Bonjour à vous deux, comment vous sentez-vous après ce concert?
Arthur : Nous n’avions jamais joué sur une scène comme celle-ci, devant autant de gens, dans un cadre aussi professionnel avec des équipes aux petits soins. Et tout ça en partageant la scène toute la journée avec des groupes comme Castle Rat, Dvne que j’adore depuis 6-7 ans ou Elder.
C’était presque ça qui nous a mis un peu la pression plutôt que de jouer devant peu de monde, et vraiment, c’était un régal pour nous. On commence à redescendre un peu et on se rend compte qu’on a joué sur une scène comme pareille, c’est trop bien.
Quand vous avez appris que vous alliez être programmés, qu’est-ce qui s’est passé ?
Arthur : Je suis venu il y a deux ans en tant que spectateur, j’ai découvert le Westill avec un pote qui s’est installé ici, qui a été le co-créateur du groupe. J’ai trouvé que c’était un festival de qualité avec une belle programmation. L’année dernière, c’est notre batteur Seb qui a fait l’expérience aussi. On avait un album qui sortait fin novembre 2024, et on a décidé de postuler. On fait le classique : on donne nos CD, on envoie des mails, etc.
En novembre-décembre dernier, je reçois un appel de Gauthier du Westill nous proposant de jouer au festival. Je suis devenu tout blanc et me suis dit : « Oh mon Dieu, qu’est-ce qu’il nous arrive ? ». En fait, c’est presque par là qu’on a commencé notre booking de 2025, presque par la dernière date. On savait qu’on allait monter en puissance sur toute l’année 2025, avec des petites dates à Paris, en province, et qu’à la fin de l’année on allait jouer devant plusieurs centaines de personnes à Vallet. Pour nous, c’était extraordinaire.
On essaie d’emmener l’auditeur avec nous là-dedans, parce qu’on a des choses — pas forcément à dire, mais à transmettre
Est-ce que, pour nos lecteurs, vous pouvez présenter Starmonger ? Votre histoire, vos influences ?
Arthur : C’est un groupe avec une ADN stoner aux influences variées. Parmi nos influences, on va citer Kadavar, Red Fang, Mars Red Sky, Graveyard. On a quand même cet ADN très fort, mais on essaie d’élargir un peu tout ça, avec beaucoup d’atmosphères différentes. On essaie de raconter des histoires. On est loin de l’étiquette stoner avec des riffs efficaces et des tunnels d’une demi-heure de riffs et de jams. On essaie plus de construire des ambiances, des contes, des histoires, de donner de l’émotion. Moi, j’ai une très grosse influence de Baroness là-dessus, avec des chants qui vont vraiment dans des directions où ça te hérisse le poil ; j’essaie donc de mettre un petit peu de ça dans la musique.
Le groupe a été créé vers 2013-2014, et le line-up a changé quarante fois depuis. Seb, le batteur, nous a rejoints en 2017 et Mathias, à la basse, en 2020. Avec le COVID, tout a été rebattu. On s’est vraiment demandé si on allait continuer le groupe. À ce moment-là, j’ai repris le lead vocal et avec l’arrivée de Mathias, on a réarrangé un peu certains morceaux pour pouvoir les jouer en live. De fil en aiguille, on a fait de nouvelles compos. Il y a presque eu un deuxième groupe qui a émergé depuis le COVID, et de ça est né justement le nouvel album Occultation. Un vrai effort commun, collectif, de trois personnes qui avaient envie de faire de la musique malgré les circonstances.

J’ai eu l’impression que, sur scène aujourd’hui, vous vouliez nous emmener en voyage quelque part. Est-ce que c’est l’idée, votre fil conducteur du groupe, d’emmener les gens dans un endroit qu’ils ne connaissent pas ?
Mathias : Cette atmosphère, ce sont un peu nos autres influences qui ressortent : le cinéma, la science-fiction, les livres, les aventures, le voyage. Je suis content que tu dises ça, parce que ça veut dire que ça marche en quelque sorte. On a envie que ça passe par des hauts et des bas, qu’il y ait des aventures, qu’on parle de sujets sérieux, et aussi qu’il y ait une sorte de fil conducteur, dans l’ensemble du set tout comme dans nos clips.
