Présentation

Bonjour Maxime, est-ce que tu peux te présenter, et nous dire quel est ton métier ?

Je m’appelle Maxime Pillard, je vis en région parisienne et je suis régisseur lumière depuis un peu plus de dix ans, principalement en tournée.

Le métier

Quel parcours ou cursus as-tu suivi jusque-là ? Est-ce que c’était ton souhait depuis toujours, ou est-ce tu es arrivé ici par les hasards de la vie ?

Comme beaucoup de jeunes qui jouent dans un groupe, j’ai d’abord voulu devenir régisseur son. Cela m’a conduit à suivre un BTS Audiovisuel, option métiers du son.
Finalement, on m’a contacté dès ma sortie pour faire de la lumière, et je n’ai donc plus jamais touché une console son après mon BTS

De fil en aiguille, tu prendras de l’expérience et tout deviendra plus simple…

Quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans cette activité ? Est-ce qu’il y a des choses à faire et d’autres à éviter ?

De tenir bon ! Ce n’est pas un secret que travailler dans le spectacle peut être compliqué sur plusieurs aspects : le régime de l’intermittence, surtout au début, la vie personnelle, etc. Il ne faut pas non plus penser qu’être en tournée, c’est faire la fête en non-stop. On montre forcément les meilleurs moments sur les réseaux, mais ça reste avant tout un travail.

Plus concrètement : montre ton visage, va dans une petite salle près de chez toi, rencontre les équipes, parle avec les artistes accompagnés, puis accompagne-les à ton tour. De fil en aiguille, tu prendras de l’expérience et tout deviendra plus simple… Et surtout, POSE DES QUESTIONS ! Dans le pire des cas, tu apprendras quelque chose.

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Photo : @alx.ftn

Le light design

J’imagine qu’il y a deux phases dans ton métier (à minima). La phase de design lumière en amont, et la phase de live. Comment travailles-tu déjà la phase de préparation ? C’est en lien avec le groupe, le tourneur… ? Ça dépend ?

Ça dépend des projets, mais globalement, on m’a toujours laissé assez libre sur mes créas.
On commence par déterminer le type de tournée vers lequel on s’oriente et, en fonction du budget, on voit si on peut partir avec un “kit light”.
En général, c’est le cas, donc on décide de sa taille avec le producteur.

Pour la création du show, j’écoute ÉNORMÉMENT les titres afin d’apprendre chaque partie au mieux. Ensuite, j’encode ce qui me semble correspondre à ma vision de la lumière pour chaque morceau, tout en respectant les codes du style musical avec lequel je travaille.
Après ça, on passe en résidence : on peaufine avec l’artiste, ses goûts, ses idées, et on lie le tout pour qu’il en ressorte un spectacle cohérent.
Je dirais que je fais environ 90 % du show en amont, et qu’on ajuste les 10 % restants en résidence.

Un peu d’espionnage industriel, haha !

Comment tu te tiens au courant de tout ce qui existe, de tout ce qui peut sortir comme matériel et comme usage, car j’imagine que cela évolue constamment et rapidement ?

Je geek les sites des marques sur le net, mais surtout je me balade en backstage lors des festivals ou sur les dates où les équipes ont du matos sympa : je check les références, je prends des notes… un peu d’espionnage industriel, haha !
Je garde aussi un œil sur ce qui rentre dans les boîtes des boîtes de presta avec lesquelles je travaille, histoire de faciliter mes demandes futures.

Est-ce qu’il y a des personnes du métier qui t’inspirent ?

De façon générale, les personnes qui travaillent efficacement tout en restant le plus calme possible.
Après, si tu veux des noms, je citerais forcément Edvard Hansson (Meshuggah), qui est je pense un modèle pour beaucoup de lighteux dans l’univers metal. Il a un taf mega propre, et c’est un peu vers ça que j’essaye de tendre.

Dans un tout autre registre, j’ai récemment été très impressionné par le travail de Donald Holder sur la comédie musicale Le Roi Lion. C’est vraiment un autre monde, un autre métier que le mien, et ça rappelle que la lumière, ce n’est pas que du strobe et des faisceaux partout.

Le Live

Au niveau du live, est-ce que tu peux nous décrire le matériel que tu utilises ?

Ça dépend des groupes avec qui je tourne, mais pour commencer, je travaille exclusivement sur les consoles MA Lighting, et plus particulièrement sur la MA2.
Pour l’instant, ce n’est pas une obligation pour moi de passer sur la MA3, et je ne me sens pas limité dans mes idées avec la MA2.

