. Les bénévoles c’est beaucoup d’amis ou d’amis des amis, l’ambiance est déjà là. Cette année, pour la première fois, j’ai eu beaucoup plus de demandes de l’extérieur, on a du coup pas mal de nouveaux. A voir.
Il y a bien sûr, les bénévoles qui seront là pendant deux jours, certains même les jours précédents et suivants pour le montage et le démontage, mais comment est constituée l’équipe qui réfléchit à l’année à l’organisation du festival, à la programmation, à la mise en place, aux nouveautés, aux projets… ?
A l’année on est une vingtaine, on fait beaucoup de visio. Au départ j’ai beaucoup sollicité des gens de mon réseau, avec qui je travaillais, des gens qui ont l’habitude de monter des projets. Puis ça s’est fait au gré des rencontres. Mon but c’est d’avoir un groupe de gens qui aiment la musique, le projet du festival, et qui s’y sentent bien. Le groupe actuel commence à être assez investi sur le projet, ma porte est ouverte, il y a des départs et des arrivées. Il faut animer tout ça, faire des réunions, des reportings, on a des groupes Whatsapp, on s’appelle souvent. On entretient une relation de groupe, d’amitié, pour que chacun trouve sa place. Difficile parfois de déléguer mais tant que ça marche je délègue aussi. Parfois on fait des réunions en plénière chez un des partenaires et c’est très chouette, on est très content de se retrouver. On languit vraiment le jour J pour profiter de ce festival.
J’aimerais avoir votre avis d’organisateur sur la professionnalisation de l’organisation des festivals, je m’explique certains festivals aujourd’hui sont un peu retoqués sur leur modèle économique et financier, est-ce qu’on peut développer un festival avec des bénévoles à l’infini ? Ou est-ce qu’on doit imaginer un système qui permet une gratification juste ?
Il faut vraiment que les deux cohabitent : bénévoles et professionnels. J’ai le sentiment que l’accueil bénévole est plus lumineux, on le ressent. Et puis ça permet aussi à des bénévoles qui ne pourraient pas s’offrir le billet d’accéder aux concerts. Ça m’a manqué sur d’autres festivals où je me suis dit un tel n’était pas très sympa, mais finalement il est payé, il est juste là pour faire son taf. J’ai peur qu’un festival 100% rémunéré, fasse disparaître l’esprit du festival.
J’ai peur que les gros festivals prennent tout le marché et que les petits disparaissent.
Est-ce que ces échanges font partie des échanges que vous pouvez avoir avec les artistes, parce que les artistes sont conscients du fait qu’un festival ne peut exister que parce qu’il a des bénévoles, mais pour autant ça ne les empêche pas de demander des cachets de plus en plus importants d’une année à l’autre…
Malheureusement, ils en sont conscients mais ils voient aussi midi à leur porte, je suis demandé alors je demande plus. Très peu font attention à l’économie du festival. Ils ont perdu la notion de l’économie du projet entre le cachet qu’ils demandent et la jauge. Mais certains artistes se prennent aussi des gadins je pense car ils demandent trop par rapport à la taille du festival. J’ai peur que les gros festivals prennent tout le marché et que les petits disparaissent. Ou peut-être que les artistes prendront conscience que sans tous ces petits festivals ils travailleront moins…
On est trop jeunes et pas assez connus pour prendre des groupes émergents seulement. C’est dommage car on rencontre des pépites qui feraient le taf aussi bien et pour moins cher, mais est-ce que le public suivra ? Je crois qu’on est trop neuf pour ça pour le moment. Il faut d’abord que le public nous suive et nous fasse confiance.
Quelles sont les limites que vous vous êtes fixées, en tant qu’organisateur, que ce soit des limites techniques, financières ou administratives, etc.
On est déjà à la limite financière. La salle a une capacité de 2000 places, on ne remplit pas, mais on espère plus grand dans le temps. Techniquement on est déjà très bien organisés, notre budget technique est finalement très important, pour un bon son et des lumières suffisantes. Je n’ai pas peur des limites administratives, c’est mon métier. Par contre, c’est vraiment deux boulots à cumuler et c’est parfois difficile.
Ça va être génial mais pour le moment ça ne fait pas le buzz, on ne comprend pas.
L’année dernière, vous nous disiez que le festival n’avait pas de subvention, et avait justement construit son modèle économique plutôt sur le mécénat pour un modèle plus durable, est-ce que c’est toujours le cas ? et de combien de mécènes il s’agit cette année ?
Toujours pas de subvention, peut-être le Département mais rien de sûr. On a eu un non de la Région et le CNM nous répondra en octobre (donc après le festival !). On a réactivé le mécénat. Je connais des festivals qui activent des cagnottes après festival pour rééquilibrer, j’espère vraiment ne pas en arriver là, c’est vraiment très stressant. On a pour le moment moitié moins de mécènes que l’année dernière, pour eux c’est également difficile. Grâce à eux on a déjà qu’un très léger déficit sur 2025, alors on les en remercie, mais cette année on serre les fesses.
