Salut Clément, merci de répondre à nos questions. Comment ça va ?
Ça va très bien, c’est un plaisir.
Ouverture en Valley au Hellfest, ouverture aujourd’hui au Westill. On va finir par penser que Wormsand est un spécialiste des ouvertures ?
On n’espère pas être, à terme, un groupe d’ouverture. Pour nous, c’est cool, et on est contents d’avoir ouvert le Hellfest sur la Valley et d’avoir ouvert aujourd’hui le Westill.
Vous êtes originaires de Menton. Comment, au pays des citrons, on se dit qu’on va faire du rock’n’roll et monter un groupe ?
On a commencé à se connaître entre copains, à jouer de la musique très fort et très lentement. On n’avait rien de mieux à faire, car chez nous c’est tout mort. Moi, ça me fait rire, mais je pense qu’il y a un petit peu de vrai là-dedans. Quand tu habites en ville et que tu as plein de choses à faire, peut-être que tu peux avoir envie de faire autre chose.
Vous avez monté le groupe avec Julien. Comment s’est passé le démarrage ?
Avant Wormsand, on avait un autre groupe ensemble, que j’avais rejoint. Quand ce groupe s’est terminé, on a eu envie de continuer à jouer ensemble. On savait qu’on avait envie de faire ça, dans ce style de musique. On avait envie de trouver un batteur pour faire ce projet avec nous. Il y avait cette idée-là. Artistiquement, on avait envie d’explorer ça.
Vous avez sorti deux albums. Le premier, Shapeless Mass, avec des chansons de près de 6 minutes, et un second avec des chansons plus courtes, plus directes. Est-ce que c’était une volonté de votre part ?
Le premier album fait suite à un EP très instinctif, vite composé, vite sorti. Pour You The King, on a beaucoup réfléchi à ce truc-là. On s’est posé plein de questions. On a tourné le truc dans tous les sens. On a eu envie de revenir à quelque chose de plus primaire, plus instinctif. Quelque chose de plus naturel, de moins calculé. C’était vraiment notre démarche. On savait qu’on voulait faire un truc plus direct, moins prog. On ne s’est pas fixé énormément de critères. On a dit : on y va, et on voit ce qui sort.
Tu partages le chant avec Julien. Comment vous décidez de le répartir ?
Il chante bien, et je pense que je chante bien aussi. Selon les parties, on se dit : là, ta voix irait bien ; là, plutôt la mienne. On a la chance d’avoir deux textures différentes. Donc on les exploite selon ce qui nous semble pertinent dans chaque partie des morceaux.

Quand vous vous faites des doigts d’honneur sur scène, c’est pour vous dire « je t’aime » ? C’est une preuve d’amour ?
Évidemment (rires). Ça fait plus de 10 ans que nous sommes copains. Ça crée des liens. Passer tout ce temps-là à tourner ensemble, partager tout ça… Après, ce n’est pas quelque chose qui est calculé.
Le choix du nom de groupe, c’est lié au ver de Dune ou au ver de Beetlejuice ?
Non, plus Dune. On voulait un gros truc, un truc un peu massif. On avait cette idée-là par rapport au nom du groupe. Je ne suis pas un gros fan de Dune, mais on trouvait que c’était approprié.
Vous avez été repérés par Mars Red Sky et avez signé sur leur label Mrs Red Sound. Comment s’est passée la rencontre avec eux ?
On se connaissait déjà. Quand on a commencé à travailler sur You The King, on s’était croisés et ils m’ont dit qu’ils regardaient un peu ce qui se fait, s’il y a des groupes qui ont des trucs à proposer. On leur a dit qu’on avait fini de composer de nouveaux morceaux et proposé de leur faire parvenir des démos. Ils ont été partants, donc c’était assez simple. Je pense que ça correspondait à ce qu’ils recherchaient. Nous, ça nous allait très bien de bosser avec eux. En plus, on a enregistré cet album dans notre local. On a la chance d’avoir un grand, beau local. On a fait ça avec des gens qui bossent super bien, des copains, mais qui sont aussi de très bons techniciens. On a pu faire cet album comme on le voulait, avec l’équipe qu’on avait, avec qui on avait envie de bosser.
Ça a peu de sens de travailler avec des gens si vous ne leur faites pas vraiment confiance.
On peut dire que c’est un disque de copains ?
Il y a cet aspect-là. Nous, on marche beaucoup à la confiance. Les gens qui se retrouvent à bosser avec nous sur le projet, ce sont des gens à qui on peut se fier. Ce critère-là, c’est le plus important pour nous. Ça a peu de sens de travailler avec des gens si vous ne leur faites pas vraiment confiance.
Dans votre manière de construire votre musique, vous avez des influences particulières là-dessus ? Ou chacun apporte sa touche selon ce qu’il écoute ?
L’idée de base du projet, c’était de faire quelque chose qui ressemble à ce qu’on fait aujourd’hui. C’est la même manière d’envisager un projet artistique : tu pars d’une idée, tu as quelque chose à dire. En tant que musicien, tu as un propos à tenir. Je veux faire quelque chose qui a cette couleur-là. Cela étant, ça ne veut pas dire que tu vas réussir ton objectif. On ne se dit pas qu’il faut que ça ressemble à tel groupe ou tel type d’émotion. Ça passe par les choix d’accords, les signatures rythmiques, des trucs comme ça. Puis tu mets un petit chant comme ça…
Dans la manière dont tu décris cette construction-là, il y a un côté artisanal. Est-ce que tu as le sentiment d’être un artisan du rock’n’roll ?
