On a vécu au Barcarès et on participait au festival ElectroBeach. En arrivant à Béziers ce contact avec la scène nous a rapidement manqué.
Le sud de la France est plutôt mal représenté en termes de rock, dont on est tous les deux fans. Notre idée a été alors de créer ce festival uniquement autour de cette esthétique et d’essayer de se faire plaisir avec des groupes que l’on aime.
Sans faire trop de politique, est-ce que justement le Sud de la France (particulièrement Béziers ?) n’est pas un terrain de jeu trop difficile ?
Au départ, on a essayé de créer ce projet autour de Montpellier, mais les contacts sont plus difficiles quand on ne vit pas sur place. Sur Béziers il n’y avait rien. Le besoin d’un projet musical était évident.
Oui, la culture rock émerge plutôt au nord de la France, c’est vrai, d’ailleurs on s’y déplace souvent. Mais on est convaincus que les rockers sont partout, et ce qui nous motive c’est de contenter tous les passionnés de rock du sud.

Quand on importe la culture, on développe la culture
Loin d’être défaitistes, Jérôme et Aline ne se découragent pas. Plutôt que suivre la « mode », ils sont convaincus que c’est l’offre qui crée la demande !
Mais qu’est-ce qui fait que, selon vous, le Sud de la France est justement si peu représenté en termes de musique, de festival, d’émergence de groupes ? Alors que sur le papier (ne serait-ce qu’avec la météo ou le tourisme) on pourrait penser le contraire ?
C’est effectivement « culturel ». Mais quand on importe la culture on développe la culture. Plus on en amène, plus les gens s’y intéressent. Si le rock se développe, des gens vont entendre et s’y intéresser.
C’est comme en radio, il y a plus de rap et de techno que de rock, les jeunes s’intéressent donc moins au rock aujourd’hui. Pour autant il y a, aux États-Unis par exemple, un engouement nouveau pour le rock. Quand on voit que le Pointu Festival à Six-Fours-les-Plages a cessé d’exister, on se dit que le problème ne vient pas du lieu, mais qu’il faut laisser du temps pour que les choses prennent… [ndlr : annulé après la 7ᵉ édition et une côte en expansion. Le trop-plein d’enthousiasme des rockers a eu raison de la municipalité qui a souhaité l’interrompre pour des raisons de préservation du lieu et de sécurité expliquera le Maire LR de la commune].
Dans ce contexte, comment on se sent la veille d’un nouveau festival (l’année dernière) et surtout qu’est-ce qu’on ressent une fois que tout est fini ?
Évidemment, on a peur de ne pas trouver notre public, mais c’est un stress positif. Il y a des enjeux – bien sûr économiques – puisque nous avançons sur fonds propres, sans aide publique. Il y a un gros challenge, mais cette pression nous oblige à être vigilants sur tous les points et à donner le meilleur de nous-mêmes.
Quand c’est passé… on est sur un petit nuage. Après la 1ère soirée de l’année dernière on languissait déjà de redémarrer et on pensait déjà à la programmation 2025.
Nous ne sommes pas des professionnels, nous sommes avant tout des festivaliers
Le festival est porté par une association composée uniquement de bénévoles
Puisqu’on parle de budget, quel est celui du festival ?
Difficile de donner un chiffre précis pour les deux jours, mais on a rajouté un 0 aux prévisions. Le budget est important bien sûr, et risqué. Ce qui est important pour nous, c’est bien sûr d’y arriver cette année. Mais aussi de pouvoir prévoir l’année prochaine, puisqu’il nous faut un fonds de trésorerie pour payer un certain nombre de choses avant le festival.
Entre la billetterie et le mécénat, on devrait s’en sortir, même si l’absence de subventions nous fait « serrer les fesses ».
On a essayé de faire au mieux, on s’est entourés d’un programmateur par exemple qui nous a aidé à bien négocier les coûts artistes. Ce qui est important quand on est nouveau et pas forcément « dans le milieu ». On se forme aussi, on va dans les conventions, on rencontre les fédérations de musique pour être accompagné.
Pouvez-vous nous parler des principaux partenaires qui soutiennent le festival et sans qui celui-ci n’aurait pas lieu ?
Nous n’avons aucune subvention publique, si ce n’est 1 000 euros de l’État, que nous avons reçu en tant que nouvelle association (mais sans lien avec le projet ou même la musique). Nous sommes trop jeunes pour être aidés. Les festivals trouvent un soutien après la 3ᵉ, 4ᵉ ou 5ᵉ année… Nous pourrons alors solliciter le CNM [Centre National de la Musique], la SACEM ou même la Région.
