Puis arrive St Blaise.

Et soudain, la terre bascule d’un demi-centimètre. Swan Vaude ne signe pas là un simple caprice de guitariste en mal de voix, un exercice de style pour occuper les silences entre deux tournées. Non. Il pose les armes de l’exécutant pour ramasser celles, beaucoup plus tranchantes, du songwriter.
… des harmonies ciselées au scalpel et une indie-pop qui sent la poussière des routes et la sève des souvenirs…
On le découvre chanteur. Charismatique, oui, mais d’un charisme qui ne s’impose pas à grand renfort de décibels ou de prouesses pyrotechniques. Il avance à pas comptés, le regard un peu fuyant, logé derrière un phrasé organique, des harmonies ciselées au scalpel et une indie-pop qui sent la poussière des routes et la sève des souvenirs. C’est ramassé, ramassé juste ce qu’il faut pour ne rien perdre en route. Trois minutes par titre, pas une seconde de gras, des chansons qui s’exécutent sans se regarder dans la glace.

Derrière les guitares car l’orfèvre veille, on ne se refait pas, il y a surtout ce mystère tenace. On essaie de faire le tour du bonhomme, d’épingler l’objet, de le ranger dans une case bien propre, et l’on s’aperçoit qu’il glisse entre les doigts. C’est l’histoire d’un lieu-dit, d’un ancrage intime, de ces petits cailloux blancs semés dans l’enfance qu’on vient raviver à coups de pédales d’effet bien senties et de mélodies hautement addictives.
Il le voulait cet automne, on le sait désormais. Il y tenait farouchement, à cette saison des brumes et des feuilles mortes. Et l’on comprend pourquoi : la sensibilité de cette œuvre s’y accorde au millimètre, jusque dans la texture des visuels et la froideur lumineuse des teintes.
C’est un disque qu’on écoute une première fois pour comprendre, et qu’on remet immédiatement en boucle pour le simple plaisir de se faire à nouveau surprendre.
Il faut tendre l’oreille. Il faut plonger dans ces textures de voix, guetter le moment précis où la retenue devient incandescente. C’est un disque qu’on écoute une première fois pour comprendre, et qu’on remet immédiatement en boucle pour le simple plaisir de se faire à nouveau surprendre. Ne cherchez pas à le décoder trop vite, courez plutôt l’enclencher sur platine et surtout, allez donc voir ce que lui et ses formidables compères ont dans le ventre quand ils jettent tout ça sur scène : c’est là, dans la sueur et le bois des guitares live, que la messe est définitivement dite.
À écouter / découvrir : notre interview
Swan Vaude – premier single annonçant l’album à venir
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