Arthur : On essaie d’avoir une musique qui se veut évocatrice. Quand les gens nous écoutent, on souhaite qu’il y ait un film qui passe devant leurs yeux. Et si en plus ils se penchent sur nos paroles, ils vont découvrir un environnement particulier, un univers un peu fantastique, avec des sujets sérieux derrière. C’est très noble de vouloir s’éloigner des problèmes de la vie de tous les jours via des univers imaginaires. On essaie d’utiliser ce vecteur pour parler de choses sérieuses : des pertes de repères, de la fuite en avant dans le travail, de santé mentale. C’est un peu caché derrière nos textes, mais ça donne de la gravité et de l’émotion. On n’est pas juste là pour dire : “Je suis trop content de partir dans l’espace”, mais plutôt qu’il se passe un truc en moi. C’est cet état que je mets dans ma musique, dans mes paroles, dans mes clips, dans mon univers artistique. Ce n’est pas forcément très conscient, mais on essaie d’emmener l’auditeur avec nous là-dedans, parce qu’on a des choses — pas forcément à dire, mais à transmettre.
Peut-on en déduire que sur Occultation, vous évoquez toutes ces émotions-là, ou vous y évoquez davantage vos expériences personnelles ?
Arthur : C’est plutôt un mélange de plein de choses. Avant d’écrire les textes, on parle des thèmes. Pour Occultation, je suis celui qui a écrit les textes. J’aime bien partir d’une influence, d’une émotion, qui est transmise par une œuvre que j’ai lue, vue ou entendue. Ça m’évoque quelque chose qui n’est pas toujours transposable en texte. Je vais partir de ça pour écrire mes textes. Par exemple, une chanson sur Occultation est influencée par La Montagne sacrée de Jodorowsky. Cela a donné une image mentale à laquelle le morceau va être rattaché. En fonction de ce que je ressens à un moment, ça va changer les textes, ça va changer la manière de chanter, ça va changer un peu les mélodies. Mais il y a cette matrice à l’origine : on part d’un univers, d’un conte, d’une histoire, et tout ceci va être un vecteur d’une émotion que j’ai eue à un moment. Si on arrive à amener l’auditeur là-dedans, on a gagné !
Mathias : On a une approche assez cinématographique dans ce que l’on fait.
On peut considérer qu’on évolue dans une terre de contrastes en voulant parler d’émotions graves avec une musique brute et massive ?
Mathias : C’est exactement ce que l’on veut faire. Il y a du rapide, il y a du lent. Il y a beaucoup de transitions dans un morceau, on veut surprendre. C’est un peu le côté prog de notre groupe. On essaie d’avoir, sur cinq minutes, huit tableaux différents.
Arthur : On veut raconter une progression. À un moment donné du morceau vous êtes là, peut-être que dans une minute vous serez ailleurs. C’est quelque chose que je tire beaucoup de mes écoutes, genre Elder et compagnie. Tu écoutes un morceau qui dure treize minutes et tu passes par tellement d’ambiances. C’est un truc qu’on aimerait faire.
Mathias : Mais nous, on essaie de condenser tout ça en cinq minutes (rires).
On a une approche assez cinématographique dans ce que l’on fait.
Concernant votre discographie, est-ce que vous êtes en train de nous construire une trilogie ? Il y a eu Revelation, puis Occultation. La suite, c’est quoi ?
Arthur : Ces albums, ça a été clairement des arcs dans la vie du groupe. Revelation, c’était la fin d’une phase, la première phase du groupe. Occultation, ce n’est — je l’espère — pas la fin, mais plutôt le renouveau. C’est pour ça qu’on avait choisi ce titre. Il y avait d’abord Revelation, puis maintenant le fait d’occulter, de cacher, et c’est tout ce qui peut être dissimulé derrière une façade. On est des personnes qui racontent plein de conneries. On essaie d’être joyeux, communicatifs, mais l’humour, c’est toujours une façade. Ce n’est pas toujours facile, la vie, et du coup tu as ce truc dans Occultation, où on parle d’histoires très positives, très lumineuses, qui cachent des choses pas forcément très cool. Pour le troisième album, on verra. Ce sera toujours un travail d’introspection pour l’écrire. On sort du cadre “album sur album”, mais ce soir, on a présenté un nouveau single, Sirenia, qu’on a enregistré durant la période Occultation, mais qu’on n’a pas pu mettre dans l’album…
… J’ai trouvé que c’est un morceau très folk, qui apportait de la nuance et tranchait avec le reste du set.
Arthur : C’est vraiment l’ouverture vers autre chose peut-être. Sur une date comme celle d’aujourd’hui, on avait toutes nos preuves à faire. Il y a une forme de prise de risque. On était aussi dans une bonne position dans la mesure où le public ne nous connaît pas et absorbe tout ce qu’on propose.
Comment avez-vous abordé la préparation du concert au Westill par rapport à celle que vous avez pour des concerts dans des lieux plus petits ?
