Dynamite Shakers – Rock rétro dans le viseur 

Le 29 août dernier, nous vous parlions sur Instagram d’une prestation live grandiloquente : celle donnée par Dynamite Shakers au Domaine de Saint-Cloud sur la scène de Rock en Seine. Venu défendre son nouvel album, Marilyn, sorti chez Barclay le 28 août 2026, le groupe avait su nous convaincre sans trop d’effort avec son énergie de rockstar assumée et son jeu d’une précision chirurgicale. Mais quid de la version studio, alors ? 

S’inscrire dans la continuité du rock français 

Je me souviens de la première fois où j’ai entendu un morceau de rock comme si c’était hier. Nous devions être en 2006, année de sortie du légendaire Télephone Illimité, et mes parents, nostalgiques de leur jeunesse, passaient en boucle les remasterisés de Cendrillon, d’Un autre monde et de La bombe humaine à chaque fois que nous montions dans la voiture. Dans mes oreilles de petite fille jusqu’alors plutôt habituées aux mélodies enfantines d’Emilie Jolie, quelque chose d’incroyable venait de se produire. 

La saturation des guitares, l’énergie pure du rock et les messages anticonformistes résonnèrent en moi comme une évidence, s’immisçant dans tous les recoins de mon être et donnant instantanément un sens palpable au mot musique, dont je découvris soudain le pouvoir transformateur. Mais pourquoi diable vous raconter cela ? Après tout, vous avez cliqué sur cet article non pas pour lire mes souvenirs d’enfance, mais bien pour savoir ce que vaut Marilyn, le dernier album de Dynamite Shakers, non ?

Et bien parce qu’en l’écoutant, j’ai de nouveau ressenti cet émerveillement, cette transcendance que j’ai connu il y a vingt ans en écoutant du rock pour la première fois. Et c’est probablement là que réside la force de Marilyn : retranscrire cette fougue adolescente sincère et non altérée dont les rockeurs d’antan avaient la ferveur et le secret. Du choix des sonorités aux thématiques abordées, Dynamite Shakers fait un honneur magistral aux codes du rock français des années 80/90, les revisitant à la sauce 2026 sans jamais les parodier.

Au bon endroit au bon moment : le choix pertinent du français

Après un premier album en anglais qui pouvait laisser penser du quatuor vendéen qu’il n’était qu’un énième héritier des Strokes et autres Arctic Monkeys comme on en trouve dans à peu près tous les pubs d’Europe, Dynamite Shakers redonne à la langue de Molière ses lettres de noblesse en intégrant à Marilyn des morceaux en français qui, il faut le dire, figurent parmi les plus marquants de l’album. 

Et c’est là une prouesse qu’il faut reconnaître au groupe : celle de pouvoir produire des top-lines engageantes et efficaces dans plusieurs langues, avec le même aplomb et la même pertinence pour les deux idiomes que contient Marylin. Car il faut bien se l’avouer, écrire en français est un risque au regard de la capacité presque mystique de cette langue à faire passer une suite de mots somme toute très respectables pour une phrase cheesy et carrément kitsch dont les chanteurs de RnB ont le secret. 

Alors que de nombreuses formations font aujourd’hui le choix de l’anglais dans la perspective d’une carrière internationale facilitée, l’écriture en français se fait-elle dès lors un outil de différenciation sur la scène nationale ? En tout cas, pour Dynamite Shakers, la question est légitime, puisque c’est ce virage qui risque bien d’offrir au groupe une nouvelle visibilité qui se fait déjà ressentir, à en croire le nombre de personnes qui m’ont parlé d’eux ces trois dernières semaines. 

Un album qui donne l’impression d’en écouter plusieurs

Il est des albums pour lesquels on peut facilement affirmer que tous les morceaux se ressemblent, fruit d’une paresse créative assumée ou d’une surutilisation inconsciente d’une recette qui, si elle a certes fonctionné un jour, mériterait d’être renouvelée un peu (je parle de vous, AC/DC). Sur Marilyn, cette sensation ne se manifeste pas pour une raison simple : l’organisation d’un passe-passe vocal ingénieux entre Lila-Rose Attard et Elouan Davy, respectivement bassiste-chanteuse et guitariste-chanteur de Dynamite Shakers. 

En solo sur certains morceaux, à l’unisson sur d’autres, tantôt en français, tantôt en anglais, parfois les deux en même temps : c’est toute une palette de possibilités que nous propose Marylin, oscillant entre des chansons énergiques qui donnent envie de danser toute la nuit dans le sous-sol d’une salle de concert et des rengaines plus douces parfaites pour regarder le soleil se coucher à travers la vitre du RER. Pour le dire autrement : Marilyn n’est pas un album ennuyeux, bien au contraire. 

Un invité surprise vient d’ailleurs donner un nouveau coup de pédale à cet opus déjà plus cinétique que les cinq derniers albums de Gims. The Liminanas, duo éminent de ce rock underground que les puristes de “l’artiste niche” aimeraient pouvoir garder rien que pour eux, fait en effet à Dynamite Shakers l’honneur d’une présence évidente sur ce second album. Ensemble, les deux formations signent Black Out, onzième morceau de Marilyn, mais surtout théâtre d’un solo de guitare bien rétro comme on les aime. 

Est-ce que le rock, c’était vraiment mieux avant ? 

“Ya plus de rock, ya plus de rockeurs, ya plus de rockeurs, faut être honnête !”. C’est ce qu’Eddy Le Quartier affirme parodiquement en 2009 dans une vidéo publiée sur internet, un pastiche que beaucoup prirent au pied de la lettre tant le déclin des grandes années du rock semblait déjà évident. Amorcé en partie par la perte tragique de grandes idoles des années 80, mais aussi l’avènement de la pop puis du rap comme nouvel étalon musical sur les radios du monde entier, le rock a certes perdu de sa superbe, mais est bien loin d’avoir dit son dernier mot, et Dynamite Shakers semble déterminé à nous le prouver. 

Car de Marseille à la Vendée, des SMAC de l’Ardèche aux stades de la capitale, nombreux sont ceux qui comme eux ont à coeur de continuer à faire résonner cette culture libératrice et profondément subversive dont ce monde lisse et aseptisé de l’ère post-covid a terriblement besoin. Marilyn, c’est un pied de nez supplémentaire à tous ceux qui scandent haut et fort la mort de ce bon vieux rock n’ roll, qui se refusent à l’émergence d’un son plus actuel et qui affirment à qui veut l’entendre que la France n’a pas connu de bons guitaristes depuis Louis Bertignac (alors que Pierre Danel existe ? Sérieusement ?). 

Alors, que vous soyez nostalgiques de ces parties de flipper au fond d’un troquet qui ont fait votre adolescence ou que, comme moi, vous ayez pris le train de rock français en marche beaucoup plus tard, tendez l’oreille et donnez sa chance à Marilyn. Vous risqueriez bien d’avoir envie de ressortir de votre vieux cuir du placard et de réserver des places pour danser devant Dynamite Shakers au Trianon le 27 février prochain. Mais attention aux articulations quand même, on a plus vingt ans !

Soprettyrocker (Instagram)

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