Un bel EP de blues rock semble être passé sous les radars depuis février dernier, et c’est là une omission qu’il nous incombe de réparer, le front haut et l’oreille tendue vers les choses de grande valeur. Ce disque s’intitule Higher Land. Il est signé Call Me Gone. Et c’est une affaire de corps, de souffle et de gravitas.

Après avoir longtemps mis son talent au service des autres, le guitariste et chanteur Julien Fromont – originaire de Lyon, ce qui lui vaut ce surnom de « Gone », et formé à l’exigeante American School of Modern Music de Paris – s’affirme enfin avec son projet solo. Celui qui a écumé les scènes les plus prestigieuses, de l’Olympia à Jazz à Vienne, a trouvé dans l’intimité du confinement l’évidence d’un retour aux sources.

Dès les premières secondes, le constat s’impose, net, tranchant, sans appel : les guitares y sont bonnes. Évidemment qu’elles le sont. Comment pourrait-il en être autrement quand on y décèle la patte, la précision, la fine lame de ce même Julien Fromont ? Il y a là quelque chose de l’ordre de l’évidence coutumière, du travail ciselé à même le bois de l’instrument.

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© Bruno Aressi

Mais ne nous y trompons pas. Ce ne sont point des solitudes de façade. Tous ces musiciens, tous ces zicos qui peuplent et hantent ces pistes, sont de belles pointures. Ça s’entend. Cela s’écoute dans la moindre inflexion, dans la tenue de la note, dans cette manière rigoureuse et ample d’habiter l’espace. En témoigne cette section rythmique de cœur, constituée de Gilles Sonnois à la basse et Pascal Bost à la batterie, dont l’interaction vivante a été capturée de main de maître par l’ingénieur du son Rico Lopez au OffRoad Studio. Et pour parfaire ce grain organique, le mastering de ce disque paru en février 2026 a été confié à John Spence au mythique Fairview Studio.

Cet EP de folk, de blues et de rock n’est jamais, ô grand jamais, fainéant. Non. Il avance. Il pulse. Les orchestrations y sont d’une belle richesse, inspirées, charpentées par des arrangements texturés – où l’on croise aussi bien des riffs électriques que des incursions de mandoline ou de banjo – qui épousent le contour des chansons comme une seconde peau. Financé grâce au soutien d’une communauté fidèle sur KissKissBankBank, de l’incisif Stunned au profond morceau-titre Higher Land, ce carnet de route sonore prouve avec éclat que le blues n’est pas une musique du passé, mais un langage bien vivant.

Rien n’est jeté au hasard ; tout respire, tout s’imbrique avec une grâce têtue. On y entre par curiosité, on y demeure par nécessité. Un premier format court qui ne demande qu’à grandir, à s’étendre, à faire feu de tout bois. C’est bon, c’est droit, c’est vivant.

A écouter sur toutes les plateformes dignes de ce nom et ci-dessous :