Artisanal, j’aime bien comme terme. En fait, pour moi, quand tu fais de la musique, tu as une espèce de boîte à outils de tout ce que tu peux faire. Et plus tu as progressé dans ta vie de compositeur, plus il y a de choses dans lesquelles tu peux aller piocher. Et tu peux te nourrir de ça. Donc tu vas récupérer tel truc, telle influence, tel groupement d’idées, et tu en fais tes morceaux. C’est ça, l’art : tu crées avec ce dont tu t’es nourri.
En ce moment, vous vous nourrissez de quoi ?
La réponse est très personnelle. Je ne vais pas répondre à la place des autres. Qu’est-ce que j’écoute en ce moment ? Pas tant de trucs que ça, pour être honnête avec toi. Montanita, c’est une espèce de pop psyché. Un petit peu de Daevar aussi, pour rester plus proche de la scène stoner doom. Globalement, ça reste très rock.
C’est ça, l’art : tu crées avec ce dont tu t’es nourri.
Vous venez de changer de batteur récemment. Comment s’est passée la transition ?
Antoine a réussi à prendre le set rapidement. Il a pris la place derrière les fûts un peu dans l’urgence cet été. Il y a déjà une certaine complicité entre lui et nous deux. Antoine, j’ai déjà joué avec lui. On avait un groupe qui s’appelait Bourbier. On jouait du sludge. C’est pour ça que j’ai pensé à lui quand il a fallu trouver quelqu’un à la batterie. En plus, il joue dans un groupe qui s’appelle Spiral Park et était en tournée juste avant. On l’a récupéré sur la route. Il n’est même pas passé par chez lui. Bravo à lui !
Vous allez partir sur une tournée express de 10 jours à travers la France. Comment l’avez-vous préparée ?
Ce sera la première tournée longue avec Antoine. C’est cool, ça participe aussi à son intégration dans le projet. Ensuite, ce seront les mêmes morceaux : le set est prêt. Donc on va charger notre matériel et on y va !

Quand vous jouez sur scène, avant de démarrer, vous avez des petits rituels entre vous ?
Alors… Un petit truc : on s’étire. Moi, je sais que j’ai besoin de m’étirer un peu. On bouge pas mal, quand même. Tu as vite fait de te faire mal, donc il y a cet aspect physique. C’est avoir son petit moment à soi. Après, on se dit deux ou trois mots, et puis on y va!
Et après le concert ?
On se fait un petit briefing rapide. Ce qui a marché, ce qui n’a pas marché. Ce n’est pas ritualisé.
Quels sont vos projets après la tournée ?
On va se reposer un petit peu, reprendre quelques points de vie. On travaille à côté, nous sommes intermittents du spectacle. Cette année, le groupe nous a quand même pris pas mal de temps, pas mal d’énergie. C’était un plaisir et génial de vivre tout ça. Et après, tranquillement, on va rouvrir les dossiers.
Vous avez des idées en tête pour le futur projet ? Plutôt un EP ou un album ?
Toujours, toujours. On a quand même des trucs en réserve. Partir sur un EP, ça m’étonnerait. Sincèrement, nous n’en avons pas discuté. On va voir les dossiers et recomposer. Et puis réfléchir, ça ne nous réussit pas (rires).
L’idée, c’est : on part, on y va ! On ne sait pas trop où, on ne sait pas trop comment, on se démerde. C’est aussi ça, faire du rock de niche en 2025
Vous avez des petits stickers « Wormsand, en mission pour le rock ». C’est quoi, être en mission pour le rock ?
Il faut qu’on en refasse, on n’en a plus. Je ne vais pas l’intellectualiser, c’est une blague entre copains. Ça fait des années maintenant qu’à chaque fois qu’on part en tournée, on a un petit carton avec marqué « en mission pour le rock » dessus, et on le met sur le devant du van, et ça a fini par faire des stickers. L’idée, c’est : on part, on y va ! On ne sait pas trop où, on ne sait pas trop comment, on se démerde. C’est aussi ça, faire du rock de niche en 2025. On commence à avoir la chance d’atterrir dans des lieux comme le Westill, où on est super bien reçus. On est passés aussi par plein de petits endroits, des petits trucs, des petites orgas, des endroits où t’es complètement lâché dans le vide. La mission, c’est aussi ça : tu sais quand tu pars, tu ne sais pas quand tu rentres !
Y a-t-il des groupes avec qui vous aimeriez jouer en tournée ou sur de grosses dates ?
Il y en a tellement qui le méritent que forcément, je vais en oublier. Mais ce serait avec des copains à nous : Witchfinder, Occult Hand Order. Il faut que ça reste un truc entre potes.
Une tradition qu’on aime bien chez HexaLive, quel groupe ou artiste de scène française nous conseillerais-tu d’interviewer ?
Il y a nos copains de Witchfinder. On a tourné avec eux cet été. Ils sont bons clients. En plus, ils aiment les trucs absurdes, les couillonnades. Tu peux y aller avec eux.
Spehis
Photos : Ombre_futile
Remerciements : Clément de Wormsand, Alex de M&O Office






















