Une belle illustration de ce qui fait l’identité du Festival de Marne. Comme nous l’expliquait récemment sa directrice, Élodie Mermoz, dans notre interview consacrée à cette édition anniversaire, l’ambition est de placer le territoire et ses habitants au cœur de l’événement. Pendant trois semaines, le festival sillonne ainsi le Val-de-Marne, mêlant artistes émergents et noms bien installés, avec la volonté de rendre la musique live accessible au plus grand nombre.

À Ormesson-sur-Marne, c’est Sinclair qui tenait le haut de l’affiche, précédé de Luna en première partie. Deux artistes, deux univers, pour une nouvelle étape de cette 40e édition que nous étions particulièrement heureux de vivre à quelques pas de chez nous.

Luna, la légèreté face à la gravité des mots

« Non, ce n’est pas Sinclair ! » À peine arrivée sur la scène du Centre culturel Wladimir d’Ormesson, Luna préfère prévenir le public avec humour. La jeune artiste a la délicate mission d’ouvrir la soirée, avant de laisser place à la tête d’affiche.

Lauréate du concours de talents Outloud, Luna n’en est pas à ses premiers pas sur scène. Comédienne depuis l’enfance, elle a également fait partie du duo électro-pop Brumes, avant de développer son propre univers musical, entre pop indépendante et chanson française intimiste. En juin dernier, elle participait notamment au Fier Gala à l’Opéra Comique, aux côtés de Pomme, Eddy de Pretto ou encore Bilal Hassani.

À Ormesson, Luna fait rapidement comprendre que ses chansons puisent dans des expériences et des sujets très personnels. Dès son deuxième morceau, elle présente À vide, sorti le jour même, une chanson adressée à celles et ceux qui ne se sentent pas bien dans leur corps. Le ton est donné : Luna n’hésite pas à aborder des sujets sensibles, quitte à bousculer un peu les émotions.

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Mais elle sait aussi alléger l’atmosphère. « La prochaine est plus sympa », prévient-elle avant d’entamer Tes mains. Quelques instants plus tard, elle annonce un passage en piano-voix : « Si ça vous va. De toute façon, c’est ce que j’ai prévu, donc si ça ne vous va pas, je ne sais pas quoi faire. » Une autodérision qui accompagne ses interventions tout au long du concert et contraste avec la vulnérabilité de ses textes.

Après Hurricane, un morceau qui lui tient particulièrement à cœur, Luna aborde un sujet autrement plus difficile. Elle explique avoir longtemps cherché les mots justes pour écrire Pulsion, une chanson consacrée aux agressions sexuelles. Il lui fallait trouver comment en parler, sans en dire trop ni trop peu. Avant de chanter, elle adresse un message à celles et ceux que ses paroles pourraient toucher profondément : ils ne sont pas seuls. Un moment particulièrement fort de ce début de soirée.

Pour terminer sur une note plus légère, Luna réserve une surprise au public : une chanson dont le mixage n’est pas encore terminé, qui évoque la difficulté de présenter ses excuses, avec cette phrase qui revient : « Dire pardon, j’y arrive pas. »

Elle conclut finalement son passage avec un titre déjà sorti, consacré à ces relations qui échappent aux définitions habituelles, quelque part entre l’amitié, l’amour et la tendresse.

Au cours de ce concert, Luna aura abordé des sujets difficiles sans jamais perdre son humour. Une première partie qui aura permis au public de découvrir une artiste aussi spontanée dans ses interventions que sincère dans ses chansons.

Sinclair fait groover Ormesson-sur-Marne

Avant de retrouver le Zénith de Paris le 25 novembre prochain, Sinclair faisait donc escale à Ormesson-sur-Marne pour cette 40e édition du Festival de Marne. Un cadre plus intimiste pour celui qui sillonne actuellement les routes avec sa tournée LUMIÈRE, entouré de cinq musiciens.

Sur scène, le décor est planté : de nombreux instruments et des luminaires aux ampoules orangées, suspendus comme des plafonniers à l’ancienne. Une ambiance chaleureuse, presque rétro, qui colle parfaitement à l’univers de l’artiste. Et dès les premières minutes, Sinclair annonce la couleur : il risque d’oublier « plein de paroles », mais l’essentiel est ailleurs. « On est là pour s’amuser ! » Au programme, de l’ancien, du présent et du futur, « pour les plus aventureux », lance-t-il après avoir jeté un regard amusé vers la salle, dont une partie du public a manifestement quelques années de fidélité au compteur.

Il faut dire que Sinclair sait mettre le public à l’aise. Dès le troisième morceau, il s’interroge : est-ce le premier concert de l’automne ou le dernier de l’été ? Une chose est sûre, sur scène, les musiciens commencent déjà à avoir chaud. « On est déjà moites, c’est bien ! », plaisante-t-il.

Tout au long de la soirée, les morceaux s’étirent en de généreuses séquences instrumentales, laissant à chacun l’occasion de s’exprimer. Les riffs de basse sont redoutables, les cuivres apportent parfois une touche jazzy et les rythmiques invitent irrésistiblement à bouger. Dans le public, les têtes hochent, les épaules se délient et les premiers déhanchés apparaissent. Sinclair, lui, passe avec aisance de la basse à la guitare, puis aux claviers. Tantôt chanteur funk survolté, tantôt crooner, il navigue entre les registres sans jamais perdre le fil de cette soirée résolument groovy.

Mais derrière cette énergie communicative, l’artiste sait aussi faire passer des messages. Avant d’interpréter Sauvage, Sinclair avoue chercher à chaque fois une manière intelligente d’introduire ce morceau, qui invite à décrocher un peu des écrans. Plus tard, il revient sur une période compliquée de sa carrière, autour de 2003-2004, marquée par des désaccords avec sa maison de disques. C’est dans ce contexte qu’il avait écrit Comme je suis, avec l’envie d’être compris et accepté tel qu’il était. Plus de vingt ans après, le morceau résonne toujours auprès du public d’Ormesson, que Sinclair invite à reprendre en chœur : « Faut qu’on m’aime comme je suis ».

Entre deux chansons, le musicien multiplie les interventions spontanées, avec cet humour qui semble ne jamais le quitter. Mais dès que la musique reprend, c’est toute la puissance de son groupe qui s’exprime. Les arrangements empruntent autant au funk qu’à la soul ou au jazz, avec une basse omniprésente et des musiciens qui prennent visiblement plaisir à jouer ensemble. Et c’est peut-être dans ces longs passages instrumentaux que le concert prend toute sa dimension. On se surprend parfois à suivre davantage ce qui se passe entre les instruments que Sinclair lui-même.

Alors que la fin du concert approche, Sinclair annonce l’un des derniers morceaux de la soirée. Mais le public n’en a pas tout à fait terminé avec lui. Après un rappel, l’artiste revient notamment interpréter Jane Jane, avant de refermer définitivement cette escale ormessonnaise avec Si c’est bon comme ça. Une dernière occasion de faire bouger le public d’Ormesson, avant de quitter la scène.

Une première à domicile réussie

Deux artistes aux univers bien différents, mais un même plaisir de partager la musique avec le public. De la sensibilité de Luna aux rythmes irrésistibles de Sinclair, cette soirée aura une nouvelle fois illustré la diversité de la programmation du Festival de Marne.

Et pour HexaLive, elle restera forcément un peu à part. Nous qui parcourons régulièrement les salles de concert pour aller à la rencontre des artistes, nous n’avions cette fois que quelques rues à traverser. Une première couverture à domicile qui rappelle aussi l’importance de faire vivre la musique au plus près des habitants.

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