Je te remets le contexte :
Moi, je suis plutôt une habituée des concerts de gros bourrins qui aboient dans un micro. Mon trip à moi c’est le métal qui tâche, qui thrash et qui te remet les boyaux du bide et de la tête bien en place.
Mais ça, c’était sans compter sur ma curiosité légendaire, sur mon amour des beaux mots et de quelques sons un brin électro. 

Tirée par le bras par mon poto Toto, qui me dit “Mais vient donc ! Ça te changera de tes bourrins quotidiens ! Tu vas voir, c’est bien !” 
Bon….ok. Je te fais confiance, toi mon copain non métalleux (parce que, oui je suis tolérante ! J’ai pas que des potes qui écoutent du métal….). Bref. 

Me voici, me voilà à écouter la discographie de ce Sam Sauvage… Il paraît qu’il a eu une victoire de la musique cet homme-là. “Meilleur espoir masculin” qu’ils disent les gens. Bon, ben moi, ça me va ! Écoutons ça. 
Et bien figure-toi que je trouve ça super bien, dis donc ! Même que j’ai hâte de voir le concert dis moi ! 
Je creuse un peu, je me renseigne… et je dégote une interview (que tu trouveras juste là). 


Mon cher Sam, 
Entre Prémices et Sam Sauvage, deux EP qui sonnent très live, l’album me paraît plus électro… Me trompe-je ?

C’est marrant, parce que moi, je trouve que c’est l’inverse ! Je dirais que l’album découle de rencontres et d’accidents. Sur le premier EP, je me cherchais ; sur le second, j’avais trouvé les bases ; et sur l’album, je suis allé chercher des sonorités plus organiques.

J’ai eu la chance d’être très bien entouré par des arrangeurs qui m’ont énormément aidé. Sur les EP, j’étais seul, donc beaucoup d’instru faites à l’ordinateur — d’où ce côté home-made que je revendique, d’ailleurs.

Pour moi, l’album est plus live que les EP… Les différents ressentis, c’est ça qui est intéressant !

Tu cites des influences comme les Rolling Stones, les Beatles, Bashung, Sparks, New Wave… J’entends aussi des influences plus récentes…

Oui, j’ai beaucoup d’influences bien plus récentes. Le clin d’œil à Stromae, par exemple, c’est parti de là. Je ne pouvais pas chanter ce texte autrement, et je ne m’en cache pas. J’assume totalement. J’écoute plein de choses, et parfois je fais des fixettes dessus. En ce moment, je suis en boucle sur Teddy Van Hall. J’aime ses sonorités et le côté organique de sa production, que je recherche aussi.

Pour la composition : tu commences par les notes ou par les mots ?

Ah, ça, c’est la grande question ! C’est le grand chaos, je dirais. Et c’est là le grand risque, parce que l’industrie du disque aujourd’hui demande à ce qu’on produise beaucoup, qu’on sorte des disques souvent pour ne pas se faire oublier… Moi, je me refuse à ça. Je me refuse à me forcer à écrire.
Je pars souvent d’un thème, d’une phrase ou d’une boucle sur ordi. Y’a pas d’ordre aux choses, juste l’inspiration.

Plume ciselée, qui sonne parfaitement : d’où te vient-elle ? Quelles sont tes influences littéraires ?

À mon grand regret, je n’ai pas lu les œuvres littéraires classiques de référence. Je commence d’ailleurs à les lire là, en tournée.
Je dirais que ça vient de ma mère, instit, qui m’a donné l’amour des mots. Mais je vole souvent des phrases aux gens. Je trouve qu’on n’écoute pas assez les gens, alors… Pour ma part, c’est un peu cliché, mais j’adore errer dans les cafés et entendre les gens parler. C’est comme ça qu’est née la chanson sur les langages de l’amour : un ami d’un ami disait « Il ne comprend pas les langages de l’amour ». J’ai trouvé ça beau, et je l’ai repris pour écrire.

Je vole des phrases aux gens.

À 26 ans, comment fais-tu pour avoir une telle profondeur dans tes textes ?

Je suis jeune, c’est vrai, donc je n’ai pas forcément une expérience folle. Ce sont les gens qui donnent de la profondeur à mes textes. J’ai eu la chance d’avoir une enfance heureuse, même avec l’absence de mon père. Ma mère m’a tout donné, et j’étais bien entouré. Il y a cette faille, effectivement… Mais qui n’en a pas ? On se construit tous sur une faille, plus ou moins grande. Moi, ça va.
Il y a trois ans, j’écrivais différemment, beaucoup à la première personne… Aujourd’hui, j’utilise beaucoup le « on », le « il ». Il faut savoir s’ouvrir pour parler de sujets sociétaux, alors j’ouvre, grâce aux gens, les portes de mon microcosme social.
Je n’ai pas une vie extraordinaire, contrairement à ce que les gens peuvent penser. J’aime pas l’idée de « vie normale » : chacun est extraordinaire. Alors je dois cette profondeur aux moments de vie que les gens me donnent, quand je sors, quand je rencontre des gens, quand je vais boire des coups avec mes amis.

Tu peux dire « je ne sais pas danser », et pourtant, c’est bien ça qui t’a fait connaître. Comment fait-on pour transformer ses peurs en force ?

