Hurakan, c’est à chaque fois une grosse claque en live, avec un frontman particulièrement magnétique. Normal, c’est du brutal death metal, du slam. Sur scène, l’énergie est incroyable, l’armature solide, le blast beat monstrueux. L’écoute au calme, à la maison, serait donc forcément une gageure.
D’abord les yeux
La pochette, digne d’un Goya macabre, période Peintures noires, présente un buste presque squelettique aux clavicules apparentes, hurlant de rage, les yeux révulsés ou aveugles. Deux visages semblent s’en détacher comme des masques de peau, d’où coule un liquide doré. Le tout ressemble à une toile peinte à l’huile, avec les marques des coups de pinceau et l’épaisseur des couches de peinture. La palette est presque entièrement noire et ocre, avec de légères touches de rouge sur les lèvres, la bouche et dans le coin inférieur gauche. La pochette saisit d’emblée et fait sentir la noirceur… On a l’idée.

À la lecture des noms des titres de ce 3e album, on s’attend à y trouver des thématiques dans les paroles liées à la violence et à la prédation (Break Their Spine), ou encore à l’introspection et à la culpabilité (The Mirror, Help Me, Eternal Scar), ainsi qu’un aspect mystique, presque religieux (Dogma, Lilith, Hollow Soul). Le voyage dans l’univers de Hurakan s’annonce prometteur. Univers illustré par le clip Dogma, qui met en scène l’aspect mystique avec le voile et le calice, très ritualisé, en alternance avec certains membres du groupe, entravés, enchaînés, prisonniers d’un espace clos.
Ensuite les oreilles
Les 30 premières secondes de Break Their Spine démarrent sur un effet instrumental en crescendo, qui s’intensifie comme une urgence. La tension monte, puis l’irruption de la voix du chanteur, imitant des respirations saccadées, vient soudain la tempérer. Avant une explosion brutale et redoutable ! Ça démarre sur les chapeaux de roues !
Sur les titres écoutés, l’album offre une belle démonstration de slam nerveux, avec un pig squeal efficace et des phases de respiration qui soulignent un rythme lourd, des changements de rythme, des breakdowns, voire des silences parfois assez longs.
Sur Disgrace, des voix en arrière-plan, façon chant lyrique d’église, apportent une touche de mysticisme à l’ambiance globale.
L’intro d’Eternal Scar, basée sur un sample/sermon, nous encourage à « penser à la mort pour mieux profiter de la vie », car, nous dit-on, « la mort fait partie de la vie ». C’est vrai, certes, mais l’important c’est que ce morceau offre ensuite, au bout d’1 min 30, un riff aérien délicieux et un chant plus « léger » du meilleur effet. Vers 2 min arrive un solo de guitare magnifique. Le tout se termine sur des grésillements de vinyle. Ce titre est prodigieux, littéralement !
Dogma, avec un nom aussi évocateur, semblerait prêcher une vérité incontestable que l’auditeur serait appelé à accepter sans retenue. Les cloches sonnent le début du titre (tel le glas ?). C’est l’heure de prendre sa claque : le blast beat est redoutable et la rythmique en fond, telle une alarme, nous maintient en veille constamment. Le pig squeal y est impeccable. Le morceau s’achève de manière improbable sur le même procédé de sample de vinyle old school avec une chanson légère. Le contraste est remarquable !
Blind Creed, presque futuriste, intègre un sample électro et un silence impressionnant de 3 secondes aux trois quarts du morceau. Hollow Soul propose un solo formidable avant un hurlement rugueux jusqu’au point final.
Lilith nous fait de l’œil avec un nom pareil : image de la femme démoniaque, part sombre du féminin, souvent reprise par les féministes. Dernier titre, mais pas des moindres, il démarre sur un rythme assez lent, cadencé, lancinant.
Chaque titre possède sa signature et représente un tableau avec sa propre atmosphère. L’album est ultra-travaillé, de la pochette au clip en passant par l’architecture des morceaux. De la cohérence comme de la dentelle ! L’univers d’Eternal Scars laisse une impression d’étrangeté rageuse, une colère sourde qui se répand quand elle n’est pas contrainte, réduite au silence par les instants de retenue insérés au cœur des morceaux. C’est écorché et puissant. À vif.
Finalement, l’écoute « au calme » donne des sensations proches du live. Ça défoule autant que cela intrigue. Toute la colère diffuse se cristallise entre ces titres pour notre plus grand plaisir. On en ressort presque aussi épuisé qu’en live. L’intensité est palpable. L’album est ultra propre et travaillé. L’écoute s’avère efficace : l’envie de revoir Hurakan en live pour ce nouvel album devient urgente !
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