Il y a, dans le paysage de la musique, ces figures qui arrivent par l’avenue large. Ceux qui n’ont pas connu les clubs froids et les guitares bancales. L’arrivée de DaviD – on parle ici de David Coscas, l’homme de l’écran [NDR : McFly de McFly & Carlito sur Youtube] qui désormais chante sa partition – et son premier EP, Le but du je, pose une question d’une simplicité désarmante, mais d’une complexité logistique insondable : peut-on se renouveler honnêtement quand les moyens vous ont déjà précédé ?

nobg edited

La matière est là, brute, souvent efficace

Il y a un consensus : le disque est sincère. Il est même habité. Il y a, dans cette voix une fêlure bienvenue, une urgence que l’on ne saurait feindre. L’EP est un pavé jeté dans l’eau du rock français. La matière est là, brute, souvent efficace.

Mais le rock, voyez-vous, est une affaire de légitimité, de souillure. Il est censé naître de la rareté, de la difficulté du premier prêt bancaire, de l’indifférence des médias. Or, ici, l’équation est toute autre. Elle est inversée.

Le « Je » de DaviD est un « Je » qui a les coudées franches.

PREMIER EP 1

Quand l’artiste arrive non pas avec sa seule rage, mais avec un accès direct aux canaux de diffusion, aux fonds d’investissement personnels, et – suprême ironie du genre – un modèle signature Marceau Guitars pour un premier EP…

La guitare est l’instrument de la preuve, et non du privilège

… c’est là que le malaise s’installe. Chez l’observateur. Chez le musicien qui peine. La guitare est l’instrument de la preuve, et non du privilège. Il y a une jalousie rampante, oui. Celle de voir le luthier français, artisan du bois et du temps long, s’allier d’emblée à celui qui n’a encore rien fait d’autre que l’aveu de sa douleur. Le geste est magnifique, la guitare sans doute parfaite, mais il est celui qui, d’emblée, court en Formule 1 sur la piste où les autres se débattent en F4.

Alors, la question positive se pose, mais avec l’amertume en bouche : n’est-ce pas là une nouvelle forme de renouvellement, propre à notre époque ? Faut-il encore croupir dans la cave pour mériter le micro, ou bien l’argent et la notoriété sont-ils devenus des accélérateurs de légitimité comme les autres ?

Ce renouvellement est le luxe de celui qui a déjà gagné le droit d’échouer sans conséquence

Le renouvellement est réel, la sincérité du projet audible. Mais il est le luxe de celui qui a déjà gagné le droit d’échouer sans conséquence. Tandis que l’artisan, le vrai, celui qui a passé vingt ans à parfaire son riff sans jamais voir la lumière, regarde ce But Du Je qui, finalement, a l’allure d’un voyage bien moins isolé que la plupart – Vous avez dit Voyage Isolé ? Comme Le Voyage Isolé de Barbo ? Une chronique précédente…

maxresdefault 2

C’est le paradoxe de notre temps : la quête de l’authenticité passe, parfois, par l’entremise du capital. L’EP est bon. Mais il n’aura jamais le goût, amer et essentiel, de la lutte perdue d’avance. Et c’est là, peut-être, que réside toute la mélancolie de notre époque.

Doit-on, dès lors, espérer que DaviD s’octroie le temps de se forger un style, puis une carrière, lui qui a déjà vu sa première tournée « intimiste » s’envoler en quelques clics, et qui, après ce succès initial, garde pour l’heure le silence sur la suite de son œuvre – ou cette incursion dans le rock est-elle destinée à demeurer un simple épiphénomène, une parenthèse dorée dans un agenda surchargé ? L’avenir nous donnera la réponse, dans l’attente du prochain geste.

Stedim (instagram)

À écouter / découvrir : notre interview

fancy Kings of the worlds interview hexalive Fancy Lire l’article

Les artistes dont on parle