Pour entrer dans les détails, avec Landmvrks, j’ai un kit composé de :

Avec Rise of the Northstar, je vais avoir :

C’est majoritairement du matériel fourni par la salle, ou du matériel qui suit la tournée ? Ou un peu des deux ?

On tourne en général avec tout ce qui se trouve au sol, et on demande à ce que tout ce qui est en l’air soit déjà installé à notre arrivée, afin de gagner du temps.
Dans le cas de Landmvrks, on a quand même un pont de Strike M à installer en l’air ainsi qu’un écran de 8 × 4 m à accrocher.

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Photo : @alx.ftn

Ça a été naturel pour moi de reprendre cette méthode de travail sur tous mes projets.

J’imagine qu’il y a un certain nombre de séquences programmées, d’autres jouées en direct ? Comment ça se passe concrètement quand tu es devant ta console pendant un live ?

J’ai commencé à encoder des shows avec Rise of the Northstar et, comme ils jouaient sans clic, je n’ai pas eu le choix : je devais tout envoyer à la main. Du coup, ça a été naturel pour moi de reprendre cette méthode de travail sur tous mes projets.
Il n’y a donc aucun timecode dans mes shows !

Je travaille en cuelists, c’est-à-dire que j’encode tout mon show sous forme d’une suite de séquences que je déclenche moi-même. Il m’arrive d’avoir quelque chose comme 850 séquences à envoyer dans un seul morceau. C’est un peu long à préparer, mais je ne sais pas… je dois aimer ça.
J’ai l’impression d’avoir, moi aussi, ma partition à jouer à chaque concert, et j’aime vraiment être présent rythmiquement pendant le show.
Grosse ambiance à la régie !

Les problèmes font partie du job : si tout se passait toujours bien, on n’aurait pas besoin de nous.

Est-ce que tu pourrais nous raconter une galère mémorable que tu as déjà rencontré pendant un concert ?

J’ai eu un beau coup de chaud sur le dernier Motocultor avec Landmvrks en mainstage.
On était dans une période de transition de versions sur la console avec laquelle je bosse, et un problème réseau a fait que mon show s’est lancé dans une mauvaise version au coup d’envoi, ce qui a fait que l’entièreté de mon kit s’est mis à tourner… J’ai récupéré le contrôle à la moitié du concert, et je suis certain que vous ne vous en êtes même pas rendu compte !

Les problèmes font partie du job : si tout se passait toujours bien, on n’aurait pas besoin de nous. Il faut savoir faire avec et relativiser. On ne fait qu’allumer des ampoules, et un problème ne met personne en danger (mais ça m’embête quand même beaucoup, pour rester poli).

Comment se passe une journée type (si ça existe) lorsque tu es sur un concert ?

Cela dépend du groupe et du niveau de production. Pour ma tournée avec Landmvrks qui arrive, mes horaires seraient (merci Mastertour !) :

  • Get-in à 9h / Load-in, setup à 10h30
  • Soundcheck jusqu’à 15h
  • Changeover à 20h45 (changement de plateau, ndlr)
  • Show de 21h15 à 22h30
  • Load-out à 00h00

Je ne peux pas être plus précis.

Ça me laisse environ cinq heures dans l’après-midi pour me balader, préparer mon show du lendemain, ou aider les copains si besoin. On voit bien que l’on sort du bus à 9h et qu’on y retourne à minuit. On passe vraiment un mois entièrement dédié au travail, à un rythme assez soutenu.

Et en dehors de ces jours de concerts, quel est ton quotidien ?

Dans la vie de tous les jours, j’ai plutôt du mal à décrocher, je l’avoue : c’est un métier tellement prenant que je continue souvent à préparer mes futurs shows.
Je fais beaucoup de piano à un niveau amateur pour me vider la tête, et je suis aussi très fier d’avoir remporté cette année, en Chine, le championnat du monde de cerf-volant indoor (y’a pas de vanne !).

championnat du monde cerf volant indoor

La musique

Pour finir, est-ce que tu aurais quelques pépites musicales que tu as récemment découvert à nous partager ?

Pour les headbangers, courez écouter l’album Nahar des copains de Solitaris !
Sinon, dans la vie, j’écoute plutôt des choses très calmes : tout l’album Wonder de Lisa Mitchell, ou plus récemment une recommandation de Rudy (bassiste de Landmvrks), l’album Dreamland de Robert Gromotka… Pour finir, My One and Only Thrill de Melody Gardot.
Bon, je m’arrête là !

Merci pour cet échange !

Interview réalisée par Arnaud Guignant

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