Parfois, il suffit de deux musiciens et d’une idée forte pour créer un univers entier. Dans un paysage saturé de projets instrumentaux, Ølyp parvient immédiatement à se distinguer. Formé par Thibaud Lépicier et David Annenkoff à la suite d’un voyage dans les fjords norvégiens, Ølyp est né d’une volonté commune. Le groupe utilise la musique comme un récit, capable de traduire les grandes tensions de notre époque sans recourir aux mots. Entre metal progressif, post-metal atmosphérique et envolées cinématographiques, le duo français façonne des compositions où chaque détail participe à une histoire plus vaste. Elle interroge notre rapport à la nature, les dérives de nos sociétés modernes et les conséquences de nos choix collectifs. Une identité déjà forte qui prend toute sa dimension sur I(m)MORTAL, un album-concept attendu le 25 septembre chez Klonosphere, pensé comme une réflexion sur la place de l’Homme dans un monde qu’il transforme autant qu’il fragilise.

MOLDEN
Inspiré du mont norvégien qui a vu naître l’idée même d’Ølyp, Molden retranscrit avec force la beauté brute et les contrastes saisissants des fjords. Entre passages contemplatifs, déferlantes post-metal et arrangements de cordes majestueux, le morceau déploie toute la dimension cinématographique du duo. Une pièce aussi immersive qu’émotive, qui ne constitue pourtant qu’un avant-goût de l’ambition narrative et de la richesse des paysages sonores explorés sur I(m)MORTAL.
I(m)MORTAL : l’immersion comme langage
À travers huit compositions pour près de cinquante minutes de musique, I(m)MORTAL dépasse largement le cadre du simple album instrumental. Comme évoqué plus haut, Ølyp y développe une réflexion sur notre rapport au monde, à la nature et à notre propre condition. Chaque morceau agit comme un chapitre d’un récit plus vaste, pensé pour être vécu dans sa globalité plutôt que consommé piste après piste. L’absence de chant n’a jamais signifié l’absence de message. Le duo construit ses morceaux comme des séquences de cinéma où les émotions, les tensions et les respirations remplacent les mots. Les longues compositions prennent le temps de s’installer, d’évoluer et de révéler progressivement leurs nuances, offrant une expérience particulièrement immersive à l’auditeur.
Cette dimension narrative est renforcée par l’utilisation d’un quatuor à cordes sur plusieurs titres majeurs de l’album. Déjà remarquable sur « Molden », ce travail atteint probablement son apogée sur « Solace », l’un des moments les plus émouvants et captivants du disque. Les arrangements y apportent une profondeur supplémentaire, renforçant encore le contraste entre fragilité et puissance qui traverse l’œuvre. Les cordes réapparaissent également sur « The Great Denial – Part 1 et Part 2″, véritable conclusion du voyage proposé par Ølyp. Ces deux morceaux synthétisent à eux seuls les thèmes développés tout au long de l’album et apparaissent comme la clé de lecture finale du récit imaginé par les musiciens. Les montées en tension, les silences, les textures et les contrastes ne sont jamais gratuits. Le tout participant à la construction d’un récit cohérent et profondément évocateur.
L’année 2026 a également marqué les premiers pas du groupe sur scène avec plusieurs dates en ouverture de Psychonaut, formation dont Ølyp revendique volontiers l’influence. Une expérience fondatrice qui a permis au duo de confronter son univers aux exigences du live tout en élargissant son audience au-delà des frontières françaises.
Avec I(m)MORTAL, Ølyp démontre déjà une étonnante maturité artistique. Sa force réside dans cette capacité à faire cohabiter la puissance du post-metal, les ambitions du metal progressif moderne et une approche contemplative héritée des musiques atmosphériques.
Enfin, difficile de ne pas s’arrêter sur le titre de l’album. I(m)MORTAL joue habilement sur une double lecture : I’m Mortal (« je suis mortel ») et Immortal (« immortel »). Tout le paradoxe du disque semble se résumer dans cette opposition. D’un côté, l’Homme, conscient de sa fragilité et de sa finitude ; de l’autre, la nature, les cycles du temps et les forces qui le dépassent. Une confrontation permanente qui irrigue l’ensemble de l’œuvre et invite chacun à y projeter sa propre interprétation.
Alors, fermez les yeux, laissez votre imagination prendre le relais et embarquez pour ce voyage sonore aussi exigeant que fascinant le 25 septembre 2026.
Ombre Futile (Instagram)