Les mécènes sont les entreprises biterroises qui nous suivent. Nos ambassadeurs sont par exemple l’entreprise Delta Automatisme, avec Mathieu Dossat qui a une formation d’ingénieur son à la base. Ce qui a permis que le projet lui parle directement. Il est très actif au niveau économique localement.
On a aussi beaucoup d’entreprises dans l’environnement, avec par exemple Dev’EnR (photovoltaïque), Captain Watt (hydrogène).
Tout un écosystème biterrois qui a envie que le territoire se développe et qui s’investit avec nous.

Et la commune de Béziers dans tout ça ?
J’ai rencontré le Maire avant le démarrage car j’avais besoin qu’il soit d’accord avec le principe même de ce festival rock. Il nous a remercié d’avoir pensé à Béziers.
Aujourd’hui la commune nous aide surtout sur la communication, ils nous feront une campagne d’affichage dans la ville. Nous n’avons pas forcément les moyens de faire de la publicité payante, on utilise beaucoup les réseaux sociaux mais tout le monde n’y est pas.
Cette année, plus que jamais, les médias relayent l’augmentation des coûts d’un festival et de fait l’augmentation du billet d’entrée pour les festivaliers. Quel regard avez-vous porté à ces éléments lors de la préparation du festival ?
Effectivement, il y a une réalité sur l’augmentation des coûts, que ce soit la technique ou les cachets. C’est un problème. Nous avons décidé de commencer dans une salle, celle de Zinga Zanga, qui permet d’accueillir jusqu’à 2 000 festivaliers avec un extérieur. En démarrant avec une salle, on a moins de coûts de structure : toilettes, barrières, sécurité, parking…
Mais dans le temps on espère que l’économie des festivals trouvera une nouvelle jeunesse. Les subventions ne peuvent pas supporter les surcoûts.
Quels sont les freins quand on veut organiser un festival ?
Faire un festival en Open Air est extrêmement cher. Il faut trouver une combinaison entre les coûts et la réalité économique. On a choisi de développer le mécénat ce qui prend aussi beaucoup de temps. Nous développons un réseau d’entreprises, on a de la chance qu’elles soient hyper motivées, ce qui leur permet aussi de se connaître entre elles et de s’apporter des affaires, sur le modèle des B2B [Business To Business]. On a aussi la chance d’avoir trouvé des ambassadeurs d’entreprise qui nous aident à en trouver d’autres.
La visibilité, bien sûr, reste aussi un frein au démarrage d’un festival.
Si on rentre un peu plus dans les coulisses, avez-vous dû refuser des groupes, ou certaines demandes, peut-être même caprices, qui s’éloignaient peut-être de l’esprit du festival ? (on a entendu certains artistes qui aujourd’hui attendent des cachets à quelques millions d’euros, d’autres qui demandent des services de sécurité, et même certains festivals comme TINALS à Nîmes qui avaient fini par renoncer à l’organisation même d’un évènement sur lequel l’équipe qui faisait face à des demandes croissantes, ne se retrouvait plus en termes d’identité, etc.)
Le fait d’être accompagné d’un programmateur nous a permis de travailler directement avec des artistes qui entraient dans notre budget. On a des groupes qui jouent le jeu, par rapport au fait qu’on est un festival associatif en salle. Aucun abus dans les groupes qu’on est allé chercher.
On a rencontré l’équipe de TINALS à Octopus [Fédération des Musiques Actuelles en Occitanie], ça nous a interpellé et on y sera vigilants dans le temps. On aimerait augmenter la jauge, basculer sur du Open Air, avoir au moins deux scènes pour faire venir plus de groupes, des locaux… Mais il faut quand même qu’on s’amuse, parce qu’on est d’abord bénévoles, on n’est pas là pour se prendre la tête même s’il y a du stress.
Un festival convivial et intergénérationnel
Une jauge de 1000-1500 spectateurs dans un lieu qui a une capacité de 2000 personnes, pour se sentir bien… c’est la philosophie d’Aline et Jérôme, festivaliers avant d’être organisateurs !
Si vous deviez improviser un slogan, là tout de suite, pour le festival, quelque chose qui marque son état d’esprit, vous penseriez à quoi ?
Deux qualificatifs : convivialité et intergénérationnel. C’est ce sur quoi on doit s’inscrire dans le temps.
