Il y a chez lui cette élégance du sideman : être partout, être nécessaire, mais rester sur le bord.

C’est un artisan. Il ne crie pas. Il n’a pas besoin. Depuis les années 90, il est celui qu’on appelle quand le silence devient trop lourd ou quand la chanson manque de squelette. On l’a vu chez Zaho, on l’a vu chez Biga*Ranx… et Barrington Levy, Horace Andy, Mo’Kalamity, Kimberose… la liste semble sans fin. Il a marché dans les pas des géants, les Wailers, les Gladiators, sans jamais faire de bruit avec ses bottes. Il y a chez lui cette élégance du sideman : être partout, être nécessaire, mais rester sur le bord.

Il possède deux Grammy Awards. Il ne les porte pas autour du cou. Ils sont sans doute quelque part dans son studio, l’Attic Studio, là où il polit les sons. C’est un homme qui connaît la géographie des cordes, la résistance du bois, et cette manière très particulière qu’a le reggae de s’arrêter pour mieux repartir. On l’appelle, il vient, il branche, et soudain, le morceau tient debout.

Kubix GuitarChantDeluxeEdition Visuel bd

Puis, il y a l’album. Guitar Chant. Le titre est un oxymore. On n’y chante pas avec la gorge, on y chante avec les doigts. C’est un disque qui ressemble à un carrefour. Paris, New York, Kingston.

La presse a parlé d’un « Everest ». Peut-être à cause de la hauteur de la vue. On y croise vingt et un musiciens. Ce n’est plus un groupe, c’est une expédition. Il y a Vin Gordon et son trombone qui a vu l’histoire de la Jamaïque s’écrire. Il y a Aya Kato au piano, une présence japonaise, précise, comme un trait de plume.

… la guitare de Kubix ne se contente pas de jouer, elle occupe la place de la voix lead.

Les chroniques sont tombées, unanimes, comme une pluie fine. La Grosse Radio y a vu une “fantaisie créative” où l’instrumental ne s’ennuie jamais de la parole. Paris-Move a salué ce “crossover réjouissant”, notant que la guitare de Kubix ne se contente pas de jouer, elle occupe la place de la voix lead. Elle tracte l’ensemble. Le Dubblog allemand, lui, s’est incliné devant cette “intelligence physique” du groove.

On raconte que l’album était prêt, masterisé, juste avant que le monde ne se ferme en 2020. Un timing de métronome. Kubix y a mis ses dimanches avec ses neveux (Sunday Children), sa paternité toute neuve, son mariage. C’est un disque domestique et universel à la fois. Il y a cette anecdote sur le titre Still Standing : le batteur Simon Roger y fait chanter sa caisse claire d’une manière si particulière qu’on croirait entendre une ponctuation humaine. Et puis il y a la version Deluxe (2022). Celle où les amis sont venus. Clinton Fearon, le vieux lion, et Ben l’Oncle Soul, venus poser leurs mots sur ce qui n’en avait pas besoin, mais qui, finalement, s’en trouve grandi.

Il me faut confesser une chose. Une lacune. Je ne connaissais rien, ou si peu, de cette île, de cette musique qui avance comme une marée constante. Le reggae m’était étranger. Une terre lointaine dont je ne parlais pas la langue.

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Et puis, il y a eu ce soir de mai 2023. L’Olympia. On entre sous les lettres de néon rouge comme on entre en religion. Une invitation, un hasard, une place qu’on occupe sans trop savoir ce qu’elle nous réserve. Sur scène, il y avait Max Romeo. Un homme chargé d’années, un monument de chair et de mémoire qui venait nous dire au revoir. Un départ définitif, le rideau qui se prépare à tomber.

Mais à son côté, il y avait lui. L’homme à la Gibson. C’est là, entre les murs de cette salle qui a tout entendu, que j’ai vu Kubix. Il dirigeait le vent. Il donnait le tempo à cette légende qui s’en allait. J’ai vu la précision du geste, cette manière de cueillir les notes sans les blesser, dans le velours de l’Olympia. Ce n’était plus du reggae, c’était de la physique. Une géométrie du bonheur.

Kubix était ce traducteur. Le pont entre mon ignorance et cette vibration-là.

C’est là que j’ai compris. On peut ignorer l’histoire des Wailers, ne rien savoir de Kingston, et pourtant être frappé par la justesse d’un accord. Kubix était ce traducteur. Le pont entre mon ignorance et cette vibration-là.

Je suis sorti sur le boulevard des Capucines. La ville était bruyante, indifférente. Mais dans mes oreilles, la guitare de Xavier continuait de parler. Elle disait que le hasard fait bien les choses. Elle disait que la musique, finalement, c’est ce qui reste quand on a oublié les étiquettes.

Et voilà que ce 11 décembre 2025 est sorti un nouveau single – Darkness & Light. On se prend à espérer à nouveau, hum ?

Stedim (instagram)

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