Parmi nos soutiens, on peut citer Deltanov et deux Bureaux d’études, Gaxieu et Fabrique Ingénierie… des partenaires qui aiment le rock !!
Le mécénat ça nous prend une énergie folle que j’aimerais consacrer aux festivaliers, mais on n’a pas le choix.
Malheureusement on a notre groupe du samedi qui nous a lâché. On est très heureux d’avoir Parabellum à la place, c’est Tagada Jones qui porte le projet, on a Didier Super qui va venir, ça va être génial mais pour le moment ça ne fait pas le buzz, on ne comprend pas.
Le milieu de la culture en France souffre déjà, et s’inquiète en plus de la montée de la droite ou de l’extrême droite dans les politiques publiques, qu’attendriez-vous d’une bonne politique culturelle nationale ? Et au niveau local ?
Il faudrait qu’ils réalisent que derrière ce sont des métiers et des gens qui en vivent. Il y a une économie de la culture, ce n’est pas de l’argent foutu en l’air, il y a des gens qui vont se retrouver au chômage. La culture ça se cultive, c’est une forme de liberté d’être cultivé. La culture ne peut pas être une variable d’ajustement, on en a besoin pour vivre. Ce n’est pas assez mis en avant. Je pense aussi que le milieu de la culture ne sait pas parler au politique, c’est un vrai problème. La culture c’est aussi une attractivité territoriale, c’est le bien être des gens, c’est une économie. Au niveau local idem, si le festival grandit le rayonnement du territoire est concerné : ça va amener du tourisme, des nuitées, des repas au restaurant, des visites, des achats dans la ville. Sans le Hellfest par exemple déjà Clisson ne serait pas connu, mais si tu vas à Nantes pendant le festival il y a des metalleux partout. Tout le monde s’y retrouve. Chaque festival indépendant est un projet, c’est une petite entreprise et comme les PME il faut les aider à démarrer. Il faut ensuite réussir à trouver une économie du festival pour être indépendants…
Avant de se quitter je voulais que l’on parle quand même du festival 2026 :
Quelle est votre fierté pour cette édition ?
C’est notre tremplin, avec 5 groupes magnifiques. Très dur de les départager, d’ailleurs on n’avait qu’une place et on en a donné deux. C’était géant. On a Mutt Fish qui passe avant Locomuerte et d’ailleurs Locomuerte ils devraient faire gaffe car Mutt Fish pourraient être pires qu’eux sur scène, la chanteuse est une bombe, et le lendemain on a Kartage, un groupe de Toulouse, alors eux ce sont des petits génies, t’as un violoncelle qui joue à la place de la basse, ils se connaissent depuis l’âge de 5 ans, c’est waouh !
Pourquoi si on n’a pas encore sa place (oh !!!) il faut absolument la prendre très vite ?
Ce sera vachement bien et ce serait dommage de le rater. Mon énergie diminue autant que j’ai l’œil sur les préventes… on a vraiment besoin de vous !! On a envie de pouvoir se concentrer sur autre chose…
Comme la préparation du rougail saucisse… Les festivaliers vont vouloir le goûter aussi attention !!
Ne t’inquiète pas, cette année on a un foodtruck réunionnais très sympa !
On pourrait parler aussi de la charte graphique ? Qui et pourquoi ces petites bébêtes chaque année ?
On a beaucoup fait parler cette année car on a utilisé l’intelligence artificielle, même si finalement on a beaucoup retouché derrière. On n’a plus notre graphiste dans l’équipe, car il manquait de temps. On a un autre bénévole qui a récupéré le projet. Chaque année, un nouvel animal. Dans tous les villages ici il y a un animal totémique. Je pense que l’année prochaine on fera peut-être travailler des artistes. J’ai déjà dans la tête mon animal pour l’année prochaine et peut-être même déjà l’affiche…
Un petit scoop ou un secret à partager avec les lecteurs d’Hexalive ? 😇
On va sortir une tombola cette année, probablement le samedi, avec des trucs très sympas à gagner
… nous, on a entendu parler d’une guitare dédicacée 🤫
Alors tu l’auras compris, si tu n’as pas encore ta place c’est le moment ou jamais de partager une soirée bien rock, dans un cadre convivial, pour soutenir les projets de ta région (ou d’une région cooooool si tu viens de loin : franchement le soleil de septembre est vraiment le plus sympa, tu prolonges et tu doubles tes vacances le temps d’un week-end, promis !) et en plus tu peux peut-être repartir les bras chargés de cadeaux !
Merci encore Aline pour ton accueil et à très vite sur Languerock pour une nouvelle édition au moins aussi dingue que la précédente !
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