Watt

Bertrand Belin ne nous livre pas un nouvel album avec ce “Watt” mais nous propose un petit traité de l’époque, chuchoté avec la plus grande des attentions. Un manuel de survie pour l’antihéros égaré entre les pavés luisants et la pluie de data incessante.

Dès « L’inconnu en personne », le ton est donné : une pop volontairement égarée, où l’électronique se fait plus présente, presque une tapisserie sonore, sans jamais masquer l’ossature essentielle du texte. On y décèle l’ambition, non pas de plaire à tout prix, mais de créer une distance salutaire avec l’ordinaire.

Le Vertige et le Détail

Bertrand Belin, en poète-écrivain, travaille à la méthode du tapir enragé, pourrais-je dire : une précision maniaque dans le choix des mots, mais une grande nonchalance dans leur agencement. L’écriture est un art du sens multiple, où “la béatitude” côtoie la fatigue sans que l’une ne prenne l’ascendant sur l’autre.
Il ne s’agit plus tant d’une chanson française racée que d’une chanson de l’Étrange, où le rock, le blues et une électro minimaliste fusionnent dans une élégance qui n’appartient qu’à lui. Ces chansons sont plus souvent que parfois pour moi des petits casse-têtes simples que je dois tripoter mentalement assez longuement pour les résoudre.

02507ec upload 1 oehfqumsbbm4 bertrand belin 2025 zazzo 0558 09

Écoutez le titre éponyme, « Watt » : il y a là cette puissance mesurée, cette tension sourde, qui ne demande qu’à faire péter les Watts sans jamais en avoir l’air. Le musicien breton sait que la véritable force n’est pas dans la démesure, mais dans l’économie du geste et la justesse de l’accord.
Il cite d’ailleurs Beckett, un autre funambule du désespoir poli, pour éclairer ce titre : une interrogation sémantique, une puissance électrique et un personnage de roman. Tout est dit, et rien n’est expliqué. C’est parfait ainsi. Petit casse-tête simple à tripoter longuement.

L’Élégance de l’Inabouti

Le risque, avec une telle maîtrise de son propre personnage, serait de tomber dans la caricature. Bertrand Belin frôle parfois cet écueil, mais s’en extirpe toujours par la finesse d’un arrangement ou l’inattendue d’un vers.

“Watt” est un album de passages. On y glisse du feutré de « Tel qu’en moi-même » à l’introspection numérique de « Pluie de data ». Un titre qui résume à lui seul le dilemme de l’époque : comment conserver son âme dans ce déluge d’informations non sollicitées ?

Au final, Bertrand Belin est ce chanteur étrange qui, depuis vingt ans, promène sa dégaine de dandy. “Watt” est la preuve, s’il en fallait encore une, que les plus grands voyages sont ceux que l’on fait en restant immobile, mais avec une oreille attentive et une plume acerbe. Un album tendre, grave et gracieux, où les divertissements sont subtils, mais indispensables.

In fine, le poète semble non-violent mais a encore frappé. Et l’on attend désormais, l’œil plissé, de voir l’homme faire péter les Watts en live lors de sa tournée de 2026.

Ah !  Et je ne saurais trop vous conseiller cette pépite d’interview marathon de Bertrand Belin par Arte Radio – interview non pas du chansonnier crooner mais de l’écrivain : 

Stedim (instagram)

À revivre : notre live report

Les Eurockéennes 2026, chroniques et photos sur HexaLive Eurockéennes 2026 : notre bilan complet de quatre jours de festival aux Eurocks Lire l’article

Les artistes dont on parle