Mathias : On joue la plupart du temps dans des bars et des petites salles. On a enchaîné quelques concerts avant le festival. Ce qui a changé pour le Westill, c’est qu’on s’est peut-être pour la première fois vraiment posé la question de l’enchaînement entre les morceaux. Ça nous a forcés à sortir un peu de l’idée de juste jouer nos morceaux. Cela nous a donné une nouvelle motivation pour nous améliorer et penser à d’autres choses : à quel moment on s’accorde, à quel moment on boit, comment on occupe l’espace. On n’a personne derrière nous pour nous apprendre ça, donc on tâtonne. C’était excitant pour nous de se lancer dans ce défi. Tu joues avec des têtes d’affiche internationales, Gauthier nous a fait confiance, on se devait d’assurer.
Arthur : Sur un festival, tu ne peux pas être un peu “schlag”, un peu “garage”, où tu fais une transition un peu pourrie en disant merci au public. Cela nous pousse à sortir de notre zone de confort.
Mathias : On ne va pas se mentir, le set d’aujourd’hui, c’est notre carte de visite. Si on veut essayer de retrouver un tout petit peu d’équilibre dans nos finances, de vendre un peu à côté, il faut donner envie. Il faut se donner sur scène.
Arthur : Pour l’anecdote, je suis descendu direct au merch après le concert : on a eu de super bons retours, ça réchauffe le cœur. Ce sont vraiment des gens qui n’avaient jamais entendu parler de nous avant et pour qui c’était une vraie révélation. Ça fait vraiment plaisir ! Surtout que ces retours viennent d’un public exigeant et connaisseur.
Avant de commencer à jouer, vous avez fait un check tous les trois. C’est votre rituel d’avant-scène, ou c’était histoire de vous rassurer ?
Mathias : C’est souvent ça, on le fait pour se motiver. C’est aussi pour vérifier que tout le monde va bien.
Arthur : C’est aussi pour se rappeler qu’on est un groupe et qu’on vient pour kiffer. Ce n’est pas facile à garder en tête, avec toute la concentration, que sur scène, il faut s’amuser. J’ai un gros problème avec ça. Je suis tellement concentré que j’essaie d’avoir mes mouvements, de bouger, d’interagir avec le public. Tu sors de scène, ça a été un tunnel et tu te demandes si tu en as vraiment profité. Ce genre de rituel te permet de te dire qu’on est quand même là pour prendre du plaisir.

Vous avez des morceaux préférés à jouer sur scène ?
Arthur : Ah, c’est marrant, on ne m’avait jamais posé cette question.
Mathias : C’est très biaisé ce que je vais dire, mais j’aime bien jouer les morceaux sur lesquels j’ai apporté beaucoup d’idées, où j’ai mis ma patte. Et puis après, il y a des morceaux du premier album que j’aime beaucoup, mais bon, on ne peut pas tous les placer. J’aimerais bien les rejouer un de ces quatre.
Arthur : Alors pour moi, le morceau qui nous met dans l’ambiance en ce moment, parce que c’est le premier qu’on joue, c’est Rise of the Fishlands. C’est le single du premier album, et on sait qu’on est à l’aise dessus. Tu commences le concert, tu es comme à la maison. Ensuite, pour Sirenia, je me mets beaucoup en difficulté parce que vocalement, on la joue en dernier, donc je suis rincé, et elle est ambitieuse pour moi. Mais plus on la joue, plus c’est un délire à jouer, elle est fun. J’aime jouer aussi Page of Swords, parce qu’on la déroule, et elle a beaucoup d’émotions. C’est un morceau très épique : elle a du riff, un refrain épique, la fin est délirante, c’est toujours un plaisir à jouer.
Vous m’avez indiqué que vous étiez très inspirés par tout ce qui est cinéma, science-fiction. Si votre musique était un film ?
Arthur : Ce serait plutôt un film de genre. Un film où tu te dis : c’est brillant, mais il n’y a pas beaucoup de budget ; ça part un peu dans tous les sens, ça t’emmène dans la jungle, dans l’espace. C’est le film dont tu te rappelleras toute ta vie, alors que ce n’est pas une grosse production. Un truc qui mélange fantastique, poésie, musique. Si je devais donner un titre de film, ce serait Moon, un film qui est sorti il y a 10-15 ans.
Demain, on vous sollicite pour partir en tournée afin d’ouvrir pour un groupe. Ce serait lequel ?
Mathias : Si on doit rester en France, ce serait pour Mars Red Sky. On les adore. Seb, notre batteur, a fait tous leurs clips. On les connaît un peu. Après, à l’international, ce serait Red Fang. On est chauds pour une petite tournée de cinq dates.
Une tradition qu’on aime bien chez HexaLive : quel groupe ou artiste de la scène française nous conseilleriez-vous d’interviewer ?
Arthur : On va dire des groupes de potes : Occult Hand Order et Qilin.
Spehis
Photos : Ombre_futile
Remerciements : Starmonger, Alex de M&O Office








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