Le 4 décembre prochain, Eva-B sort de l’alignement. Sous son propre nom, sans le bouclier d’un groupe, il livre Time For Adventure chez Kuromaku Corp. Un EP de cinq morceaux, ramassés là, entre 2009 et aujourd’hui. Des bouts de route, des chutes de doigts sur un manche, des choses qu’on n’écrit pas pour qu’elles fassent du bruit en ville, juste pour voir où ça mène.

Le morceau-titre est là, posé sur les plateformes. Sept minutes et des poussières pour traverser le temps.

Il y a ces mouvements qu’on répète jusqu’à l’obsession, des lignes serrées, un tic-tac de quadruples croches qui s’entête. Et puis, tout d’un coup, le vide s’installe. La reverb s’ouvre, le delay étire l’espace, on dirait qu’on attend quelqu’un qui ne viendra pas, ou que la pièce vient de s’agrandir de trois mètres.

L’histoire tient à peu de chose. Un exercice bête, un de ces gammes qu’on rabâche les yeux fermés, et puis le geste ripe. On dévie. On oublie pourquoi on était là.

« Je joue, j’expérimente et je me laisse porter par le moment. Time For Adventure est né tout simplement d’un exercice de guitare sur lequel je m’entraînais, un exercice qui a complètement dévié de son objectif initial. »

Il ne cherche rien, surtout pas à savoir ce qu’il raconte pendant qu’il le fait. Le sens vient après, comme un spectateur qui s’assoit au fond de la salle une fois la pièce jouée. On regarde ses propres mains s’agiter dans le rétroviseur.

« Lorsque je compose, je ne cherche pas forcément à définir ce que je suis en train de faire. Ce n’est qu’une fois le morceau terminé que je peux prendre du recul et l’écouter comme un spectateur. »

C’est un carnet de notes retrouvé au fond d’une poche. On y croise cinq stations, cinq moments où la guitare a juste eu le droit de respirer sans qu’on lui demande de prouver quoi que ce soit.