C’est un grand paradoxe, parce que je n’aime pas mon grand corps, ni ma gueule… Mais je pense que plus tu fais n’importe quoi, plus tu casses l’image sacralisée que tu as de toi. Plus tu te vois, moins tu te regardes. Et comme j’aime me sentir libre, j’ai lâché prise sur scène, alors que je ne pouvais pas faire autrement. Et j’y ai éprouvé un plaisir presque maso… (rires)

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Quoi de prévu après la tournée ?

On va déjà faire ce qu’il y a à faire avant de penser à l’après. Les deux grandes salles parisiennes, c’est vrai que ce sont des dates importantes pour les gens et pour les professionnels… Mais je ne veux pas me brûler les ailes à penser à l’après. J’avais parié avec mon grand-père qu’un jour, je le ferais, et c’est fait ! Je l’ai même invité.
Pour moi, chaque date est importante. Ce soir, c’est Nantes ; demain, c’est Blois. Et il n’est pas question de prendre la province pour le rodage des dates parisiennes. Pour moi, dans ce cas, la vie entière est un rodage. Je considère chaque moment. Je penserai à l’après… après.


Cap ou pas cap ?

  • Cap pour le nœud papillon sur le prochain album ?
    Cap ! Mais pas envie.
  • Allumer le barbecue au lance-flammes ?
    Pas cap, je suis trop maladroit ! J’aurais peur de tout brûler.

Si tu pouvais aller voir un groupe qui n’existe plus sur scène, ce serait qui ?

Cliché, mais… les Beatles ! Pour la légende, pour ces mélodies qui restent dans la tête. Voir ça de mes propres yeux ! Tout le monde doit te dire ça, non ?

Bah non… Moi, j’interviewe des gros bourrins, et ce n’est pas le genre de groupe qu’ils me donnent 🙂 Donc pour moi, c’est une première ! On ne m’avait jamais répondu ça ! Tu es le premier, cher Sam !

(rires)


Sam Sauvage Chatodo 14032026©Axl Hexalive 14

Le lendemain, je me poste donc au premier rang du concert, pour prendre quelques clichés que tu peux admirer ici et là, mais surtout pour me rendre compte de tout ce que cet artiste a à offrir sur scène. 

Et bien franchement…j’ai été impressionnée. 

Je vois arriver un grand jeune homme, qui dégage une maturité débordante, presque anachronique à son jeune âge. Habillé en VRP, il entre sur scène et sert toutes les mains du premier rang. Le charme opère.

Une énergie en veux-tu, en voilà ! Et pourtant je suis habitué au concert qui envoie du bois ! 

Mais là, c’est une énergie différente. Authentique, pleine de couleurs et de lumière. Comme un arc-en-ciel qui vient se poser là , juste devant tes yeux. Il souffle un vent de liberté dans cette petite salle de province…et moi, j’adore le vent dans mes cheveux.

Ça commence par le rouge, la couleur fétiche de ses fabuleuses chaussettes et sa cravate qu’ils ne quittent pas.

Et il fait la pluie et le beau temps Sam Sauvage. Il te fait son Avis de tempête, il te dit qu’il pleut des femmes, il te parle de la fin du monde, des romantiques , des gens qui dansent tout en disant qu’il ne t’aime plus et qu’il est pas beau. 

Et puis il y a sa voix… ce ton unique qui te prend aux tripes sans prévenir. Sam Sauvage, il a ce phrasé à la Bachung — tu sais, ce mélange de nonchalance et de précision chirurgicale, comme s’il posait chaque mot sur un plateau d’argent avant de te le balancer en pleine pomme. Une voix qui glisse entre le parlé et le chanté, avec des intonations qui te font penser à un pilier de comptoir élégant en train de te raconter une histoire acoudé au zinc mais un pilier qui aurait avalé un dictionnaire et un synthétiseur. Parfois rauque, parfois douce, toujours juste, comme s’il jouait avec les syllabes comme un chat avec une pelote de laine. Et quand il laisse traîner une note ou qu’il casse un mot en deux, tu te dis : « Fichtre ! c’est ça, la classe. » Pas besoin de growl, pas besoin de pig squeal — il suffit d’être là, et ça te suffit à toi aussi.

Et moi, la métalleuse invétérée, je me suis surprise à chanter aussi, à voix haute. Parce que parfois, la musique, c’est pas une question de style ou de décibels. C’est une question de vibrations, de ces frissons qui te parcourent l’échine et te font oublier qui tu es, d’où tu viens, et surtout, ce que tu écoutes d’habitude.

Sam Sauvage Chatodo 14032026©Axl Hexalive 16

Alors oui, Toto avait raison. Ça m’a changé de mes bourrins quotidiens. Pas pour les remplacer, non. Juste pour me rappeler que la musique, la vraie, celle qui te prend aux tripes et qui te procure de l’émotion, elle n’a pas de frontière. Elle n’a pas besoin de hurler pour te faire taire. Elle n’a pas besoin de distorsion pour te faire vibrer.

Sam Sauvage, avec ses chaussettes rouges, sa cravate et ses mots qui dansent, m’a offert une soirée où j’ai ri, où j’ai frissonné, où j’ai même dansé (chut, c’est notre secret ! ). Et surtout, où j’ai compris que la valeur, effectivement, n’attend pas le nombre des années.

Alors merci, Sam. Merci de m’avoir rappelé que parfois, il suffit d’un peu de curiosité et d’un ami un brin têtu pour découvrir un univers qui, au final, te ressemble peut-être plus que tu ne le penses.

Et Toto ? La prochaine fois, c’est moi qui te traîne à un concert de métal. Je te ferai danser partout et n’importe comment. J’adore. 

Axl Aire

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