Combien de personnes, salariés, bénévoles, partenaires, bossent ou vont bosser sur l’organisation du festival ?
L’association est 100 % bénévole. C’est une vingtaine de personnes en équipe fixe, tout au long de l’année, avec des chargés de projets (logistique, sécurité, programmation…). Chacun a sa mission première. C’est le socle du festival. Ensuite ce sont environ 80 à 100 bénévoles par jour pendant le festival (bars, catering…), et une trentaine de partenaires qui nous accompagnent.

Évidemment l’équipe de techniciens est salariée, ils sont aussi une vingtaine chaque jour.
On n’a pas à l’heure actuelle de budget communication (photographes, vidéo…) mais on espère dans les années à venir pouvoir aussi rémunérer ces équipes-là.
Comment on motive des bénévoles à rejoindre l’aventure ?
C’est avant tout la musique qui nous réunit. On est partis la première année avec les amis des amis. Puis quelques bénévoles se sont manifestés pendant l’année pour nous rejoindre. On recherche encore quelques bénévoles pour être à l’aise et qu’ils puissent tourner, sans être postés toute la soirée au même endroit.
Ils sont motivés car ils sont à l’intérieur du projet, ils voient ce qui se passe derrière la scène. Beaucoup aimeraient rencontrer des artistes en off. On va essayer de l’organiser pour qu’ils se sentent partie prenante du projet.
On a souvent du mal à connaître la jauge d’un festival avant de prendre son billet, c’est pourtant un chiffre important. Quelle est la jauge de Languederock ?
Cette année on sera entre 1000 et 1500, et c’est bien parce que si la salle n’est pas pleine ça permettra au public d’être zen. C’est ce que l’on a découvert l’an dernier, car on avait encore un peu de capacité dans la salle. On pense que le public a apprécié. Là on est coincé par la capacité de la salle, mais on espère pouvoir un jour se développer en extérieur, soit autour de Zinga Zanga, soit sur un lieu différent.
On aimerait bien trouver un site qui permette aux festivaliers de se sentir bien, pour découvrir des groupes… un site comme l’ancien des Déferlantes, par exemple, qui était à ce moment là près du château de Valmy. Ce que l’on veut c’est que les festivaliers kiffent être là !
Merci encore, Aline et Jérôme, on languit de vivre ces deux jours à vos côtés, on souhaite longue vie au festival, avec un site qui se développe mais pas trop (on aime trop les fest’ à taille humaine pour lui souhaiter de devenir un géant insipide…) !
Pour nos collègues médias et photographes, il me reste une petite question :
Chez Hexalive, nous avons une équipe de chroniqueurs et de photographes, bénévoles et passionnés, qui se confronte de plus en plus à des incompréhensions sur la plupart des festivals, avec souvent peu d’espaces qui sont pensés pour eux, pour travailler, pour se reposer aussi -parce que le rythme d’un festival est particulièrement épuisant, y compris du côté média- avec des accès au pitphoto de plus en plus compliqués (limitations, shortlist, contrats, instagrammeurs, vidéo…)…
J’imagine que ce n’est pas la priorité d’un organisateur de festival, mais malheureusement il nous semble que ça jouera sur la qualité de ce que les médiasvont pouvoir rendre dans les années à venir.
Est-ce que vous avez mis en place une commission communication, ou avez-vous eu une réflexion / politique particulière pour accueillir de façon satisfaisante pour tous les équipes média ?
Et avez-vous de votre côté des attentes pour que nous puissions améliorer ensemble nos rendus pour nos lecteurs ?
J’avoue qu’on n’a pas encore conscience des difficultés des médias. Cette année on a énormément de demandes, notamment de photographes, on a quelques interviews… et ça nous rassure aussi. On a une personne dédiée aux relations presse, elle est bénévole mais c’était son métier initial. On aura un espace presse pour que les médias aient un lieu. J’espère qu’on fera ce qu’il faut cette année, mais on prendra en compte ces réflexions dans le futur.
L’an dernier, on n’a pas eu de média sur le festival, cette année il était important qu’ils soient présents et s’intéressent au festival. On espère qu’ils feront ressortir, au-delà des groupes, l’ambiance du festival. Cela pourrait donner envie au public de se déplacer, de découvrir aussi la ville et que ce soit pour nos spectateurs une découverte touristique…
En fait, que le public du nord vienne dans le sud, comme nous nous allons dans le nord jusqu’à maintenant pour écouter du rock.
Interview réalisée par Ka_jpg (instagram)



