HARSH – Feels

Rien ne bouge. Et puis, la secousse. Une histoire de cordes tendues jusqu’à la rupture, de potards poussés au-delà du raisonnable. Quatre types sous les projecteurs qui refusent la tiédeur des époques polies. C’est le retour de Harsh. L’album s’appelle Feels. On regarde les aiguilles tourner.

Quatre garçons debout dans la poussière de cet été 2026 qui ont d’ores et déjà décidé que le présent manquait de décibels. Surtout que l’album sort ce 3 juillet, après une maudite canicule qui a rincé les corps et desséché les têtes. L’objet est un deuxième pli dans le tissu du temps. Le premier s’appelait Out Of Control, c’était en 2022, une carte de visite un peu froissée par la route. Là, on change d’étoffe. On change de braquet.

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Regardons l’affaire d’un œil clinique.

Il y a un homme en Allemagne, un nommé Hannes Braun. Il officie d’ordinaire chez Kissin’ Dynamite. C’est lui qui a tenu le rabot et le niveau à bulle pour le mix et le mastering. Les gazettes anglaises – Jace Media en tête – crient au miracle acoustique. Elles disent : « le son est énorme ». C’est vrai. Mais ce n’est pas de la gonflette pour les foires d’octobre. C’est du muscle, du vrai. C’est taillé pour les arènes, mais des arènes de terre battue où l’on sent l’odeur du foin et de la sueur propre.

Il y a un élan moderne, une urgence qui frappe à l’estomac.

On craignait le déguisement. Le spandex, les cheveux gonflés à l’hélium des années quatre-vingt, le pastiche un peu las du Sunset Strip. Erreur. La critique internationale s’incline : ces garçons-là ne font pas dans la naphtaline. Il y a un élan moderne, une urgence qui frappe à l’estomac. On pense à Def Leppard, forcément. C’est le même goût pour le refrain majuscule, la même mécanique céleste, mais réactualisée à coups de serpe, passée au révélateur des temps présents. Les artificiers Albert Arnold et Séverin Piozzoli croisent le fer avec une précision de chirurgiens. Les solos s’échappent, épiques, flashy, des traînées de phosphore dans le noir de la chambre. Un « partenariat de choix », écrit le scribe de Sentinel Daily, qui avoue lui-même avoir abordé l’objet avec la méfiance d’un maquignon avant de poser les armes.

Ça commence fort. « Break Your Way » enfonce la porte. « Fuel To The Fire » maintient la mèche courte. C’est de la dynamite pour les planches. Et puis, la surprise du chef, la fêlure sous le cuir : le groupe a vieilli d’un coup, mais du bon côté. Dans « Offer You A Rose » ou « Back To Life », on touche l’os. C’est plus nu. Moins superficiel que le tout-venant du genre.

Et puis, il y a cette affaire. Au milieu du gué, la reprise. « Maniac ». Michael Sembello. On attendait la mauvaise blague, le clin d’œil potache pour fins de banquets. C’est finalement une version lourde, vitaminée, indispensable, qui redonne ses lettres de noblesse à la danse de saint-Guy.

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Derrière les potards et les lignes de basse, il y a la chair. Ce que les carnets de notes révèlent sur la fabrication de Feels :

  • L’exil outre-Rhin : le groupe n’a pas lésiné sur les kilomètres pour aller chercher ce son « arène ». L’accord avec Fireflash Records et la connexion avec Hannes Braun se sont faits au culot, à l’instinct, pour extirper le groupe de sa zone de confort parisienne.
  • La triplette de l’angoisse et le coup du banjo : pour faire monter la sève chez les fidèles, le groupe a lâché trois éclaireurs en amont de la sortie : « Forever Yesterday », « Back To Life » et « Don’t Mess With Me ». Contre toute attente, « Forever Yesterday » s’ouvre sur les notes sèches et incongrues d’un banjo, une audace acoustique avant l’orage. C’est ensuite « Don’t Mess With Me », avec son riff d’intro d’une lourdeur presque indécente, une affaire de plomb lourd, qui a définitivement mis le feu aux poudres sur les réseaux. Big up nécessaire.
  • Le baptême du feu et l’œil d’Hexalive : les morceaux ont déjà été frottés à la route. Le groupe a profité de ses premières parties de haute volée et de ses passages en festivals pour tester la résistance des nouveaux refrains sur les tympans du public. Les fins limiers d’Hexalive les avaient d’ailleurs coincés dans le viseur lors du Bru’Noise 2025. Le rapport était formel, sans rature : le band possède un talent dingue, une force d’attraction presque magnétique pour emmener tout le monde, de gré ou de force, dans leur univers de décibels et de lumière. Les structures tiennent le choc thermique du live.
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Trêve de blabla : c’est un grand pont. C’est précis, c’est lourd, c’est mûr. Le rock hexagonal s’exporte sans rougir sous les labels étrangers. Les verrous sautent le 3 juillet. On conseille de brancher les haut-parleurs et de regarder le plafond tourner.

Enfin, aimer, c’est bien et soutenir, c’est mieux alors rendez-vous sur leur page Bandcamp !

Stedim (instagram)

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