Elias Dris – Pearl

Il y a des disques qu’on n’attend pas vraiment, et puis ils s’installent. On pose l’aiguille, ou l’on clique, et quelque chose dans l’air se densifie.

Pearl est sorti ce 18 septembre. Huit morceaux. Vingt-huit minutes. C’est court comme une explication qu’on retient. Ou comme une traversée qu’on fait de nuit, vitre baissée, juste pour voir si le vent a la même odeur qu’autrefois. Elias Dris a ramassé son affaire. Il a nettoyé les contours. Ce n’est plus du folk de carte postale, non. Ça brûle sous la cendre.

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Dès les premières secondes de Los Angeles, on comprend que les grands espaces ne sont pas là pour faire joli. Ils enserrent. Il y a cette voix remarquable, d’une clarté poignante, et du Jeff Buckley dans la manière qu’a le chant de flirter avec le vertige, et cette façon de promener ses fantômes : Marilyn, Janis, tous ces gens qui ont consumé leur part de lumière. C’est une esthétique de la carence, élégante et un peu cabossée.

On avance dans le disque comme dans une pièce fraîche après la canicule. Killed My Fun pose un rythme sec, presque distant, avant que California Blue ne vienne rappeler qu’on peut chanter la mélancolie sans trémolos inutiles, avec juste ce qu’il faut de stoïcisme et de grâce. C’est un disque affranchi, publié sous sa propre bannière via son label Hungry Poets Records, saluant au passage une belle exigence d’indépendance. C’est propre, mixé là-bas de l’autre côté par Kieron Menzies et sculpté au mastering par les mains expertes de Dominique Blanc-Francard et Adam Ayan, avec cette clarté qui n’oublie pas de saigner un peu.

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Elias Dris ne cherche pas à plaire. Il tend un fil. On marche dessus. Et quand résonne The End of the World en nous rappelant que « it’s a prom(ise), not a threat », ou que le disque s’achève sur Precious, on se prend à redemander un tour, parce qu’il y a des brûlures dont on aime bien l’empreinte.

Stedim (instagram)

Et pour ceux qui voudraient voir ce que ça donne quand ça bouge, trois fois rien, trois charmants bouts de pellicule à poser au creux des yeux :

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